Depuis ce dimanche 13 Octobre, je subis un sevrage forcé. Ne vous inquiétez pas, non je ne suis pas toxicomane, je suis juste accro aux réseaux sociaux, et dans mon pays qui fait la taille d’un continent et qui est alimenté en Internet par un seul et unique câble, il y a coupure d’Internet pendant la journée.

Bien que ce câble en question se voit habituellement croqué par quelconque animal aquatique parce que je suppose qu’il a bon goût, et que ce n’est pas juste une excuse de la part d’Algérie télécom pour justifier la médiocrité de ses services, mais cette fois, la raison de la coupure n’est pas un requin gourmand.

Notre gouvernement ne fait que suivre une coutume introduite depuis 2016, qui consiste à couper la connexion pour empêcher la fuite des sujets du BAC. 

S’il y a bien une différence entre l’ancienne et la nouvelle Algérie, c’est que dans l’ancienne, la coupure pouvait être contourné grâce à n’importe quel réseau VPN, décidemment ce n’est plus le cas. 

Encore un point qui confirme la morale que j’ai tirée de ces derniers mois : ce qui est nouveau n’est pas forcément meilleur que ce qui était déjà.

Certes mes journées sont moroses, mon mal être est profond et je n’ai plus mon monde virtuel pour fuir la réalité de ma vie, celle de mon pays et de sa société ; portant le poids de milles maux. 

Mais je m’accroche tout de même, je subis mes journées, errant dans les rues de ma ville, masqué, un café froid dans la main et mes écouteurs à mes oreilles, naturellement décollés, qui se voient l’être encore plus à cause de la rigidité des élastiques de ces foutus masques.

Mardi 15 septembre, j’étais heureux car les épreuves de la journée ne duraient qu’une demi-journée.

13h sonna, l’Algérie était à nouveau connectée, les notifications affluèrent sur mon téléphone et j’étais plus excité que jamais.

À la vue de la 1ere information qui apparue sur mon fil d’actualité, mon excitation s’ébranla, mon sourire fut remplacé par une mine dévastée et mon café devint amer.

2 ans de prison ferme pour Khaled Drareni, la sentence était à présent irrévocable.

Face à mon désarroi, je me suis alors rappelé d’une autre morale que j’avais tirée : Dire non à l’optimisme est la meilleure arme pour ne pas être déçu.

Cette morale je l’appliquais dans ma vie personnelle, et j’allais bien, sauf que pour la vie et l’avenir d’autrui, j’ai toujours eu espoir, j’ai toujours cru aux fins heureuses, j’ai toujours fais confiance à la justice divine depuis que la justice humaine n’avait plus d’intégrité, mais la vie venait de me prouver le contraire.

J’ai imaginé Khaled, dans l’obligation de rester fort,  je l’ai vu s’obliger à relativiser car c’était un an de moins que la sentence principale, et je pense que c’est ce qui m’a fait le plus mal, on en est arrivé à penser ça … quand est-ce que ça avait autant merdé ? 

Mouloud, mon ami et propriétaire de la cafétéria était posté devant moi depuis quelques secondes  et je ne l’avais pas remarqué, à la vue de mon expression faciale, je pense qu’il avait deviné ce qui se tramait dans mon fort intérieur, l’information lui était sûrement parvenue à lui aussi.

Il posa la monnaie sur ma table et m’a dit tout bas : 

شكون قال مابقاش الإستعمار في بلادنا  avant de se retirer en silence.

Je me suis levé, j’ai tourné en rond et j’ai fixé l’horizon, le brouillard semblait toujours aussi épais.

MEHDI AMAR

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici