Évoquer les langues en Algérie, c’est feuilleter des pages d’Histoire : Diverses civilisations ont occupé le territoire algérien à travers les époques, engendrant une diversité culturelle et linguistique. De notre temps, L’Algérie est en effet, ce pays au sein duquel les langues coexistent.

La francophonie en Algérie:

Parmi ces langues il y a notre butin de guerre, la langue française. Cette dernière devient polymorphe dès qu’on évoque sa place : Elle est présente dans différentes sphères.  Dans l’enseignement supérieur,  la langue française est introduite comme langue d’enseignement concernant certaines branches scientifiques (pharmacie, médecine, architecture, sciences économiques…). Elle est utilisée dans beaucoup d’écoles privées. Et enseignée comme langue étrangère dès la 3ème année du cycle primaire. Certains parents de milieu plus ou moins aisé, vont même jusqu’à baigner leurs enfants dans un entourage exclusivement francophone.  Beaucoup d’illustres écrivains ont  d’ailleurs forgé leur plume littéraire en écrivant en langue française. Signalons surtout que sa présence abondante dans l’entourage médiatique confirme qu’il y a un lectorat francophone assez répandu. 

Le français est surtout parlé en société ne serait-ce qu’une simple alternance codique (le fait de passer d’une langue à une autre).

Cette réalité linguistique nous a toujours intrigués et nous pousse à nous intéresser à l’attitude des francophones algériens.  Ce qui  implique forcément le phénomène d’« insécurité linguistique » inhérent à l’usage de la langue française. 

L’insécurité linguistique, c’est quoi ? 

On a souvent entendu dire que la langue n’est « qu’un simple outil de communication » Or, les rapports que nous avons vis-à-vis des langues n’adhèrent pas tout à fait  à ce principe.  Il y a des représentations,  des attitudes, et des sentiments que nous ressentons pour les langues. 

L’insécurité linguistique est donc, le sentiment d’infériorité, de malaise que ressent un locuteur à l’égard d’un  autre locuteur, généralement natif, qui a pour référence le modèle perçu comme idéal.  L’accent « parisien » est perçu comme l’un des accents les plus prestigieux, par exemple. Pour Louis-Jean Calvet, linguiste : « On parle de sécurité linguistique lorsque, pour des raisons sociales variées, les locuteurs ne se sentent pas mis en question dans leur façon de parler, lorsqu’ils considèrent leur norme comme la norme. À l’inverse, il y a insécurité linguistique lorsque les locuteurs considèrent leur façon de parler comme peu valorisante et ont en tête un autre modèle, plus prestigieux, mais qu’ils ne pratiquent pas. » (La sociolinguistique, QSJ, p. 50).

Les enseignants non-natifs de langue française sont-ils enclins à l’insécurité linguistique ?   

L’enseignant de par son statut de détenteur de savoir s’efforce de bien parler et de se présenter comme enseignant modèle aux yeux de ses apprenants, voire de ses collègues. C’est pourquoi il cherche constamment à s’assimiler à la « norme linguistique » c’est-à-dire, suivre un modèle fixe de référence dictant le bon usage, tout en faisant abstraction de la variation linguistique. Il faudrait, nécessairement, connaitre le parcours du locuteur en question avant de le définir comme enseignant enclin à l’insécurité linguistique. Car, en Algérie, nombreux  sont les enfants de 1 an, et de 2 ans qui sont sujets à l’apprentissage du Français  grâce à leurs parents francophones, les programmes télévisés et les applications en expression française. Le locuteur bilingue précoce avec son accent approprié est intimement lié à la norme. Dès qu’il devient enseignant de FLE, se sentira aisément en sécurité linguistique. À l’inverse, si le locuteur est bilingue tardif, se portera, assurément, dans une situation difficile, quand il sera en mesure d’enseigner, on le reconnaît à travers sa non-maîtrise des expressions idiomatiques, son accent particulier…  

Les signes révélateurs de l’insécurité linguistique: 

Les linguistes ont déjà parlé des signes relatifs à l’insécurité linguistique. Par conséquent, j’emprunte, ici à William Labov – linguiste américain,  le concept de « l’hypercorrection », selon lequel le locuteur va tellement et constamment vouloir éviter d’effectuer des fautes, et imiter, de façon exagérée, les formes prestigieuses, pour montrer qu’il maitrise la norme.  À l’opposé  de l’hypercorrection, on peut voir le locuteur s’abstenir de la parole dans une situation de communication; dans cette perspective « le silence » devient protecteur pour ce dernier. 

Quand le sujet parlant est conscient que son accent déraille du standard, faute peut-être, d’un entourage homoglotte : dans certaines zones géographiques algériennes, à l’oral, on n’accorde de l’importance qu’à la langue maternelle comme le dialecte algérien ou le kabyle. Il est alors, fort possible que ce type de locuteur éprouve un sentiment d’insécurité lorsqu’il s’exprime en français. De surcroit, ce qui peut encore amplifier cette insécurité c’est la peur des préjugés ou d’être discriminé par des glottophobes ayant l’accent dit « prestigieux ».  

Assumer son accent: 

L’insécurité linguistique constitue une entrave pour l’apprentissage de la langue française et pour l’épanouissement de la francophonie. À vrai dire, linguistiquement parlant, l’accent ne fait pas la meilleure maitrise du Français. Il le fait pour la réalité française, car l’accent des Français est stéréotypé positivement. Mais la réalité algérienne est absolument différente, d’ailleurs les Québécois, dans leur cas, l’ont fort prouvé. En Algérie, Le plurilinguisme a une influence directe sur la prononciation correcte, particulièrement sur l’individu qui a entamé l’apprentissage tardivement : Le système phonétique et phonologique de la langue française est profondément différent de celui de la langue maternelle des apprenants. Les recherches scientifiques effectuées attestent que l’enfance est la  période adéquate pour atteindre les compétences du natif. Outre cela, une prononciation un peu différente ne veut pas dire que les locuteurs ne maitrisent pas les règles grammaticales, et n’enrichissent pas leur vocabulaire. Bon nombre d’écrivains algériens d’expression française roulent le (R). Mais cela ne les empêche pas d’écrire des best-sellers pour autant.       

             Samy Loucheni

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