Populaire est la légende de Loundja la fille de l’ogre ; cependant, nul ne connaît la légende de l’ogre lui-même – ou plutôt l’ogresse, car c’est effectivement une femme qui mit fin à la suprématie de celui qui se croit désormais ogre !

L’eldorado des femmes:

Jadis, dans un pays pas très lointain, bien avant l’instauration du principe du mariage et le fondement du foyer, femmes et  hommes vivaient séparément, chacun de son côté. Les femmes incarnaient le sacré féminin – qui leur permettait une domination par la force de la  pulsion et la sexualité – jusqu’au jour où les mâles, lasses de vivre dans la crainte, se soulevèrent et rejetèrent leur sort qu’ils jugeaient trop injuste puisque sexiste. Ils prirent alors ce qu’ils désiraient comme femmes et les séquestrèrent dans des maisons de pierre qu’ils construirent spécialement pour opprimer le pouvoir de la femelle ; c’est d’ailleurs de là que naquit l’idée de la femme au foyer.

Toutefois, certaines femmes (appelées Tiweghzniwin ⵜⵉⵡⴻⵖⵣⵏⵉⵡⵉⵏ, ou ogresses) et hommes conservateurs refusèrent ce déséquilibre qui frappait leur nature et mœurs, et prirent la fuite des griffes de ce néo-patriarcat qui s’inverse de sexe et de sens. Parmi ces rebelles se trouvait Tteryel, femme divine au pouvoir unique.

Tteryel fut considérée comme déesse pour ses aptitudes acquises grâce aux feuilles d’or d’Attala (un monde soi-disant parallèle) qui lui gratifièrent de superbes pouvoirs de sagesse et d’accès au monde des djinns. La divinité berbère avait également le pouvoir de changer d’apparence, de se métamorphoser d’une femme ravissant digne d’une aquarelle à une bête terriblement féroce qui punissait les femmes consentantes faces au joug du mariage et chassait les enfants méchants et hommes acerbes, abusant de leur potentiel physique pour réprimer la femme. Cela dit, certains mâles eurent vite fait de découvrir une astuce pour éviter de se faire dévorer ; il suffisait de téter le sein de Tteryel pour devenir son fils. Ce geste aussi “ impoli” qu’il soit, par la loi du lait, accorderait dorénavant à l’enfant ou l’homme la protection garantie et l’immunité contre la misandrie. Il est à noter cependant que Tteryel n’avait qu’une seule vraie fille, Loundja, qui comme Jésus Christ, est née naturellement sans processus de fécondation masculine, comme preuve d’indépendance et de la liberté féminine inouïe.

Les femmes qui avaient foi en l’héroïne se nommaient “yelsiss n tteryel’’ (ⵢⴻⵍⵙⵉⵙ ⵏ ⵜⵜⴻⵔⵢⴻⵍ, en berbère : les filles de tteryel). La plupart étaient des femmes répudiées ou des victimes de violences conjugales ou familiales qui n’en pouvaient plus.

Le mythe de la virilité:

On raconte qu’un jour, trois jeunes filles se recueillant autour d’un lac discutaient la rumeur s’agissant du roi qui comptait élire une épouse parmi les filles du royaume. Elles se mirent à négocier ce qu’elles feraient en échange de l’union.

L’une d’elles prit la parole :  “si le roi m’accepte, je nourrirai le royaume tout entier d’une seule poignée de blé.’’ L’autre l’interrompit : “moi, s’il consent à m’épouser, je vêtirais tout le royaume d’une seule toison de laine.’’ Enfin vint le tour de la dernière qui présuma pouvoir porter au monde les plus beaux héritiers de l’univers : un prince aux cheveux dorés et une princesse aux cheveux argentés.

Silencieusement, Le roi passant sur son cheval blanc par hasard, entendit la discussion des trois jeunes filles et, la trouvant originale, Décida de leur donner une chance. 

La première accomplit sa mission de nourrir le royaume

La deuxième tint la promesse et fit de même.

Pendant ce temps-là, la troisième tomba enceinte, et happa les regards de son entourage et l’attention du roi, qui négligea les deux autres filles. Déçues et enragées, ces dernières allèrent se plaindre auprès de Tteryel l’omnipotente pour dénoncer la perfidie de leur amie.

Tteryel fut dans tous ses états ; envahie par une rage folle due la bassesse de l’acte de la jeune fille – qui non seulement réduit le pouvoir sacré de la femme en “l’accouchement” mais en plus osa donner la chevelure dorée au garçon et argentée à la fille (l’or étant plus précieux que l’argent) – elle versa son courroux en châtiment sur le ventre de la jeune fille, qui donna naissance plus tard à deux chiots au lieu des jumeaux. Plus tard, le roi, dégouté par le mensonge et l’impéritie de ce qu’il crut sa nouvelle reine, la jeta dans une geôle avec ses deux chiots.

Il existe plein d’autres récits où Tteryel instaure la justice, défend les amoureux et se venge des malfaiteurs, quoique les sources sont peu fiables face au caractère oral des légendes berbères.

L’ogresse à la finesse de l’amour:

Tteryel, loin du son trône divin et du visage de femme forte qu’elle arbore, a, comme toute femme, le coeur qui bat pour un homme, un homme qu’elle attendit en vain.

  ‘’  Urǧiɣ win tuṛǧ teryel ……. J’attends comme celui qu’attend l’ogresse

ɣas ul yeṭraǧun yuyes …… Mais le cœur qui attend désespère  ‘’

 – Lounis Ait Menguellet –

Tteryel, Le conte perdu:

Ce fut un conte parmi des dizaines d’un patrimoine berbère oral qui malheureusement, par faute de bonne foi, s’éteint de jour en jour ; un patrimoine qui parle à la langue de l’école philosophique de ceux qui avaient érigé de telles merveilles qui tantôt, font peur aux enfants, tantôt les enchantent.

Ce conte, quant à lui, traduit le féminin sacré d’une société archaïque mais saine de tous les maux de misogynie et de sexisme, mettant en œuvre un militantisme féministe aux goûts des braises et des montagnes ; un féminisme qui doit renaître dans une société paumée, dont la lampe du phare fut vandalisée par l’obscurantisme de la tradition, cela pour enfin revoir AGUS N TTERYEL, l’arc-en-ciel dans nos cieux. 

La tteryel du 21ème siècle est une éducation et une législation juste et adéquate.

“ De longues années de peine qui furent siennes

Et encore et encore elle subsiste à être l’être à l’hymen

De lettre de savoir ou de sagesse cette femme fût elle

Elle ne varie d’un iota, déesse soit elle, seul compte ce que sa parallèle d’antan faisait, se soumettre et faire pareille, sans droit à la voix ni querelle.  

La femme est là pour donner naissance, servir, ébaudir le male lascif… devinez l’auteur, le contraire vous aurait étonné, un homme

N’est-ce pas injuste vis-à-vis des forces de maman ? Ne sommes-nous pas prêts à résilier au droit de vivre pour nos géniteurs ? Si, nous le sommes.

Maman a droit de vivre si elle le désir, a droit de ne pas être mienne.

 Elle est femme, elle est vie, elle est liberté.

Hélas, la société a fait d’elle une entité, un bouc émissaire subissant les sévices de l’échec de la masculinité 

A fait d’elle mère d’une malédiction qu’elle n’a point enfanté, paye pour le rôle de la femme soumise qu’elle a raté, pour les failles de sa société qu’elle ne su compléter

La femme n’est plus ombre de l’homme, elle est ombre de sa beauté, de ses mots.

La femme n’est plus girouette des vents, elle ne sera plus doliprane pour apaiser ce dont ses mots amènent comme maux.

          Elle est Tteryel.” 

Photo: Robynn Frauhn

                                                                                                                                            LUSTUCRU B.C.                                            

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