L’académie française des arts et des lettres, fondée en 1634 et officialisée en 1635 par le très légendaire Cardinal Richelieu, est une institution française dont la fonction est de normaliser et de perfectionner la langue française. En effet, au milieu du XVIIe Siècle, même si la langue française était très répandue, non seulement en France, mais dans toutes les cours d’Europe, ainsi qu’outre atlantique avec le royaume français du Canada, elle était toujours reléguée au rang de langue dite ‘populaire’. Utilisée au parler dans les usages quotidiens, les lieux communs, les tavernes, les salons bourgeois et aristocratiques, pour parler de choses communes, telles que les commérages et les oisives histoires de bourgeois, on préférait l’usage du latin, surtout à l’écrit, pour parler de tout ce qui avait trait à la science, l’art ou la philosophie. Car ces derniers, étant considérés comme de nobles sujets, ne pouvaient être souillés par la popularité du ‘français’.

Certes, cela ne veut pas dire que l’on utilisait exclusivement le latin pour parler de ces choses-là. Beaucoup de français, surtout à partir du XVe siècle avec la renaissance, se mirent à converser sur ces sujets en français. Et l’académie française visait justement à faire de cette langue, une qui soit à la hauteur du latin, capable d’aborder ces divers domaines que l’on considérait avec grandeur. Cela symbolisait en quelque sorte la rupture avec l’obscurantisme du Moyen Age, sous l’hégémonie de l’Eglise, où l’on était limité à l’utilisation du latin. Le poète florentin, Dante Alighieri, fut l’un des premiers à rompre avec cette tradition au XIIIe Siècle, en écrivant la totalité de la Divine Comédie en dialecte florentin.

Et depuis, l’académie n’a cessé d’œuvrer en ce sens, pour au final faire du français, après quatre siècles de dur labeur, une langue qui prouva sa capacité à se mesurer à n’importe quel domaine, qui de près ou de loin concerne la science, l’art ou la philosophie. Cela pas que d’une manière pragmatique et rigoureuse, mais également d’une manière qui soit en elle-même artistique !

Une académie des dialectes algériens?

C’est alors que surgit une idée ! Si l’on prenait une minute, pour faire l’analogie entre la France d’antan et l’Algérie actuelle, en transposant le latin sur le français et l’arabe classique d’un côté, et d’un autre transposer le français sur l’ensemble de nos dialectes ; l’idée d’une académie algérienne des arts et des lettres semble de prime abord, intéressante à explorer !

Il va sans dire que dans l’Algérie actuelle, nous rencontrons des difficultés face à l’utilisation de la langue française ainsi que de la langue arabe classique dans les différents volets de nos vies, à tel point qu’est née la mode des anglophones qui, inconfortables dans les deux langues, sont allés en rechercher une troisième. Certes, cela reste un atout quelles que soient les circonstances qui ont vu naître cette mode, cependant, elle ne peut servir de langue de substitution, et ne fait qu’aggraver le processus de perte des dialectes. La mission alors, d’une ‘académie algérienne des arts et des lettres’ serait de reprendre les si riches et divers dialectes de notre pays, pour en faire une, ou plusieurs langues utilisables non pas qu’au quotidien, mais également dans les volets académiques et scientifiques. Je n’invite pas non plus nos chers lecteurs à abandonner les langues déjà acquises que sont le français, l’arabe classique, ou également l’anglais. Loin de là, et au diable quiconque proposerait une telle ignominie. Cette action viserait plutôt à enclencher un long processus qui nous permettrait de nous réconcilier avec notre identité culturelle et historique. Chose que nous n’avons pas encore proprement accompli, et cela malgré les affirmations de certains. Avant d’élever n’importe quelle construction, il faut veiller à bien stabiliser ses fondations, et ce dans n’importe quelle entreprise, matérielle ou immatérielle.  

C’est bien évidemment un travail colossal qu’attendrait ces académiciens, en plongeant dans la richesse linguistique de notre monde culturel. Il est également clair que ce n’est pas un projet à court terme, mais un, qui pourrait réquisitionner des générations et des générations d’académiciens et de passionnés de langues et de littérature. Il n’en est pas moins que je reste convaincu, malgré toute la démesure du projet, les difficultés bureaucratiques, idéologiques, et politiques, que ce sera, si je ne m’abuse, l’un des plus grands, des ambitieux, et des plus glorieux projets culturels que ne pourra jamais entreprendre l’Algérie dans ce domaine.

Ramy Benaferi

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