Pourquoi aller au Hirak ? me demandent-ils .

Pourquoi ne pas y aller ? répondis je .

Leur regard , tantôt jugeant, tantôt rabaissant, puis une réponse « tu réponds par une question maintenant ? N’as-tu donc pas d’arguments , de réponse ? »

Si , j’en ai une , et c’est encore une fois « pourquoi ne pas y aller ? », mais aujourd’hui je vous écris pour vous être plus explicite, j’écris pour la première fois à une audience, enfin à des lecteurs, parce que oui, en écrivant, j’ai l’impression de faire un discours, j’écris sans penser, et ça nous arrive à tous de parler sans penser, j’écris comme mon cœur me le dicte, comme mes doigts me guident, j’écris pour moi d’habitude mais enfin pour vous aujourd’hui…

POURQUOI VENDREDIR ?

Dès mon plus jeune âge, j’ai appris à rêver …

Je ne rêvais pas de jouets à gogo, ni de maisons de poupées à couper le souffle, comme tout enfant classique en rêve (bien que chaque enfant soit unique), mais d’une belle Algérie, je rêvais de changer le monde, je rêvais de voir mon Algérie « 1ÈRE DU MONDE » comme je le disais à cet âge-là…

Issue d’une famille très politisée, je m’y intéressais beaucoup, j’ai même failli en faire mon métier …

Chaque soir après le dîner, on se posait; ma petite famille et moi devant ‘le 20h’ .

Un 20h parmi tant d’autres, la cause palestinienne fut abordée, des vidéos de bombardements, des vidéos où des journalistes montraient tout ce qui se passait devant leur yeux sans réagir, créa une déchirure dans cette âme innocente de 6 ans .Je me levai, outrée, scandalisée, et criai : « Mais ils sont à côté d’eux , pourquoi ils ne les aident pas ? ils sont entrain de mourir, je ne comprends pas ! ».

Comment expliquer à une enfant de cet âge-là la politique ?

Mes parents ont juste dit « ils ne peuvent pas, tu comprendras plus tard »…

Mais non je ne comprends toujours pas, je ne comprends toujours pas comment nous  pouvons continuer à vivre, paisiblement, pendant que maints peuples se font terrorisés, bombardés, tués …mais n’est point là le but de l’article ni son sujet.

Ce que j’ai pu retiré de ce petit drame d’enfance, oui c’était un drame pour moi et ça l’est toujours, c’est l’amour de la lecture .

La lecture où rêver est permis, où en l’espace de quelques moments, tu peux te retrouver, dans ta petite bulle, loin de ce monde sanglant .

Très jeune,j’ai commencé à lire et vite j’ai adoré.

Parmi mes premières lectures , figurait du Mohammed DIB , du Mouloud MAMMERI et de l’Albert Camus , paix à leurs âmes.

Bien que l’Algérie décrite par ces grands hommes était l’Algérie pendant la guerre, je la désirais, je rêvais d’y vivre dans cette Algérie.

Parce que cette guerre était poursuivie d’un mot, qui me faisait rêver et révolter à la fois, la guerre D’INDÉPENDANCE.

Vivre dans une Algérie NON INDÉPENDANTE par toute la fraude qui y existait, sous l’emprise d’opportunistes qui la tétaient jusqu’à la dernière goutte de pétrole, me rappelait cette vidéo du 20h, car tout le monde était au courant de l’état dégringolant (en voie de développement en façade) de notre Algérie, mais personne ne réagissait, tout comme ces journalistes …

J’avais l’impression de trahir « l’Amana » de mon grand père (paix à son âme), j’avais l’impression que son sang coulé pour cette Algérie et que toute la torture qu’il a subi, ne valaient plus rien .

Je me sentais lâche , incapable.

Quand je demandais à mon père pourquoi on n’essayait pas de changer les choses, il me répondait que ce n’était pas aussi facile de se débarrasser de ce régime.

D’autres aînés essayaient de me convaincre qu’en cette Algérie, il n’ y avait plus d’espoir , qu’il fallait mieux ne pas y rester.

Mais cet espoir, moi, je l’ai gardé, enfoui au plus profond de moi-même, dans ma petite âme brisée de 6 ans.

Mais ce que j’ignorais, c’était que beaucoup de personnes le gardaient aussi .

22 Février 2019, je vis la deuxième vidéo la plus marquante de ma vie, mais contrairement à la première, celle-ci fit rejaillir mon espoir …

Je marche depuis le 1er Mars, et je le dirai toujours, je ne m’arrêterai pas, même si ma vie en dépendrait .

Oui je donnerai ma vie pour ce pays mais aussi pour la petite fille de 6 ans qui s’est promise de changer le monde, ou du moins un bout de ce dernier, sa petite Algérie.

Aujourd’hui, cette petite fille se retrouve entrain de vivre un de ses rêves, entrain de vivre dans un des livres de MAMMERI ou de DIB, et personne ne pourra rebriser l’âme de cette dernière, une âme qui a mûri, devenue une âme de vendrediseuse .

                        Vendrediseuse un jour , vendrediseuse toujours .

                                               Manel HALLI ,
équipe rédaction du Nomad Club.

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