J’ai déjà raconté l’année dernière  ma première participation à Raconte-arts sous la forme d’une chronique que j’avais intitulée « De Raconte-art à Rencontre-arts. » tant l’art qui m’avait le plus marqué était celui de la rencontre de l’autre dans sa richesse faite de diversité et différence. Il suffisait que l’on mette le pied au sein du village pour s’imprégner de toutes les beautés avec la plus belle d’entre toutes, la beauté de la bonté qui nous accueillaient toutes portes ouvertes et surtout à bras ouverts ! Les murs des maisons des villages, galeries singulières murmuraient l’histoire des artistes, de leurs œuvres ! Et, les chanteurs n’étaient pas en reste puisqu’ils réussissaient à faire résonner leurs voix au plus profond de chacun d’entre nous et les passants en nous gratifiant d’un large sourire nous ouvraient leurs âmes !!!!!!!! Quelle chance d’avoir pu vivre même si c’était un peu à la sauvette cette fabuleuse aventure de bonté, de beauté et, de bonheur !

Cette année aussi, l’ambiance est au rendez-vous puisque partout les personnes heureuses de ces rencontres se saluent très chaleureusement, tout y est accolades, gentillesse, bonhomie, bienveillance,… Certains ne se sont pas vus depuis des lustres, d’autres lorgnent comme des snipers, ces pèlerins du BEAU pour repérer des personnes qu’ils côtoient au quotidien sur les réseaux sociaux et qui participent au festival (j’ai fait partie de ces heureux snipers malgré ma myopie !!! rires).

La Danse

Alors qu’absorbé par une belle interprétation de musique jouée par un groupe de jeunes, une jeune femme généreuse que je connaissais jusqu’ici sur facebook a proposé de me faire visiter le village. Elle s’est appliquée vraiment, comme une vraie guide touristique si bien que j’étais autant subjugué par ses descriptions que par les vestiges des anciennes maisons kabyles et du savoir-faire que les kabyles maitrisaient. Nous avons déambulé dans tout le village et l’on s’est arrêté à chaque fois qu’une performance, une œuvre ou un chant attirait notre attention.  Je ne voulais pas m’y adonner complètement comme Dyhia et son ami qui étaient entraînés aussi rapidement que l’on croirait que le festival les a transformés en grenades qui attendaient juste le p’tit truc qui les désamorcerait pour exploser et répandre l’amour dans l’atmosphère. Je suis resté en fin guetteur pour déceler les petites choses, les petits gestes, les simples actions qui sans aiguiser son attention on pourrait facilement les ignorer. C’est dire que mon art à moi est d’observer. La première scène à laquelle j’ai assisté avec ces deux fous était une danse qui avait des airs irlandais. Ils ont accouru à toute vitesse pour pouvoir y participer. Le défi était de suivre une certaine chorégraphie qui racontait en même temps une histoire assez intéressante. Des couples y ont participé. En suivant le rythme de la musique, ils devaient simuler leur amour confronté aux aléas de la vie. Et s’ils n’arrivaient pas à y remédier, ils changeraient de partenaires. Les participants passaient d’un partenaire à l’autre, sans gène, en se tenant la main et en rejouant les mêmes scènes. Pour les artistes, français je crois, qui y jouait avec leurs instruments, ça pourrait leur paraître banal, mais pas pour l’algérien que je suis qui connais un certains nombre de tabous qui contaminent la vie en société. Ces jeunes qui dansaient m’ont fait comprendre que l’Algérie a beaucoup évolué et qu’elle n’était plus ce qu’elle était. Cette génération sans se rendre compte, et bien sûr avec la bénédiction de l’accès au monde entier à travers les nouvelles technologies de l’information notamment, les réseaux sociaux, est entrain de remodeler complètement toute une sociologie en construisant la nouvelle Algérie sur des valeurs modernes à l’instar de la liberté, de la confiance et de l’amour. Si l’on souhaite sortir des vieux schémas, nous devons leurs confier aujourd’hui notre avenir : ils vont nous réinventer !

Tamghart(La vieille)

L’ami de Dihya, qui était un roux décoré par ses longs cheveux, barbe et moustaches aiguisées, avait un style atypique. Il ressemblait un peu aux Vikings dans la série qui a fait le buzz ces dernières années ou encore aux anciens Kabyles ancré dans l’imaginaire comme des personnes dont les valeurs et principes étaient tous aussi importants que les moustaches qu’ils soignaient. En se dirigeant vers la maison traditionnelle que l’on voulait visiter, une vieille femme est sortie en courant dans la direction d’où jaillissait le son de bendir. Deux femmes la suivaient pour la ramener à la maison. En leur demandant pourquoi elles la privaient de ces magnifiques chants, elles ont répondu que l’adorable vieille femme avait un peu perdu ses esprits et qu’elle risquait d’oublier le chemin vers la maison. Cela m’a beaucoup ému. Si perdre ses esprits et rester autant sensible au beau et au chant, il n’y pas meilleure voie pour finir ses jours. Elle n’a pas pu résister, canne à la main personne n’aurait pu la priver des chants ancestraux qui lui donner à la voir, une seconde vie. Nous nous trouvions sur sa  route. Elle s’arrêta près de nous et ne s’empêcha pas de tirer par les moustaches le roux en assénant : « achut vuchelghoumen agui, achekit. ». « D’où sort-il cet homme aux moustaches, il est magnifique. ». Il lui a probablement rappelé sa jeunesse. C’est dire comment le compliment était facile et élégant à leur époque. Une époque qui n’était pas dépourvue de sentiments, de sensibilité et de vie comme aiment le croire certains !

Alors dîtes moi, cette vieille dame Tamghart et jeune Dj Dj sont –elles différentes ? La première habillée d’une robe kabyle, la deuxième d’un jean et d’un chapeau que l’on appelle chez nous « Lemtela ». Pour moi la réponse est évidente. Dj Dj est un prolongement spirituel de Tamghart. Elle incarne tout ce qu’il y a de beau dans le prolongement d’une culture. Elle tire forcément sa vivacité, sa générosité, sa bienveillance et son amour de cette Tamghart. Je crois dur comme fer aujourd’hui que l’on ne peut aller vers l’universalité en apportant notre contribution à la civilisation moderne que si l’on puise dans notre culture et ses racines. Le défi n’étant pas de s’enfermer dedans mais de récolter les graines pour les planter à leur ouverture.

Je pense à vous deux femmes de ma kabylie. Dihya et Tamghart, merci pour cette leçon de vie. Je vous embrasse.

Je ne peux terminer sans être tenté de parler brièvement de la révolution citoyenne qui anime maintenant, notre pays depuis cinq mois. Le mouvement qui aspire à redonner un nouveau souffle à l’Algérie en instaurant des valeurs républicaines basées sur la justice, la liberté, l’effort et surtout le vivre ensemble doit s’inscrire dans la foulée de Raconte-arts où l’amour inconditionnel imprègne les travaux pour rendre le village plus beau et satisfaire les attentes des visiteurs. Tout cela sans être payé ni y être obligé. Imaginons un instant que cet état d’esprit réanime tout citoyen et gouvernant soucieux de l’avenir de notre pays. Qu’est- ce qu’elle sera belle notre Algérie !

Achour OUDJEDI

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