La société civile tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs années maintenant sur le phénomène de la « harga »( l’émigration clandestine en mer Méditerranée). Les gouvernements successifs ont pris des mesures d’ordre juridique pour combattre ce phénomène. Cependant, il serait plus judicieux de traiter sérieusement les causes de ce fléau social plutôt que ses conséquences.

Problèmes économiques… mais pas que !

On donne souvent comme explication les problèmes socio-économiques en général : Chômage, crise de logement, bureaucratie, etc. C’est pour une bonne partie vrai et juste car la misère sociale pousse beaucoup de jeunes et de moins jeunes à aller chercher ailleurs pour avoir un avenir. 

Néanmoins, l’explication purement économique est assez simpliste. Parmi ceux qui partent, il y a des gens issus des couches moyennes et nous avons même vu des images impressionnantes d’un père et d’une mère de famille qui partent dans des embarcations avec leurs enfants après avoir vendu leurs biens. De plus, l’Algérie n’est pas un pays très pauvre, (ni riche non plus par ailleurs) et on peut même affirmer que personne ne meurt de faim dans notre pays au sens où il y aurait une famine. Même les familles les plus pauvres peuvent se nourrir du strict minimum de pain et de lait et vivre sans mourir de faim.

L’Algérie n’est pas un pays en guerre non plus, contrairement à la Syrie ou l’Afghanistan où des millions de gens ont été forcés de quitter leurs maisons et leurs villages…. 

Pour invalider la thèse de l’origine purement économique, on pourrait aussi rappeler que pendant les années 80, le visa pour les pays européens n’existait pas. De plus, les algériens étaient plus pauvres qu’aujourd’hui; pourtant, il n’y avait pas de « harga ». Il est important d’insister sur le fait que le confort de vie aujourd’hui est bien supérieur à il y a 30 ans. Que ce soit en termes d’emploi (surtout pour les femmes), d’accès aux soins, à l’éducation et au logement, l’espérance de vie, etc. 

Parmi les idées reçues qui circulent dans la société, il y a le fait de croire n’y aurait pas de travail. Cela n’est pas vraiment exact; certains secteurs tels l’agriculture ou le BTP (bâtiment / travaux publics) sont en déficit de recrutement. De plus, dans la société moderne, ce n’est plus à l’Etat de donner du travail à tout le monde mais à la société de créer des emplois. Mais ceci est un autre sujet… 

Envie de liberté

Autre que l’explication économiste, certaines personnes avancent que le manque de liberté, particulièrement d’ordre individuel est à incriminer. La création culturelle dans notre pays ; entre autres le cinéma, théâtre et musique, souffre beaucoup du népotisme et de la bureaucratie, ainsi que du manque de moyens dont disposent les artistes et les créateurs indépendants. 

La question du tabou sexuel doit également être évoquée : En effet, les frustrations chez les jeunes, voire les moins jeunes, à cause du manque de plaisir sexuel, pousse beaucoup à fantasmer sur une « belle blonde » qui l’attendrait de l’autre rive de la Méditerranée. Ce qui est bien entendu un mirage…

En revanche, il faut préciser que cela revient en partie à l’explication économique; ces libertés ne sont pas inexistantes dans notre pays mais ont comme condition d’avoir les moyens et les bonnes relations pour exercer sa liberté. Comme dit un adage : « Tout est permis mais rien n’est possible. »

Inaccessibilité du voyage :

Comme cela a été explicité plus haut, le niveau de vie et le confort matériel de l’Algérien moyen est aujourd’hui bien supérieur à ce qu’il était il y a des décennies. Cependant, personne ne prenait le risque de perdre sa vie pour atteindre les côtes italiennes et espagnoles. La crise morale et le désespoir semés au sein de la population peuvent expliquer cet état de fait. Il est incompréhensible pour beaucoup d’européens que des jeunes dans la fleur de l’âge préfèrent mourir en mer pour vivre une vie précaire en Europe, uniquement dans le but de fuir leur pays. 

Parmi les raisons multiples, le problème du manque d’accès au voyage et notamment vers l’Europe est un problème majeur; car si les jeunes peuvent passer une semaine environ en voyage à l’étranger, ils pourront voir la réalité de la situation et auront moins l’envie de s’installer là-bas…

En conclusion, les raisons sont assez diverses. Il ne faut pas donner d’explication hâtive ou mono-causale à un phénomène qui demande beaucoup de temps et d’efforts pour être réglé. 

Yacine Chibane

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