Le conseil souverain soudanais, instance législative mise en place après la chute de l’ex-président Omar El Bachir en avril 2019, a en effet approuvé, cette semaine, une série de lois qui risquent de modifier profondément la société, et qui donnent de l’espoir aux mouvements de révolte populaire nés il y a un an, ainsi qu’aux organisations de défense des droits humains dans le pays.

Parmi ces nouvelles décisions, l’interdiction de l’excision –une pratique ancestrale très répandue dans le pays- a également été adoptée. Depuis le vendredi 10 juillet cette mutilation génitale, mortelle dans certains cas, est désormais passible de trois ans d’emprisonnement et d’une amende.

Le texte adopté considère désormais comme « crime » la mutilation des organes génitaux des femmes. Il autorise aussi la fermeture par les autorités des cliniques ou des lieux pratiquant l’excision.

Abdallah Hamdok réagit par un Tweet

Sur Twitter, le premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, a salué « un important pas sur la voie de la réforme judiciaire, et de la réalisation du slogan de la révolution – liberté, paix et justice ». Les autorités vont « réviser les lois et procéder à des amendements pour pallier les failles dans le système judiciaire », a -t-il ajouté.

L‘UNICEF se félicite de la criminalisation des mutilations

Pour l’UNICEF à Khartoum, criminaliser cette pratique n’est que la première étape d’un long processus sociétal, afin d’envisager sa disparition.

« La loi accélérera certainement la réduction de la pratique, si elle est effectivement mise en œuvre par toutes les parties prenantes : les forces de l’ordre, les professionnels de la santé et les membres de la communauté, y compris les parents. Cette période nécessitera des efforts de collaborations intensifs », prévient Tamour Khalid, spécialiste de la protection de l’enfance à l’Unicef au Soudan.

« Cette pratique n’est pas seulement une violation des droits des jeunes femmes, elle […] a de graves conséquences pour la santé physique et mentale », insiste Abdullah Fadil, représentant de l’Unicef à Khartoum.

Une victoire pour les Soudanaises

La présence de femmes au sein du Conseil souverain soudanais, qui a validé la loi contre l’excision, a sans doute été un facteur déterminant. Même si cette loi est le fruit d’un long processus d’efforts conjoints des activistes, du gouvernement, des organisations communautaires et des ONG depuis 2010.

Même si les 40% de femmes occupant des postes politiques et de direction clés au Soudan ne sont pas encore atteints, « ce qui ce passe actuellement est très positif et très prometteur », fait valoir Tamador Khalid.

Aujourd’hui, les mouvements de femmes Soudanaises veulent aller plus loin : ils réclament un arsenal législatif qui punirait le harcèlement sexuel, et la modification des lois civiles, notamment sur le mariage, inspirées de la charia islamique.

Qu’en est-il de l’excision en Algérie ?

En Algérie, l’excision reste étrangère au lexique social. Même si cette pratique n’a pas cours dans les mœurs algériennes et on ne connaît pas de cas similaires recensés dans les annales médicales et judiciaire nationales, il n’en demeure pas moins que de fortes présomptions pèsent sur les communautés africaines qui ont pris leurs quartiers dans les villes frontalières et plus précisément au sud du pays. Si au frontières ouest il ne subsiste pas de doute quant à l’absence de l’excision parmi la population émigrée puisque la région est considérée comme un point de passage vers l’Espagne via le sol chérifien, l’écho de soupçons provient des villes de Tam ou d’Adrar qui constituent un réservoir important de la population d’Afrique noir.

La forte concentration d’Africains avec leurs familles qui se sont « sédentarisés » sur le sol Algérien et la persistance de leurs coutumes et règles font craindre la présence de telles pratiques parmi leurs rangs malgré l’absence de faits édifiants ou de cas avérés d’excision.

SONAI.HA

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