Les embarcations clandestines  s’aventurent à nouveau dans la houle méditerranéenne nocturne, à leur bord des Algériens prêts à tout pour quitter cette Algérie pour laquelle, quelques mois avant seulement, ils sortaient par milliers et manifestaient dans une pacificité exemplaire sous les yeux ébahis du monde entier. Pourquoi l’espoir s’en-est-t-il allé, laissant place au désœuvrement et à la désespérance ?

Désillusion:

Le mouvement populaire éclata certes, suite au refus des Algériens à un 5ème  mandat  brigué de la part du président déchu, mais se transforma très vite en un projet pour une 2ème république. Pour la récupération de l’indépendance Algérienne longtemps confisquée par une caste politique qui s’imposa au fils des années, dilapida nos richesses, bafoua et ne cessa de bafouer les principes fondateurs d’une démocratie, ainsi que la dignité de millions de citoyens, et ce, pendant plus de 20 ans. Les aspirations se multipliaient et l’espoir planait, avant de s’écraser et de laisser la désillusion s’installer.

Parle et tu seras emprisonné!

La liberté d’expression est l’une des bases de la démocratie ; il suffit d’une très rapide inspection pour se rendre compte que la nôtre est frêle, voire limite inexistante.

Pour preuve , dans nos geôles s’entassent, non pas des brigands, des délinquants, mais des journalistes et des militants, qui se retrouvent là pour comme seul délit commis, avoir parlé, dénoncé et osé s’opposer.

A partir de simples commentaires ou de statuts sur Facebook, jusqu’à des articles sur des journaux ou même des pancartes affichées fièrement un Mardi ou un Vendredi, les convocations aux commissariats se succèdent, les comparaisons immédiates se multiplient et les lourdes sentences s’abattent sans aucune intention de freiner cette lancée de partialité. Le tout  sous le regard désarmé d’avocats, témoins d’une justice faisant preuve de la plus grande des injustices.

Khaled Drareni en est la plus grande victime jusqu’ici, avec un dossier d’inculpation quasi vide si ce n’est les délits d’avoir fait preuve de professionnalisme et d’avoir été intègre, peut être aussi d’avoir collaboré avec le même média français pour qui notre cher président a accordé sa première interview étrangère.

Pendant que l’autre paysage médiatique brasse des milliards d’argent corrompu, brocarde et abrutit la société, allant de la chemma comme remède contre la COVID jusqu’à la femme qui embrasse les pieds de son mari sur un plateau de télé. Les journalistes indépendants eux, se voient réprimés, dans une manœuvre du pouvoir qui croit couper le souffle à un mouvement populaire en étouffant les voix qui font résonner son message, ici et là-bas.

Populisme et complotisme:

L’un pour endormir et enchanter les masses, l’autre pour nier toute responsabilité face à toute crise. Pour se dédouaner des conséquences d’un amateurisme indigne d’un état et pour s’ériger en sauveur et en défenseur de la nation, face à des individus désirant la déstabilisation de cette dernière.

Face à l’ingérence, au mauvais fonctionnement des institutions, à la défaillance de tous les secteurs, on vous dira que 80% des Algériens remercient dieu de la stabilité et de la sécurité du pays. Populisme de bas étage, le message est clair : Pourquoi vous ne vous contentez pas de ça ? Le problème c’est vous, vous êtes des éternels mécontents, nous on fait notre boulot.

Du khabardji à la main étrangère, on se croirait dans un film Marvel où les héros veillent la nuit sur la ville, pendant que les méchants complotent pour la faire sombrer. Dans ces films là, le héros a au moins le mérite d’être masqué, témoignant de la bonne foi de son combat, et non de son désir à être vu, remercié et applaudit pour ce qu’il fait.

Crise sanitaire et crise des droits de l’homme:

En début d’épidémie, l’ONU publia un rapport où elle mit garde sur la possibilité du détournement de la crise du COVID, en un prétexte de répression violente, d’un grignotage des libertés et même d’une crise des droits de l’homme dans les pays les plus totalitaires.

Il est clair que le scénario prédit se confirma en Algérie. Selon le rapport annuel sur la liberté de la presse, l’Algérie recula de 5 places et se classa à la 146e position. 

L’ONG reporters sans frontières commenta ce recul en citant une corrélation évidente entre la répression de la liberté de la presse à l’occasion de l’épidémie du coronavirus, et ce, suite à la mise en place d’outils de censures massifs.

Le culte de la personnalité:

Pendant les 10 dernières années, on s’était habitués à l’image du cadre et à l’appellation fakhmatouhou.

Néanmoins, et au cours du discours de sa nomination à la tête de l’état, notre cher président formula son désir de ne pas voir sa personne précédée de cette appellation. Mais où en est donc ce désir ? 

Peut-être que l’expression se voit être vouée aux oubliettes, mais la personnalisation du fonctionnement institutionnel, elle, se poursuit, accompagnée de son culte.

Le délit «  Atteinte à la personne du président de la république » désormais familier, en est la preuve. Il cache une sacralisation du chef de l’état, qu’on érige presque comme un messie qui ne fait pas d’erreur et dont on ne doit pas critiquer les décisions, car elles seraient les fruits d’une épiphanie en raccord  avec son sermon effectué lors de son investiture.

Vengeance, rancune et guerre psychologique: 

Face à tous ses dépassements, face au désir de se venger de ces mois de mobilisation, face au sentiment de peur ambiant et imposé ; les traits de la nouvelle Algérie se dessinent malgré nous. Ils forment un tableau hideux, très éloigné de celui imaginé et espéré par les jeunes et les moins jeunes qui manifestèrent pour leur patrie.

Bouches cousues
Mains grattant des barreaux rouillés 
Silence désormais pour seul opus
Jambes et esprits encastrés dans une unique pensée
Sentences d'années s'abattant sur des têtes
Ayant eu le malheur de dénoncer l'installation d'un échafaud
Destiné à hanter tout révolté, freinant sa lancée, la coupant net
Figeant des milliers d'autres, désormais hantés par l'image du bourreau
Liberté conditionnelle pour le reste 
Réduits à genoux devant le culte d'une personnalité 
Cerveaux lavés, paroles surveillées, au tour du cou une laisse 
Implorant l'oppresseur, traitant les libérés d'égarés
Combattant le mal, croyant faire le bien
Anéantissant tout futur 
Le tien et le mien 
Réduisant un peuple dans sa grandeur à un troupeau 
Brisant les cloches, anéantissant l'espoir de tout tocsin salvateur 
Abritant tout de même quelques non aliénés
capable un jour ou l'autre de renverser la dynastie du troupeau 
M.A

Photo: lamaindupeuple2

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici