S’il existe bien une forme de censure que les plus fervents défenseur de ladite ‘liberté d’expression’ puissent dans un sens tolérer, c’est bien le Tabou. Il semblerait que ce dernier puisse s’élever plus haut dans l’échelle de puissance, que les pires censures émanant des régimes les plus totalitaires de toute l’histoire. Comme un avion qui vole au-dessous des nuages, l’homme marchant dans la rue ne peut pleinement l’apercevoir. Cela pour dire que le Tabou est lui-même tabou. 

Mais avant de poursuivre, il est élémentaire de définir le tabou comme étant « tout acte ou fait dont l’évocation ou l’accomplissement sont interdit, sans être limité au domaine religieux ou spirituel, » comme il est tout aussi important de noter que nous allons dans cet article là traiter du domaine socio-culturel seulement. 

Ce qui est extraordinaire, c’est le fait que le tabou soit présent à chaque recoins sombre ou éclairé de nos vies, sans qu’il soit pour autant mis en évidence. Couvert comme par une sorte de cape d’invisibilité, le mot ou l’action tabou sont omis délibérément ou inconsciemment (comme une sorte de tradition perpétuée). C’est à se demander comment est ce qu’une telle chose puisse encore arriver dans ce 21ème Siècle où la vulgarisation scientifique semble être à son apogée. La réponse se trouve dans l’histoire. Il suffit de remonter à quelques siècles, de jeter un coup de d’œil au style de vie de nos ancêtres, et de comprendre que le tabou faisait en fait partie d’une plus grande tradition : celle du secret. Celle du silence et de la concision qui organisait tout un style d’adresse protocolaire. 

La vie que nous vivons actuellement, n’est plus conforme à ces codes et protocoles. Le tabou est alors la cause d’une désinformation dévastatrice dans la mesure où il alimente les cultures de haine et d’ignorance. L’individu se retrouve à censurer ou s’auto-censurer pour toute production artistique, être exclus de la société ou encore subir un nombre incalculable de problèmes lié à une simple désinformation à cause d’une interdiction d’information. Ce qui est tabou, n’a pas de réelle raison de l’être. L’homme a toujours craint, fuit, enterré, cacher, et même effacé ce qu’il n’arrivait pas à comprendre, ou à assumer. Le tabou a donc toujours été cette porte de sortie qui a permis à cet homme-là de non seulement fuir ses propres abysses, mais aussi d’empêcher quiconque de les lui rappeler.

Il est cependant essentiel de noter que le tabou d’autrefois n’est pas celui du 21ème Siècle. Dans un monde où la vie était entièrement protocolaire. Où chaque mot que l’on énonçait avait une place préalablement établie par les codes socio-culturelles propres à leurs temps, le tabou était un outil qui permettait de réguler tout cela. Ce qui donc fait la différence, est que ce dernier avait des règles, et qu’existait d’autres traditions qui pouvaient remédier au problème de la désinformation, formant comme un contrepoids à cette dernière. 

Le tabou participait au cloisonnement des interactions sociales d’autrefois, dont le cadre s’inscrivait dans l’idée de l’introversion, et du protocole. Mais dans un monde où la transparence est la nouvelle mode, garder un cloisonnement dont le tracé et l’utilisation n’ont aucune logique peut s’avérer gravement dangereux. Il peut être considérer comme l’un des pires fléaux sociaux, étant donné son rôle majeur dans l’apparition et l’aggravation des maux d’une société. C’est avec la communication que nous pouvons espérer un processus de guérison, et non pas avec son interdiction. 

Ramy BENAFERI
Equipe Rédaction Nomad

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