Qui n’a jamais entendu parler du fameux caïd, Okba? Et qui connaitAksel,le délaissé chef Awraba?Deux questions liées mais paradoxalement non équitables! Récemment, ces noms symboliques suscitentde vrais débats sur toutes les plateformes, dont Facebook ;et carrément un conflit local.

La paire Okba/Koceïla était active quelques années postérieurement à l’invasion des Arabes en Afrique vers 640. Ils avaient pour but : faire circuler la nouvelle confession et réhabiliter le contexte religieux, sauf que le vrai procédé à la réalisation de cette œuvre bénie est quasi absent, loin d’être logique et non dénué de défauts.En clair, l’histoire conforme est détenue dans ce cas particulier par les fouineurs, non les dissimulateurs œuvrant dans l’ombre pour les écoles algériennes entre autres !Il convient aussi de tenir compte de la volonté de donner à certains personnages une dimension héroïque sans doute bien éloignée de la réalité historique !

Le commencement:

Àla suite de la mort du prophète Mohammed en 632, les musulmans,sous l’impulsion des califes bien guidés,avaient gagné d’un tour de force remarquable à bouleverser l’Orient en s’offrant le scalp de deux grandes puissances de cette ère,affaiblies à cause d’une guerre de longue date qui les avaient opposés : une partie de l’empire romain d’Orient(les Byzantins à Yarmouk) etles Perses SassanidesàQâdissiya, puis s’ensuiventDamas, (Palestine/Jérusalem), Ctésiphon, Egypte, Libye(Cyrénaïque, Tripolitaine, Fezzan) etIfrikia. Ces incursions, étaient pour la plupart des dominations qui ne différaient point des envahissements d’antan.

Qui est Okba ?

Appelé Al Fihri en référence, à sa famille aristocratique (les Fihrides de Quraych), OkbaIbn Nafi Al Fihriest un personnage mythiquedu monde arabe (surtout sa portion occidentale), neveu de Amr Ibn Al As, et né en 622 à la Mecque. Sa période faste fut apparemment celle des(الخلفاءالراشدين) : d’abordsous le règne d’Omar Ibn Al KhettabpuisOthman Ibn Affan et plus tard, sous leCalifatOmeyyade,sous l’autorité de Muawiyaet Yazid. Grâce à eux, et principalement grâce àson grade, il a pumener des razzias auMaghreb.

Les accomplissements d’Okba

Règne d’Omar:

En l’an (640/20 Hégire), Amr Ibn Al As fut chargé par le second successeur Omar Ibn Al Khettab de la conquête de l’Egypte, chose faite prestementgrâce àquelques grands noms, soigneusement choisi tels que : Abdellah Ibn Zoubair, Saad Ibn Ouakas, Abdellah Ibn Amr Al As, Abdellah Ibn Omar Ibn Khettab. Dont Ibn Nafi, qu’il envoya ensuite vers Zouila et les contrées environnantes ultérieurement àsa prise deBarka. Toutes les deux,firent soumission, plusune djizia mais aussi unapprovisionnement d’otages filles/garçons aux soldats acheteurs.Selon Yazid Ibn Abi Habib, Amr écrivit dans la charte de paix qu’il accorda aux Berbères Louata: “Vous aurez le droit de vendre vos enfants et vos femmes pour acquitter votre part d’impôt“.

Bien que la requête de Amr à propos de l’Ifrikiaait été repousséeparla réticence de son supérieur (le Calife Omar en personne),Okba et les guerriers d’élites furent appelés à continuer leurs invasions dans les territoiresLibyens durant les années 23, 24, et 25(H), notamment àSyrte où les prises en toutgenre (argent, étoffe, bétail) etles prisonniers spécialement destinés à la vente étaient les principales satisfactions !

Règne d’Othman:

Omar éteint, un coup double allait se faire au profit d’Al Fihri ! Othman Ibn Affanremplaça le défunt en tant que leader de la Oumma. Abdellah Ibn Abdellah Ibn Saad, lui, pritla place du gouverneur d’Egypte Amr(anciennement sous ses ordres).Immédiatement après ce changement d’effectif, un vent nouveausecoua à la fois les futures conquêtes et le monde musulman. Effectivement, à contrario de Omar, Othma,n’était pas ferme dans ses pensées, en attendant son accord et des preuves du potentiel des terres de l’Ouest.Le fihride, fut chargé en (645/25H) par l’Emir fraichement élu, d’une mission de reconnaissance vers les confins d’Ifrikia,afin de ramener avant tout du butin pour appuyer le calife dans sa future décision ! Chose bien évidemment faite,spécialementau vu de la docilité de Ouadanetl’humiliation de son roi.

Avec l’approbation de son conseil, les preuves concrètes issues des fameuses terres opulentes et le volontariat des riches arabes pour la guerre sainte (chameaux, chevaux, armes, gratification).Othman valida enfin l’idée de longue date qui occupait depuis longtemps plusieurs esprits. Quitte à faireexactementle contraire de ce qui était au début interdit par l’ex chef suprême, donc, il ordonnaOkba, replié sur Barka, par le biais du nouvel Emir Abdellah Ibn Saad d’aller en exploration.

Marchant vers l’Ouest, l’armée arabe n’éprouva pas de résistance dans sa course, la preuve :Tripoli, Sbrata et Gabès ne se manifestèrent guère avec leurs garnisons byzantines, et laissèrent les troupes musulmanes sans la moindre intervention, ce n’était que partie remise puisqu’ils parvinrent in fine à s’imposerdifficilement, avec des pertes considérables certes, mais repartant avec des bénéfices si énormesqu’ils furent chargés par bateaux vers l’Egypte ! Le dernier accord conclu souligne justement l’ampleur de ces gains ;les Roums(Grecs Byzantins)offrirent une grosse indemnité de guerre de 100 quintaux d’oren échange de leur rétraction définitive!Abdellah, vicieux et lucideaccepta sans rechigner l’alléchante proposition vu le manque de moyens nécessaires pour assiéger les villes du nord.

Règne d’Ali/Mou3awiya

Consécutivement à ces faits, Othman fut assassiné à son tour causant un conflit interne à Médine :la première fitna, suivie d’une crise politique sans précédant, débouchant sur une victoire finale de MouawiaIbn Sofian (fondateur de la dynastie des Omeyyades)après une brève élection de Ali Ibn Abi Talib, gendre du prophète. Ce chapitre marque le retour des raidsàdestination de l’Ifrikia sous l’autorité des nouveaux chefs. Okba, encore lui, en dirigea un au Soudan et au Ouadan (43H), Rouaifi(46H) et reçut la directiond’un voyage en (670/50H), toujours vers l’Ouest mais cette fois-ci la mission serait tout autre puisqu’il devait soumettre définitivement le territoire rebelle. Il partit doncde Barka avec 10.000 hommes, réussissant plus au moins sa tâche (sujet qui reste à débat jusqu’aujourd’hui, comme tous les autres accomplissements militaires d’Okba)  avec en prime la construction deRibat.

À la venue de Dinar Abou Al Mouhadjer, Al Fihri fut mal récompensé des services rendus, destitué une première fois de ses pouvoirs et mit en cagepour enrichissements personnelssans l’accord des supérieurs, particulièrement la construction de Kairouane en 670. Par ailleurs,il ne parvint à en sortir que grâce à l’intervention de sonparentMouawiya, reprenant ses fonctionsultérieurement.Dinarétait un diplomate talentueux, il avait une politiqueantagoniste àson concurrent, et comptait sur la persuasion, l’explication du dogme et des préceptes de la religionainsi que del’alliance de certaines tribus Berbères qui sont plus sûreset plus sincèresque la force.

Aksel le berbère:

Orthographié différemment Koceïla, Akcel,Kasîla, Kusila,il est parfois confondu avec le prénom européen Axel (Danemark). Néanmoins, l’origine du nom demeure sujette à de nombreuses théories dont les plus courantes et censées : soit une déformation vraisemblable du nom latin Caecilius, très répondu en Afrique romaine chez les Berbères christianisés, soit une référence à unfélinsuivant les dialectes locaux.

Koceila-ou-Lamzara-Aourbi El Aourassi, comme son nom l’indique, fait partiedesAourba, descendant de Branès de qui descendMazigh lui-même !Il est chef Berbère de la confédération des tribus de l’Ouestet successeur direct de Orthaïa. Il est encorel’Aguelliddes clans du Zab, de la vallée inférieur de l’Oued Abdi et de l’Oued Al Abied, donc le maitre de l’Aurès Al Gharbi.

Ce qui est méconnu à propos d’Aksel :

Avant d’engager la bataille à l’Aurès,Dinar prit l’initiative de négocier avec Aksel avec à la clé une promesse d’égalité parfaiteentre eux. Ce dernier, admiratif, accepta sa conversion puisqu’il ne voyait pas trop d’écart entre son statut de chrétien Arien et futur musulman. Cette action lui a non seulement permis l’adhésion de sa confédération mais aussi de devenir conseillerpour les affaires de l’Ifrikia, d’ordinaire la chasse gardée des Grecs !De ce fait, le Berbère avec une nouvelle coalition,parvinten (50H) à défaire les troupes grecques de Carthage, du Cap Bonainsi qu’à les soumettre au tribut avec en plus le partage du butin entre tous les participants de la compagne !Ensemble, ils pénétrèrent les Maurétanies, poussèrent jusqu’à Tlemcen avec le même scénario final, Dinar n’oublia pas forcément le quintdûau Khalif.

Le Comeback et l’affront:

Entre temps, Al Fihri, rappelé à Damas, demanda audience auprès de Mouawiya et parvint à le convaincre :il se plaignitd’êtreoffensé par un esclave des Ansars(Dinar), alorsqu’il était le principal acteur de la conquête de l’Ifrikia, et rappela à son interlocuteur qu’ils étaient issus de la même souche (Quraych). Il n’en fallut pas plus : voilà Okba pardonné par son parent et de retour sur scène par l’intermédiaire du jeune chef Yazid fils de Mouawiya.

Remonté à bloc et revanchard, il jetaAbou Mohadjer et Koceila dans les fers, détruisit la ville fondée par son esclave de rival et se décida à faire une expédition militaire à la tête de 10.000 hommes, trainant derrière lui sesdeux captifs. Beghaia et Lambèsefurent les premières à tomber péniblement malgré l’allianceByzantins/Berbères.S’ensuit le Zab puis Tahert, à chaque fois les défenseurs de ces forts s’unirent contre lui mais en vain,obligeant comme d’habitude les perdants à l’adoption, à ramasser la rançon de guerre et les esclaves. Sa prétention sans limite, il voulait s’avancer vers Tanger mais Dinar l’intercepta : “Il n’y a pas, à Tanger d’ennemies pour toi, car le peuple de ce pays s’est déjà converti. Fais de Koceïlaton wali et envoie le là-bas avec une troupe“. Arrivé sur les lieux, le patrice(Compte Julien) offrit ses services, de riches présents et des renseignements.Okba descendit alors vers le sud, à Taroudent, écrasales Berbères et s’empara d’un grand nombre de jeunes filles soigneusement choisies, chacune vendue 1000 pièces d’or en Orient ! Finalement, seul l’Océan l’arrêta dans sa marchespectaculaire.

Durant la chevauchée, l’Aguellidfut enchainé, traîné comme un pan et traité durement malgré sa récente conversion !L’insulte emblématique fut celle-ci:

Okba voulait égorger un mouton, il ordonna à Kusila de l’écorcher.

« Que Dieu dirige l’émir vers le bien!Dit le Berbère.J’ai ici mes jeunes gens et mes serviteurs qui pourront m’éviter cette peine“

Oqbal’injuria et lui ordonna de sortir: Kusila se retira en colère et ayant égorgé le mouton, il essuya sa main sanglante sur sa barbe. Les Arabes lui dirent: « Que fais-tu amazigh? »

Il répondit: « Cela est bon pour les poils »

Un vieillard Arabe s’écria: « Ce n’est pas pour cela, c’est une menace que ce amazigh vous fait! »

Alors, Dinar s’adressa à Oqba: « Que viens-tu de faire! Voilà un homme des plus distingués parmi son peuple, un homme qui était encore polythéiste il y a peu de temps et tu prends à tâche de faire naître la rancune dans son cœur! Je te conseille maintenant de lui faire lier les mains derrière le dos, autrement tu seras victime de sa perfidie » Dixit Al Nuwayrî 

Tahouda :affrontement et défaite

De retour de son parcours, en direction de sa base, le Qurayshite s’orienta vers Tehouda/Thabudeos(actuelle Sidi OkbaBiskra) en 683, sans se douter de ce qui l’attendait. D’autant plus qu’il lui restait uniquement un groupe restreint de guerriers vu qu’il avait envoyé en avant la majorité de sa troupe avec les bagages, le profit et les prisonniers(estimation de 100.000 personnes Berbères et Grecs envoyées en Syrie), surtout croyant êtresûr du pays, ainsi l’obéissance de tous le monde. Arrivé aux abords des Aurès, Aksel toujours derrière les barreaux, au milieu des Arabes réussit à prendre contact avec les siens et les Roums, profitant d’un moment opportun, il prit la fuite. Le débrouillard chef de guerre arrivaaussitôt à réunir 5000 hommes, et aboutitavec ruse et obstination à embusquerles 300 hommes du tyran, à les massacrer tous, idem pourDinar. C’est ainsi que s’est achevéela pseudo épopée dupuissant chef des Omeyyades.

Note : La précision des dates ainsi que celles des événements peut être manquante et variée selon les sources et les historiens.

Yann

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