On dit souvent que seul le temps guérit les blessures. Il emporte nos larmes pour ainsi abolir les souffrances du passé, il nous couvre de bandages amnésiques car il est jugé plus sage d’oublier et de laisser faire le temps.

Mais Bentelha n’a pas oublié, le deuil a un goût beaucoup trop amer lorsque l’injustice et l’insécurité règnent dans notre Algérie. 

Les grands massacres de l’été 1997 :

Au fil des mois de l’année 1997, des massacres quasi quotidiens hantent la capitale. Ils touchent principalement la périphérie d’Alger. Trois régions sont essentiellement touchées : Sidi-Moussa ; Béni-Messous et Baraki; surnommés aussi : le triangle de la mort.

Le 28 août 1997, c’est le quartier Ar-Rais de la commune de Sidi-Moussa qui subit la première attaque des assaillants, une véritable boucherie humaine résultant de cinq heures de carnage et de cruauté bestiale. 

Quelques jours plus tard, dans la nuit du 5 au 6 septembre, c’est au tour du quartier de Sidi-Youcef (Béni-Messous) de subir l’irréparable ! Des hommes armés venu de nulle part dans des camions s’acharnent sur la population. Aucune tranche d’âge n’est épargnée, les victimes se font effroyablement mutilées avant d’être froidement assassinées.   

Les massacres se multiplient, les algériens s’interrogent sur l’origine de ces génocides, certains pensent que c’est la GIA qui est derrière tout ça, d’autres pointent du doigt l’AIS, la plupart ne sont pas d’accord… .

Afin de se protéger, des civils armés s’organisent pour défendre leur village mais ont beaucoup de mal à obtenir des armes et munitions des autorités algériennes (pour se préparer à une éventuelle attaque terroriste); leur requête est refusée. 

Le premier ministre promet donc que la sécurité des citoyens sera assurée, notamment dans les localisations isolées qui semblent être les principales cibles des assaillants, une promesse vite rompue car trois semaines plus tard, dans la nuit du 22 au 23 septembre 1997, la mort frappe à la porte de Bentalha (quartier de la commune de Baraki).

Déroulement du carnage à Bentalha :

Un scénario d’épouvante digne d’un film d’horreur qui va au-delà de l’imagination. Il est 22h, une étrange patrouille pénètre dans le village, des hommes habillés de tuniques afghanes, portant de longues barbes et vêtus de cagoules pour la plupart, s’introduisent en groupe et se dispersent dans le quartier de Bentalha. 

A 23h tapante, les premières bombes éclatent, leurs déflagrations s’entendent à des kilomètres, la panique domine la pensée des habitants, l’anxiété et l’impuissance soudaine étouffent leur raisonnement, les cries ne font que s’accroître et les victimes se multiplient.

Il est minuit, et le cauchemar ne fait que commencer, les enfants sont égorgés vifs, les bruits de hache assourdissants frappent le sol. Les femmes sont tuées sur place, éventrées ou alors prises en otage dans des camions en groupes de quarante innocentes. Leur habitat est dévoré par les flammes, les hommes quant à eux s’efforcent d’aller chercher de l’aide au pré des militaires à quelques mètres du village.  

Officiellement, 85 citoyens sont tués, tandis que les survivants et les sources hospitalières parlent de plus de 400 morts et 120 blessés.

Comme l’atteste le plan publié dans le témoignage de Nesroulah Yous, les militaires, la garde communale et les gendarmes occupent des postes très proches, d’où ils ne pouvaient pas ne pas entendre et ne pas voir qu’une attaque se déroulait à quelques centaines de mètres. D’ailleurs, ils étaient venus aux abords du quartier avec six véhicules blindés et des ambulances, mais ils ne sont pas entrés et ont même empêché les gens de fuir et les secours d’entrer sous prétexte que les routes permettant d’accéder au village étaient minées et que des islamistes armés assuraient la couverture de ceux qui s’adonnaient au massacre.

De plus, toute la nuit, un hélicoptère survolait le site et les forces de l’ordre ont même installé des projecteurs éclairant le lieu du drame. 

Seule la lumière éclatante de l’aube a mis un terme à ce carnage, le lendemain matin, les survivants sont horrifiés par la découverte de cadavres et de corps brûlés ou déchiquetés retrouvés à chaque coin de rue. Les morts ont été enterrés à la va-vite, parfois à plusieurs dans une tombe, de sorte que l’identification des victimes a été très difficile. Parfois même, il était gravé la lettre ‘X’ quand il était impossible d’identifier les corps de ces derniers. 

Alarmée, la presse nationale et internationale se rend sur les lieux des massacres. Entourés de forces de sécurité, il était très compliqué aux journalistes de recueillir des témoignages de survivants. 

La madone de Bentalha :

Surnommée aussi la Pietà algérienne ou la Madone algérienne, photographie prise par Hocine Zaourar à l’hôpital de Zmirli accueillant les victimes du massacre. 

C’est alors qu’une femme s’effondre devant lui après avoir appris la mort de plusieurs membres de sa famille, il saisit donc ce moment de douleur exprimé à travers le désespoir et l’impuissance de cette pauvre survivante.

La photo fait le tour du monde et la une de plus de 750 journaux internationaux. Elle devient vite le symbole de la tragédie algérienne et incarne dès lors toute la souffrance des civils dans le conflit algérien remettant en cause l’opinion publique.

Après plusieurs années, elle est le fruit d’une analyse faite par Juliette Hanrot à travers son ouvrage intitulé « La madone de Bentalha : histoire d’une photographie ».

23 ans plus tard…

Les rescapés et les témoins n’ont rien oublié, les évènements resterons à jamais gravé dans leur esprit. Ils tentent de survivre et d’oublier l’injustice qui leur ai infligé et de subir les conséquences des erreurs d’autrui.

Ils présentent de nombreuses séquelles, certains ont même basculé dans la folie après avoir vu les corps mutilés de leurs proches d’autres sont pris sous charge médico-psychologique. 

De nombreux témoignages mettent en doute le réel déroulement des faits, et de l’incapacité du gouvernement à protéger son propre peuple.

Des questions encore aujourd’hui agitent une partie de la population algérienne : Qui tue qui ? La hiérarchie militaire savait-elle que certains massacres allaient se produire ? A-t-elle volontairement laissé faire ? Et pourquoi n’est-elle pas intervenue ?

                                                                                                             Graine Sabrina

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici