Le gouvernement a annoncé que le système des subventions et notamment des produits destinés, devrait être réformé. Au regard de la situation financière délicate que traverse le pays, le changement de système social est inévitable. L’alternative proposée est l’aide « ciblée » ou « directe » au lieu des subventions sur les produits. Concrètement, à qui cela profiterait ?

Le coût des subventions sur le budget de l’Etat

Les contraintes financières qui pèsent sur notre pays sont telles que l’ancien modèle n’est plus viable et que le changement est nécessaire, voire inéluctable. Le déficit budgétaire de l’année 2020 est de 15 milliards de dollars $, notamment avec la baisse des recettes de l’Etat avec la crise sanitaire, bien que le problème soit posé depuis quelques années, au moins depuis le contrechoc pétrolier de 2014. Le gouvernement prévoit à moyen terme de réduire le budget de l’Etat via certaines mesures, dont la levée des subventions sur les produits.

Les transferts sociaux coûtent l’équivalent de 27 milliards de dollars $ sur le budget annuel de l’Etat, ce qui correspond à 25% des dépenses. Dans la case des subventions, on compte 14 milliards de dollars $ de subventions sur les produits destinés à la consommation. Ce montant est tout aussi important qu’il est difficile à réviser car il représente les dépenses pour garantir une accessibilité aux prix des produits de première nécessité,surtout pour les couches les plus défavorisées.

Les difficultésà surmonter

La semoule, le lait, le carburant, et plusieurs autres produits essentiels à la consommation quotidienne sont subventionnés. On estime que la levée des subventions sur ces derniers causerait une inflation de près de 100% de ces produits.

Le coût annuel du gaspillage du pain est estimé à 350 millions de dollars $ par an, cela est sans compter le gaspillage des autres produits alimentaires ou de l’électricité. On peut ajouter le problème de la spéculation et de la contrebande aux frontières des produits subventionnés.On pense donc de manière générale que revenir aux « prix réels » permettrait de rationaliser les dépenses quotidiennes et mensuelles.

Le vrai problème qui est posé est de changer le modèle des subventions sans porter atteinte au pouvoir d’achat du citoyen et des couches les plus fragiles de la société. Ensuite, il faudrait réellement évaluer les revenus mensuels des ménages pour lutter contre la fraude sociale qui ne peut, pas définition, pas être évaluée.

Les conséquences et les alternatives

On oppose toujours comme objection pour justifier l’arrêt des subventions sur les produits que ce serait les riches qui en seraient bénéficiaires car ils consommeraient plus que la majorité de la population. Ce raisonnement est simpliste et inepte ! Si le prix du carburant monte à 80 dinars/litre et celui de la baguette de pain à 50 dinars, les personnes aisées ne seraient pratiquement pas touchées car cela ne représente presque rien pour elles, ce qui n’est pas le cas pour les plus pauvres…

Des économistes proposent de hausser les salaires et de supprimer les subventions et de calculer quel serait le budget récupéré. D’autres proposent comme alternative d’instaurer un revenu de base qui serait destiné à une partie de la population, mais qui serait plafonné à un certain niveau.

Dans tous les cas de figure, le problème principal qui se pose est de définir qui sont les riches, qui sont les pauvres et à quel niveau se trouve la « classe moyenne »… En effet, le plafond maximal pour le logement social est de 24.000 dinars, ce qui signifie théoriquement que les personnes touchant plus seraient de la classe moyenne, ce qui ne correspond pas à la réalité. Par exemple, si l’on définit que la limite de la catégorie « nécessiteuse » est de 30.000 dinars, cela pénaliserait les catégories sociales touchant plus que ce revenu précis et vice-versa…

Attendons la loi de finances 2021 pour voir ce qu’il sera concrètement.

Yacine Chibane

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