S’il existe bien un art algérien par excellence, c’est la musique Châabi. Depuis plus d’un siècle, nos médinas vibrent au rythme des percussions des Debrouka, à la mélodie des mandoles et à la voix des plus grands maîtres de la musique.

Le Châabi, qui fait aujourd’hui partie de l’identité algérienne est notre patrimoine. Il devrait être mis en valeur, conservé et enseigné pour ne pas se perdre. Récité en arabe courant ou en berbère dans toutes ses branches, la musique Châabi tire son inspiration de poèmes parfois millénaires, mais aussi de la vie quotidienne. Il explore tous les volets de la société, on y parle tout aussi bien de religion, par le Madh Eddini qui chante les louanges de Dieu et de son prophète; d’amour, à travers d’innombrables Q’sayed comme « El Harraz »; de nostalgie et de tristesse comme dans les chansons de Kamel Messaoudi, mais aussi de mal du pays, tout le monde a déjà entendu El Hachemi Guerrouabi chanter Wahdani gharib !

La chanson Châabi, depuis ses débuts a été portée par de grands maîtres auxquels nous devons la plupart de ses chansons connues. Cheikh Nador en est le pionnier, il fit connaître ce nouveau style à la fin du 19e siècle et fut le maître d’El hadj el Anka, sans doute le plus grand chanteur algérien. Il avait un répertoire musical immense et inspira tout chanteur Châabi qui le suivit jusqu’à nos jours. D’autres grands noms sont à citer, tels que Cheikh Boudjemaa el Ankiss, disciple d’El Anka, Slimane Azem et Lounès Matoub en kabyle, ou encore Dahmane el Herrachi et El Hachemi Guerrouabi qui ont quelque peu modernisé le Châabi par des chansonnettes connues de tous comme « Ya Rayeh » ou « El bareh ».

Mais il m’est cher de parler d’un des plus grands artistes que l’Algérie ait connu, Cheikh Ammar Ezzahi, véritable virtuose du mandole, doté d’un ton de voix sans pareil. Il a marqué la chanson algérienne par son empreinte. En plus d’avoir repris l’intégralité du répertoire Châabi algérien, il est l’auteur de certains de ses plus beaux poèmes et en fit connaitre d’autres par ses interprétations tels que « Ana andi qalb » ou « El meqnine ezzine ». L’artiste hors-pair qu’il était n’avait d’égal que son humanité. Modeste, simple et réservé, il a tout au long de sa vie évité les concerts, préférant chanter dans les cafés et animer de longues soirées de mariages, gratuitement pour les démunis. Toutes les personnes qui l’ont côtoyé, témoignent de son humilité et de sa grande générosité. Homme de convictions, il a refusé de s’exporter en France et a vécu toute sa vie dans les quartiers populaires d’Alger. Même malade, en fin de vie, il est resté auprès des siens et a refusé d’être enterré au carré des martyrs, restant au milieu du peuple pour l’éternité. Son enterrement connut une marée humaine sans précédent, témoin du grand amour que lui porte le peuple algérien.

Si vous avez une heure ou deux, écoutez une de ses soirées, je ne connais rien de plus apaisant.

Sidali Chenik

Equipe Rédaction Nomad

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