Eloigne-toi promptement 

De l’homme de mauvaise foi,

Ignore-le où qu’il soit.

Tu ne peux compter sur lui,

Ni lui confier tes secrets, 

Il n’a pas d’honneur.

Pour t’en convaincre,

Mets-le à l’épreuve, un jour, 

Et tu verras toute sa laideur.

les kabyles, ces poètes…

Les kabyles, femmes et hommes, jeunes et vieux, sont tous un peu des poètes ! La poésie fait partie de leur vie quotidienne ! Ils expriment les moments forts de leur vie. les déconvenues de leur banal quotidien, l’état de leur culture, par le poème, l’Assefrou. Une poignée de vers, aliments spirituels de l’espérance, porteurs des clés aux problèmes, des remèdes aux malheurs ! Si le conte permet de tromper la faim et le froid autour du feu nocturne, le poème,exprime la victoire du jour sur la nuit. De la lumière sur l’obscurité.La suprématie de l’esprit sur le corps. De la vie sur la mort. Du courage sur la lâcheté. De l’exception sur la règle. De la détermination sur la démission. De l’amour sur le chagrin, du bon cœur contre la mauvaise fortune !

épopée d’un poète rebelle

La poésie de Si Mohand ou Mhand a constitué en son temps un aiguillon tenace et un puissant ferment pour la pensée libertaire qui déverrouille les serrures. Les plus rouillées de la société kabyle archaïque et pudibonde. Un aliment spirituel pour tous les révoltés contre l’ordre colonial esclavagiste. Un refuge affectif et un baume au cœur à toutes les victimes de la colonisation. Elle constitue de nos jours un précieux capital littéraire. Un socle intellectuel solide, une source de lumière pour tous les épris de justice, de liberté, et d’humanisme. 

Si Mohand est issu de la famille des Aït-Hamadouche. Ses parents venant d’un hameau non loin de l’actuel chef-lieu Larbaâ Nath Irathen (autrefois Fort-National). Ils ont fui Aguemoun pour échapper à une vendetta, avant la naissance du poète. En 1857, dix ans après la défaite de l’émir Abdel-Kader, le maréchal Randon commence la conquête du cœur du pays Kabyle. Icheraouen, le village de Si Mohand, est détruit. Au milieu de ces troubles, Si Mohand commence ses études dans la Zaouïa de son oncle paternel, cheikh Arezki, qui y enseignait le Coran. Puis il les termine dans une Zaouïa plus prestigieuse, celle de Sidi Abderrahmane des Illoulen où il étudia le droit musulman et des sciences profanes, si bien qu’il devient taleb. Son enfance a été aisée, calme et heureuse.

Malheureusement, après l’insurrection de 1871, son père, partisan des insurgés, est arrêté et exécuté à Fort-National ; et tous les membres de la famille sont activement recherchés. L’un fuit en Tunisie, un autre est déporté à Nouméa, tous les biens de la famille sont confisqués et cette dernière est dispersée (sa mère et son frère cadet se réfugient dans un misérable gourbi). Selon certaines sources, son père aurait été dénoncé par ses débiteurs en raison de son métier d’usurier, et Si Mohand aurait été sauvé de justesse du même sort tragique par le capitaine Raves, officier de bureau arabe. Le futur poète a beau demander de l’aide à son frère aîné installé à Tunis, ce dernier la lui refuse. Blessé et déçu, Si Mohand rédige alors des pamphlets à Tunis même qu’il placarde partout, dans lesquels il ridiculise son frère. Puis il quitte la ville. Il lui arrivera souvent de clamer dans ses poèmes ses désillusions au sujet de l’amitié trahie. « Un mauvais ami, chante-t-il, est une fausse monnaie qui accroît votre affliction quand on vous la refuse » (Feraoun 1960b :29).

A cette époque troublée, Si Mohand se marie avec la fille d’une veuve d’Amalou, vit chez sa belle-mère qui l’a toujours détesté en raison de son oisiveté – il était en effet grand amateur de kif et d’absinthe- et aurait même tenté de l’empoisonner, ce qui le fait abandonner sa femme.

Une vie de vagabond, un homme éternel

Son divorce et tous ces événements ont été le prélude à la vie vagabonde de Si Mohand ; une trentaine d’années d’errance entre la grande Kabylie et la région de Bône, parfois jusqu’à Tunis (où se sont installés par la suite sa mère et son frère cadet). Toujours à pied, sans préciser toutefois qu’il n’avait guère d’argent pour emprunter d’autres moyens de locomotion. Il n’est resté sédentaire qu’une brève période de sa vie, durant laquelle il devient propriétaire d’une gargote près de Bône où il vendait des beignets aux ouvriers ; mais un jour, il faillit les empoisonner en mêlant par inadvertance du tabac (du kif selon d’autre versions) à la friture, une maladresse qui a mis fin à son expérience.

Il buvait, fumait, passait beaucoup de temps dans les cafés, mais jamais jusqu’à l’excès. Il savait rester modéré et avait toujours, en toute circonstance, un comportement respectueux de la loi, allant jusqu’à exhorter les ouvriers à la mesure et la haine des dérèglements, ce qui lui donna une réputation de sagesse fort appréciée. C’est en 1906 (date présumée) qu’il meurt, à l’hôpital des Sœurs Blanches à Michelet. Auparavant, il alla faire ses adieux aux lieux qui lui étaient chers et choisir sa dernière demeure au lieu-dit Aseqqif n’ttmana (l’abri protecteur), près du sanctuaire de Sidi Saïd ou Taleb. A Michelet, le poète y comptait des amis ; les Aït Sidi Saïd, groupe maraboutique, ont réglé les frais de ses funérailles et on fait qu’il demeure parmi eux. Son cortège funèbre fut suivi d’une foule impressionnante ; riches, pauvres, vagabonds, des Français et les infirmiers de l’hôpital…Une multitude de personnes lui rendit ainsi un dernier hommage.

Sa vocation poétique, il la doit, selon la tradition à un ange qui se présente à lui et lui dit : « Rime et je parlerai, ou bien alors parle et je rimerai ». L’aspirant poète opte pour la parole, mais en même temps c’est l’ange qui est en lui qui parle, et par la bouche de Si Mohand. 

Les poèmes de Si Mohand dits et relayés dans les villages. transmis dans les souks et les chaumières depuis plus d’un siècle. Ils ont nourri la muse des plus grands poètes kabyles contemporains de Meziane Rachid à Ben Mohamed, passant par Ferhat Mehenni. Ils ont été chantés par les plus grands interprètes de la chanson kabyle de l’émigration, Slimane Azem, Hnifa, Allaoua Zerrouki, Cherifa, Cheikh El Hasnaoui, Taous Amrouche. La symbolique et l’esprit de Si Mohand, figurant l’univers montagnard kabyle sont repris de nos jours par d’illustres artistes du terroir comme Lounis Ait Menguellet et universalistes comme Idir, Akli D, Takfarinas et Ali Amrane entre autres…

source image: https://www.lematindz.net/news/21194-si-mohand-ou-mhand-le-pere-du-printemps-berbere.html

Sonia Hamoumraoui

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