Il est d’une importance cruciale de parler de Rachid Mimouni, en tant que personne avant de s’intéresser à sa plume.  Comme  presque la majorité des Algériens, Il naît  dans une famille (paysanne) socialement modeste. Son enfance maladive (douleurs aux articulations), ne l’empêche pas de  mener à bien son parcours scolaire et universitaire. Une fois à l’université, son choix estudiantin prend les rails de l’économie,  ce qui implique que sa vocation pour l’écriture littéraire naît de la passion. Doublement compétent,  à la fois économiste et écrivain littéraire, il sait fusionner les disciplines.

Rachid Mimouni fait parti de la troisième  génération d’écrivains maghrébins d’expression française.

Des  œuvres au reflet de son engagement profond

Par le biais de son tout premier roman intitulé Le printemps n’en sera que plus beau, il attise l’ère  héroïque tissée par l’incontournable héros, le peuple algérien, qui a réussi à sortir de l’ombre du colonialisme, et à bâtir la Nation Algérienne. Le printemps n’en sera que plus beau  s’agrège donc à  l’inéluctable thématique de l’histoire coloniale algérienne, façonnée par la première  génération de la littérature algérienne d’expression française et inaugurée par  Mouloud Feraoun  avec son roman Le Fils du Pauvre, qui nous revient inlassablement jusqu’à nos jours.

Au fil des pages, on découvre peu à peu un personnage féminin très accrocheur. Un personnage qui ne  laisse nullement le lecteur indifférent, Djamila, la gazelle  ravissante et imprenable, elle séduit un Algérien et un Français, un personnage dessinant la frontière  invisible qui sépare les deux mondes réels, engloutis dans un monde factice; somme toute, Djamila incarne une métaphore de l’Algérie.  

Après le printemps n’en sera que plus beau à l’apparence historique et héroïque, l’écriture de Rachid Mimouni  se détourne vers l’édification d’un certain réalisme vécu par l’auteur : d’un pays retrouvé dans une situation complexe,  récemment sorti de la colonisation, ce qui inclut une économie fragile et une politique nouvellement constituée. C’est justement  le Fleuve Détourné, qui incarne cette écriture postcoloniale.

Si l’on arrive à cerner et synthétiser, en quelques mots, cette œuvre il en ressort  le regard économiste de Rachid Mimouni, l’imbrication de mots relatifs au chao : l’anarchie, l’incompétence, l’arbitraire, le viol, le trafic. Somme toute, hyperboliquement ou pas, il s’agit d’un hurlement de détresse contre les maux silencieux et sournois altérant la sphère sociale. Il désarme les fléaux en les dénonçant.

Dans l’océan du désespoir, le cœur du Maghreb plonge. C’est l’époque des  années 90 encore plus complexe, sur laquelle il peint des tableaux lugubres d’une époque clairement obscure, sinistre, âcre qui avait barricadé l’horizon prometteur de chaque individu. Le meilleur exemple de ce désastre, de ce monde ubuesque  est  La malédiction, un roman qui tient plus du réalisme que du romantisme. Il en découle vite que l’œuvre  de Rachid Mimouni s’attaque aux entraves de la modernité qui empêchent le progrès social, en versant de l’encre.

Quid de son STYLE ?

En lisant Rachid Mimouni, un regard sévèrement critique sur l’univers, sur la société et sur les autres jaillit. On sent qu’une  observation fine d’un sociologue le gagnait toujours avant de procéder à l’écriture  de ses ouvrages,  qui sont avant tout des récits dans les quels palpitent des cœurs fragiles, dominés toujours confrontés à la réalité.  Notons bien, c’est du réalisme.

Dans un sens plus littéraire, l’écriture mimounienne s’installe dans un cadre littéraire dit « l’écriture de la rupture » Au fil des pages de certains de ses romans,  si le lecteur ne fait pas preuve de rigueur, il peut se perdre facilement dans le dédale du texte, cela est provoqué  par les structures éclatées, fragmentées de ses romans. Plus concrètement le style d’écriture mimounien recours à l’éclatement du récit et rompe avec la linéarité tout en mêlant des ingrédients favorisant l’incohérence et la rupture au fil de la fiction : Il enchaîne les structures  narratives, Il favorise la fragmentation en faisant appel à d’autres genres littéraires  comme la légende, le fantastique, la poésie, la forme théâtrale. Il passe d’une langue poétique lorsqu’il s’agit de décrire, à une langue corrosive quand il dénonce des phénomènes sociaux imposants. Une écriture rebelle !

Des lauriers ? Il en a amassé

Rachid Mimouni est couronné d’une moisson de succès, en 5ans il parvient à arracher 8 prix.  Rien qu’en 1990 il décroche à travers  son roman L’honneur de la tribu trois prix, il s’agit du Prix de l’Amitié franco-arabe ; prix de la critique littéraire : Ruban de la francophonie pour; prix de littérature-cinéma du festival international du film à Cannes. En 1991, il décroche  le prix de la nouvelle de l’Académie Française pour La Ceinture de l’ogresse. En 1992  il obtient le prix Hassan II des Quatre Jurys pour l’ensemble de l’œuvre. L’année d’après, il arrache le prix Albert-Camus pour Une peine à vivre et De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier.

Son roman La Malédiction lui a valu  deux prix à savoir : le prix du Levant en 1993   et le prix Liberté littéraire en 1994. En fin, en 1995, Rachid Mimouni décroche le spécial Grand Atlas pour l’ensemble de son œuvre ; une année durant laquelle il décède mais couronné de littérature tel un roi.

                                                                                                         Samy Loucheni    

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