Accueil Art et Culture Mouloud Mammeri: l’étincelle du printemps berbère

Mouloud Mammeri: l’étincelle du printemps berbère

0

Le 28 décembre 1917 a vu naître l’écrivain Algérien Mouloud Mammeri. Il a périt, 71 ans après (Février 1989), lors d’un accident de voiture pas loin d’Aïn Defla alors qu’il revenait d’un colloque sur l’amazighité à Oujda au Maroc.

Qui est-il ?

Mouloud Mammeri est un écrivain, anthropologue, linguiste spécialiste de la langue et de la culture Berbère. 

Il est naît dans le village de Taourirt-Mimoun dans la commune de d’Ait Yenni à Tizi Ouzou en Kabylie.

Il y fait ses études primaires. Puis en 1929 il part vivre au Maroc où il devient chef du secrétariat particulier du roi Mohammed V.

En 1932, Mouloud revient en Algérie. Afin de poursuivre ses études à l’actuel lycée d’Emir Abdelkader de Bab El Oued à Alger.

Il s’en va ensuite à Paris au lycée Louis-Le-Grand dans l’optique de rejoindre l’école normale supérieure. 

Il rejoint les forces militaires de 1939 à 1940 puis en 1942 jusqu’à la fin de la guerre ; entre temps il s’est inscrit à la faculté des lettres d’Alger.

Après des va et vient entre l’Algérie et le Maroc, il regagna définitivement l’Algérie le lendemain de son indépendance. Puis il enseigna le berbère à l’université de 1968 à 1972.

Le Président de l’U.E.A

Le 28 Octobre 1963, la première Union des Écrivains Algériens fut créée. Mouloud Mammeri en était le président, Jean Sénac le secrétaire général et Kaddour M’Hamsadji le secrétaire général adjoint.

Plusieurs écrivains (dont Moufdi Zakaria, Kateb Yacine ou encore Mohammed Dib) s’y  sont liés d’amitiés.

(Par harry0611 — Collection personnelle., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12357947)

Ses  romans de référence :

-La colline oubliée (1952).

– Le sommeil du juste (1955).

-L’opium et le bâton (1965).

– La traversée (1982).

 ‘’Le précurseur d’une anthropologie moderne et décolonisée’’

A propos de L’influence anthropologique ressenti dès sa première œuvre La colline oubliée. Le docteur en littérature à l’université locale éponyme, Malika Boukhelou souligne: «une vision et un regard anthropologiques, qui ont dépeint sur l’ensemble de ses écrits, était déjà perceptible».

«Les positions sociales attribuées par l’écrivain à ses personnages (Mokrane, Mohand). autant que les fonctions dédiées aux espaces cités dans ce roman, ainsi que dans toute son œuvre, découlent d’un constat anthropologique vécu et enregistré», a-t-elle poursuivi.

Cette vision anthropologique lui servira aussi à représenter à travers son œuvre «les différentes étapes de l’Histoire de l’Algérie. A commencer par La Colline oubliée qui était, selon elle, la matrice et le socle sur lequel l’écrivain l’avait construite. Vient ensuite, Le Sommeil du juste ou l’éveil et la conscience. L’Opium et le bâton qui était l’aboutissement de cet éveil et La traversée qui symbolise la délivrance», a ajouté l’universitaire.

De plus, a-t-elle fait remarquer, son œuvre a marqué «la fin de l’oralité et inauguré le début de l’écriture. Cette dernière a consacré l’universalité de la personne algérienne. Souvent décrite de manière péjorative et réductrice dans la littérature coloniale, et inscrit la culture et la mémoire algérienne dans la pérennité»

Abondant dans le même sens, l’universitaire et écrivain, Hacène Halouane, a évoqué «l’incarnation par l’œuvre de Mammeri, du lien entre les cultures vécues et savantes».

Pour sa part, l’anthropologue, écrivain et élève de Mammeri, Ali Sayad, a considéré qu’il (Mammeri) a été «le précurseur d’une anthropologie moderne et décolonisée, à travers ses travaux au Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques (CRAPE) de l’université d’Alger». 

Sous sa conduite, a-t-il souligné, «le groupe de travail qui s’est constitué autour de lui avait pris exemple de ce qui s’était fait au Vietnam du Nord qui avait encouragé l’ethnographie et l’anthropologie, qui était jusque-là des sciences coloniales, pour la connaissance de soi».

Mammeri, à l’origine du printemps berbère de 1980

Loin de lui l’idée de servir d’étincelle à une révolte qui aboutira plus tard à la consécration officielle de la langue, de l’identité et de la culture Amazigh. L’interdiction à Mouloud Mammeri de présenter sa conférence sur les poèmes anciens kabyles auxquels il a consacré un livre, à l’université de Tizi Ouzou le 10 Mars 1980 fut suivi le lendemain par une marche de protestation par les étudiants et enseignants dans les rues de la ville, puis le mot d’ordre se répandra de plus belle.

Au sommet de l’État, la situation est prise très au sérieux.

 Le 15 mars, une délégation d’étudiants est reçue à El-Mouradia.

 Les jeunes ne sont pas venus les mains vides : ils remettent à la présidence de la République une lettre dans laquelle ils revendiquent la reconnaissance de la culture et de l’identité berbères, et le respect des libertés démocratiques au sein de l’université. 

Le 14 avril, le ministre de l’Enseignement supérieur est dépêché à Tizi pour dialoguer avec les grévistes. Le rendez-vous dure quatre heures. Le responsable peine à convaincre. Quarante-huit heures plus tard, une grève générale paralyse toute la Kabylie. 

Plusieurs opérations, négociations et luttes  ont été menées avant d’en finir, Mouloud Mammeri n’aura pas vécu assez longtemps pour voir ce sur quoi sa conférence interdite a débouché.

Mouloud Mammeri : ‘’ Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l’enrichir, à la diversifier, et à ce titre je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer’’.

Ghizlène

Référence :

www.elwatan.com

www.jeuneafrique.com

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Exit mobile version