« Tu as une Trichotillomanie, un trouble compulsif »

J’ai commencé à m’arracher les cheveux depuis que j’ai treize ans. Je ne me rappelle pas exactement de comment ça a commencé mais tout ce que je sais, c’est que c’est arrivé ainsi. Et ça s’est transformé en une mauvaise habitude au fil du temps. 

Les membres de ma famille avaient l’habitude de croiser un amas de poils de mon cuir chevelu, étalé sur le sol. Ils étaient partagés entre un sentiment de soucis et celui de l’incompréhension. Il faut dire que l’ignorance avait également son poids dans cette histoire.

 « Ce qui t’arrives, est ce qu’on appelle Trichotillomanie. ça consiste en un arrachage compulsif des poils du corps, dans ton cas, c’est ceux du cuir chevelu, pour faire court tu as un trouble autograssif, donc tu as du mal à contrôler cette impulsion. », finit par me murmurer ma sœur, étudiante en médecine, après avoir eu un cours en psychiatrie sur les troubles compulsifs.

Avais-je besoin d’aller chez un psychiatre et un psychologue pour me faire aider ?

Ce n’était pas une question de déni. J’étais consciente de ce qui m’arrivait, mais je n’ai jamais cherché à me documenter, ou à en savoir plus. Car j’étais beaucoup plus dans la fierté. Il était hors de question pour moi de demander une aide extérieure pour traiter ça.

Avoir la Trichotillomanie, ne veut pas dire forcément qu’on se déteste. On peut s’apprécier, être fier de ce qu’on est, mais la source de ce trouble est plus profonde et plus ancienne. Pour moi c’est quelque chose d’intime et de personnel. C’est à moi de gérer ça et de comprendre pourquoi je m’arrachais les cheveux.

Je ne dis pas que l’avis d’un spécialiste ne compte pas, ou qu’il ne faut pas aller consulter chez un psychiatre. Je ne dis pas qu’il faut s’auto-diagnostiquer et tomber dans le piège de l’automédication, non ! Ce que j’essaye d’expliquer, c’est qu’exceptionnellement dans mon cas, j’ai décidé de prendre les choses en main, de remonter dans mon enfance, de creuser un peu plus. Prendre du recul, me mettre dans un état d’introspection, un état contemplatif et méditatif, un état de conscience de soi, pour avoir accès à des informations auxquelles le psychiatre ne pourra peut être jamais prêter attention.

Remonter en enfance pour trouver la faille ! 

En lisant les témoignages de personnes atteintes de ce trouble, sur le mur d’un groupe Facebook, je perçois que la plupart ont un point en commun qui consiste en une enfance agitée. Je ne dis pas que tous ceux qui ont vécu une enfance pas très épanouissante, seront atteints de la Trichotillomanie, mais ça pourrait être un facteur à prendre en considération pour analyser son cas.

Après avoir suivi le rythme avec lequel je m’arrachais les cheveux, j’ai constaté que ma Trichotillomanie était divisée en deux phases.

Une phase intense…

où je m’arrache de façon intense les cheveux, lorsque je ressens une pression extérieure, ou une pression que je m’inflige. Et afin de me libérer de cette pression, je me soulage en me tirant les cheveux. Il y a également une notion de punition. Je me punis parce que je ne suis pas contente de moi-même ou de mon comportement. Autrement dit, je suis dans cet état où je suis dure avec moi-même.

Une phase de rechute…

Consiste en une rechute après avoir arrêté pendant une certaine période, où je me tire les cheveux par simple habitude, et non sous l’effet de quelconque pression.

Si je reviens vers cette notion de se punir en s’arrachant les cheveux, je conclus que je suis en train de répéter le modèle de punition dont j’étais sujet à une certaine étape de mon enfance, indirectement.

On a été très dur avec moi, donc je suis devenue très dure envers moi-même ! 

Les personnages du contexte que je vais partager avec vous, ont changé. Cette période vient du passé, maintenant les choses vont beaucoup mieux, et je ne suis pas entrain de pointer du doigt qui que ce soit. Je préfère dire que je suis entrain d’analyser, de décortiquer la situation, afin de comprendre. Car la compréhension représente une part importante de la guérison, comprendre pour mieux agir et ne pas répéter les mêmes scénarios.

Mes parents ont divorcé lorsque j’avais six ans. De ce fait, ma mère s’est retrouvée seule à élever ses enfants, mon père n’était pas absent volontairement, mais les deux parties étaient absorbées par cette phase post divorce, à faire leur deuil.

Une de mes sœurs aînées était particulièrement affectée par cette séparation. Elle était en pleine puberté, elle avait besoin de vider ce qu’elle avait à vider, et j’étais son souffre douleur. Dès qu’elle avait des choses à cracher, j’étais en face, ses mots me blessent comme des flèches tirées d’un arc. Pour un tout et pour un rien, et sans avoir fait quelque chose de mal, elle était là, à me «remettre à ma place », ça a continué pendant cinq ans.

Je lui tenais tête, je ne me laissais pas faire, je criais et hurlais pour me défendre car il n y avait personne pour lui tenir tête, ma mère était dépassée entre le boulot et notre éducation. J’étais souvent fatiguée, je ne savais pas pourquoi elle me réservait ce traitement. Pourquoi me hurler dessus pour un rien. Dire à ma tranche de disparaître hors de sa vue quand j’avais acheté le mauvais produit. Me demander de sortir dehors uniquement parce que j’avais égaré quelque chose. Pourquoi être aussi dure avec moi? 

Je suis devenue une enfant colérique, j’étais testée psychologiquement, je ne voulais pas la détester, je pleurais pour me soulager, je pleurais beaucoup avant de dormir.

En revenant à cette époque, je me rends compte que j’ai reproduit cette dureté sur moi-même au fil du temps, ça m’a accompagné même si ma sœur avait arrêté de me « harceler ».

La conscience de soi fut la réponse !

 À un certain moment je me suis rendue compte que j’ai grandi. Je suis devenue femme, je n’étais plus cette enfant, on était plus dans cette époque. Je me suis forgée un caractère et une personnalité, un mental et une conscience de moi. Il fallait que je décide de me détacher de cette époque, car elle était derrière. Cette enfant est une adulte maintenant, elle sait se défendre.

Mes bagages émotionnels et psychologiques ont changé. Cette pression n’avait plus de place et ne devait plus être là. Oui, j’aurai des moments de pression, de stress, des moments où je ne serai peut être pas satisfaite de moi, mais je n’aurai plus à répondre à cette pression en m’arrachant les cheveux. 

Me rendre compte que mon mécanisme à gérer la pression devait changer. Que je n’étais plus dans le même contexte. Que je pouvais soulager cette pression autrement. Et c’est en étant consciente de ce qui m’arrive, en prenant du recul, que j’allais trouver une réponse.

Cela n’arrive pas du jour au lendemain. C’est un travail qui se fait constamment et à long terme. Jusqu’à ce que ces séquelles disparaissent pour laisser de la place à d’autres,… . Et au final, ce n’est pas si mal, car les séquelles sont là  pour nous forger. On doit juste se rappeler leur rôle exacte, le leur attribuer pour qu’elles ne prennent pas plus de place. Pour ne pas répéter les mêmes mécanismes de défense, et pour briser ce cycle vicieux.

Voici pourquoi je ne m’arrache plus les cheveux depuis des semaines…                                                                                                                  

 Phoenix

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