Etaler toute l’histoire du Liban sur ces quelques pages serait invraisemblable et ne risquerait pas de rendre hommage au pays du cèdre du fait de sa longueur et de ses complexités intimidantes. C’est pour cette raison que la question qui a été posée va se focaliser sur un segment court mais significatif et symbolique de l’histoire du Liban, qui n’a pas toujours été un pays indépendant. 

Autrefois, Le Liban était un petit bout de terre surplombé d’une chaîne de montagnes dont le fameux Mont Liban, montagne qui jadis foisonnait d’arbres de cèdres, et qui donna son nom à la patrie. Le Liban avait toujours été un pays d’accueil et un asile pour les réfugiés de communautés minoritaires au Moyen Orient : Les chrétiens maronites, les druses, les juifs, etc. 

Au XVIe siècle, Le Liban fut envahi par l’empire Ottoman dont la colonisation dura de longs siècles. Par la suite, les guerres intercommunautaires survinrent et la communauté maronite fut massacrée dans le sillage. Ayant vu dans cet incident une brèche potentielle pour étendre leur pouvoir, les forces européennes, notamment les Français, se sont empressées de saisir le Liban en guerre et calmer le pays en octroyant à son gouvernement sa toute première chambre des députés, en faisant hériter aux citoyens et particulièrement aux chrétiens un système éducatif occidental pour rééquilibrer les strates sociales, et enfin en introduisant la langue latine, le français, comme deuxième langue après l’arabe et en reconstruisant le pays de leurs mains et architecture. Il y a une raison pour laquelle on appelle Beyrouth, le « petit Paris. » L’influence du pouvoir français fit, entre autre, germer une nouvelle idéologie jusqu’à maintenant non-reconnue au Liban qui est la politisation des partis religieux, C-A-D que chaque communauté allait avoir son idéologie politique et ses façons de faire afin de mieux gouverner. Aujourd’hui, le Liban a plus au moins dépolitisé ses confessions religieuses, et bien que le peuple soit à 52% musulman et à 40% chrétiens, (le reste comporte les druses, kurdes et juifs,) les élections et préférences du  citoyen à l’égard d’un candidat se basent sur ses compétences, et non son appartenance religieuse, mais la vision globale de la France comme étant le « héro » et « sauveur » du Liban perdure encore pour beaucoup de Libanais. Ce qu’était l’intention des français, tantôt sauver les Libanais d’une guerre qui allait tous les décimer, tantôt tirer ses propres bénéfices en handicapant un peuple sous leur pouvoir, reste discutable. Ce qui est certain, c’est que le Liban voulait retrouver son indépendance à la fois politique, gouvernementale et territoriale. Etant encore un mandat français, le territoire libanais et particulièrement les musulmans étaient lassés de voir leur pays envahi de part et d’autres. Proclamée en 1936 mais appliquées concrètement en 1946, Les deux communautés les plus influentes au Liban, les musulmans et les chrétiens, avec l’aide du gouvernement, ont tous deux posé leur offre et conditions : Le Liban devient état-nation, indépendant de tout contrôle extérieur, mais les chrétiens devaient admettre la séparation française et les musulmans devaient se séparer eux-mêmes de la Syrie qui les aidait sous certains angles. Le 22 novembre 1943, le Liban obtient son indépendance, célébrée jusqu’à ce jour chez les Libanais en brandissant leur drapeau emblème : le cèdre. Un arbre majestueux de la famille des pins recouvrant jadis toute la montagne du mont Liban, et cité dans certaines bibles de symbole de gloire, force, pureté et énergie. Alphonse de Lamartine, lors de son voyage au Liban, avait été enchanté et hypnotisé par la beauté de ses arbres et y a consacré ce passage parmi tant d’autres : 

 Chœur des cèdres du Liban

(Extrait)

Aigles qui passez sur nos têtes,
Allez dire aux vents déchaînés
Que nous défions leurs tempêtes
Avec nos mâts enracinés.
Qu’ils montent, ces tyrans de l’onde,
Que leur aile s’ameute et gronde
Pour assaillir nos bras nerveux !
Allons ! Leurs plus fougueux vertiges
Ne feront que bercer nos tiges
Et que siffler dans nos cheveux !

Fils du rocher, nés de nous-même,
Sa main divine nous planta ;
Nous sommes le vert diadème
Qu’aux sommets d’Éden il jeta.
Quand ondoiera l’eau du déluge,
Nos flancs creux seront le refuge
De la race entière d’Adam,
Et les enfants du patriarche
Dans nos bois tailleront l’arche
Du Dieu nomade d’Abraham !
(…)
En mémoire de ces prodiges,
Des hommes inclinant leurs fronts
Viendront adorer nos vestiges,
Coller leurs lèvres à nos troncs.
Les saints, les poètes, les sages
Ecouteront dans nos feuillages
Des bruits pareils aux grandes eaux,
Et sous nos ombres prophétiques
Formeront leurs plus beaux cantiques
Des murmures de nos rameaux.

Un pays connu pour sa diversité socio-culturelle, sa tolérance vis-à-vis de sa différence, le Liban est un pays hétérogène, un pays accueillant qui n’est pas défini par sa majorité vu qu’il n’en a pas, et unique au Moyen Orient de par ses communautés mais solidaires néanmoins et respectueux de tous. Un pays plus ou moins non-problématique qui jouit du tourisme et de son héritage culturel. L’explosion du 4 août dont nous avons tous été témoins impuissants, a causé des dommages de 200 morts, 6000 blessés, 300,000 habitants délogés, un air potentiellement empoisonné, et des dégâts d’une valeur équivalente à 10-15 milliards de dollars (recensés le 13 Aout 2020). Ce qui a rendu Beyrouth ville sinistrée. Les Libanais crient à l’aide maintenant plus que jamais, notamment à la venue du président de la république Emanuel Macron. Sa venue impromptue visant à consolider les relations diplomatiques privilégiées entre le Liban et la France a fait l’objet de remise en question auprès de beaucoup. Son saut était-il une aide précipitée apportée à un ami, ou un colon qui vient renforcer le syndrome de Stockholm chez ses victimes ? Question ouverte. 

Pour faire un don aux citoyens de Beyrouth, Liban -> https://supportlrc.app/

Mehdi MFD.

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