Les mouvements de contestation ont toujours été la meilleure des façons d’occuper un espace public, d’autant plus lorsque ce dernier nous est confisqué. On parle alors de « réappropriation de l’espace public ». L’occuper, ne plus bouger. Se l’accaparer. L’occuper encore et toujours contre vents et marrées pour mieux le connaître. Se l’approprier. L’apprivoiser. Et, avec lui, apprivoiser tous les torts et ressorts des tourments du pourquoi du comment du fait ou des faits que l’on soit sorti pour mieux rentrer chez nous. 

L’espace public, c’est à dire : la rue, la place ou toute autre composante d’une entité donnée, qu’elle soit urbaine ou rurale, est la scène de théâtre du jeu des foules. Contestations, protestations, manifestations, marches, toutes ont élu, et élisent encore, domicile dans l’espace public. Toutefois, on ne peut occuper l’entièreté de l’ensemble des espaces publics appartenants à une entité définie qui accueille en son sein un mouvement populaire donné.

Pourquoi choisit-on telle place ou telle rue pour manifester plutôt que telle avenue ou tel rond-point ? Qu’est-ce qui fait que l’on ait occupé la Place Tahrir au Caire ou l’avenue Bourguiba à Tunis ? Et, pour ne pas parler que des autres ; pourquoi sortons-nous depuis plus d’un an et marchons-nous toujours dans le même circuit de rues donné, en direction d’une place donnée, en face d’un édifice donné, au détriments de toutes les autres rues, de toutes les autres places et de tous les autres édifices plus majestueux les uns que les autres que compte notre belle Alger ? Eh bien, je n’en sais rien. Mais vous, ne vous êtes-vous jamais posé cette question ? 

Serait-ce pour la théâtralité des façades de la rue Didouche Mourad dont le boulevard Krim Belkacem au Telemly n’a rien à envier ?  Ou bien pour la grande ouverture sur le ciel qu’offre la place et les jardins qui entourent la Grande Poste que la Place des Martyrs n’a peut-être pas ? Ou serait-ce alors en raison de l’image flamboyante que renvoie le bâtiment de la Grande Poste, symbole d’Alger plus que le Maqam Ec-Chahid ?

Tous ces questionnements et ces prises de tête peuvent vous paraître superfétatoires, mais y apporter une réponse, ou un semblant de réponse, pourrait nous en dire beaucoup sur les pratiques sociales dans un lieu, en considérant bien sûr, le mouvement populaire comme le paroxysme d’une pratique urbaine dans lequel l’aspect de vivre l’espace en se le réapproprient prend tout son sens. 

Une révolution apporte avec elle du changement sur tous les plans. Elle devrait changer en profondeur tous ceux qui y prennent part, ne les laissant jamais indifférents à la fougue qu’elle suscite. Elle devrait changer aussi donc notre approche face à un espace public algérien longtemps délaissé par des usagers, ses citoyens.

L’espace public choisi pour mener une révolution, une bataille ou un combat, joue un rôle proéminent, donc, dans le bon déroulement et dans la réussite de ces derniers. Il est le contenant d’un contenu en fusion, bouillonnant de renouveau, de jeunesse et d’espérances. Il en dévoile beaucoup sur ceux qui l’occupent, qui y élisent domicile, y trouvent refuge et exutoire, y vivent, se l’apprivoisent et se l’approprient. Avec la révolution, l’espace public se révélera davantage à nos yeux, nous permettra de se réconcilier avec lui et nous nous révèlerons avec lui.

LAÏHEM Aïmen
Équipe rédaction NOMAD.

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