Tel un Gospel d’Afrique du nord, au rythme du Guembri instrument central manié par le Mâalam et accompagné de percussions de Qraqeb et de tbal (tambour), la musique gnawa incarne l’esprit africain et semble parler à notre corps avant notre esprit.Dans une sorte d’éveil presque spirituel qui semble être guidé par un souffle ancestral de quelques ancêtres enfouis en nous.

Étymologie:

Le mot Gnawa proviendrait du mot berbère Akal-N-Iguinaouen qui veut littéralement dire Terre des noirs ; ou par extension homme noir désignant des hommes venus d’Afrique subsaharienne vers les pays d’Afrique du nord.

Musique d’esclaves:

La musique Gnawa est avant tout une musique d’esclaves d’origine subsaharienne déportée par les arabo-berbère au cours du 15ème et 16ème siècle. 

C’est un genre musical créé au Maghreb et non importé de la part de ces derniers de leur pays natal contrairement à ce qui est très souvent dit. Le répertoire Gnawa fut créé en Afrique du Nord comme outil de résistance sociale au statut dégradant d’esclave, à la recherche d’une acceptation et d’un respect de la part de la société blanche dominante : en l’occurrence la société Maghrébine arabo-berbère qui représente ici l’esclavagiste

Appropriation des symboles de l’Islamité:

La musique Gnawa est chantée en arabe dialectal et non en langue africaine comme la logique l’aurait voulu. Dans tout le répertoire Gnawa les paroles renvoient très souvent à l’islamité, à Mahomet et à Allah. 

Derrière ce choix linguistique, cultuel, et cette appropriation de la mystique du dominant se cache une manière très intelligente d’œuvrer pour l’égalité raciale en usant du phénomène religieux : Prier le même dieu que le dominant permet au dominé de se retrouver à son niveau, mais aussi pour pointer du doigt l’imposture de l’esclavagiste qui se dit dévot musulman alors qu’il se permet de rabaisser et de mépriser ses semblables.

Ce choix leur permit ainsi de passer du statut  » d’esclave  » à celui de  » gnaoui  » en l’attente d’une émancipation complète.

Sidna Bilal :référent symbolique des Gnawa

Bilal, l’un des compagnons du prophète Mahomet et premier muezzin, né et grandit esclave avant d’avoir été affranchi sur ordre du prophète.

Les gnawas d’antan se sont alors appropriés cette histoire et l’ont utilisée comme moyen de dénonciation de l’imposture esclavagiste et de défense de la justesse de leur cause.

Gnawas, rites soufis et transe:

Outre leurs activités musicales, les gnawas ont également un rôle de guérisseurs et de devins. Aussi, en s’inspirant et en se mêlant aux rites soufis, les gnawas incluent dans leurs pratiques des coutumes liées à leur croyance ancestrale aux esprits : les jnoun. Au Maroc en particulier, où ce rite appelé Derdeba (signifiant grand bruit) ou Lila (nuit), s’inspire de rites animistes, et de pratiques adorcistes. A l’inverse de l’exorcisme, l’adorcisme est une pratique où l’individu accepte d’être possédé par une puissance extérieure ; porté par la musique gnawa, il se lance dans une danse jusqu’à atteindre l’état de transe recherchée par ce rite.

Cette cérémonie est proche d’un rite soufi, à savoir la danse des derviches tourneurs qui engendre la même transe.

Le gnawa à l’ère du temps:

Bien que le Gnawa actuel se mêle au reggae et ses mélodies se rapprochent très souvent du Blues Américain, il continue à s’inspirer de l’islamité et de ses préceptes, tel que le repentir dans la chanson Ghoffrane du groupe Index. Cela ne l’empêche pas de s’inspirer aussi de la culture rastafari en chantant par exemple la légalisation du cannabis, comme dans la chanson Bab El Oued Kingston du groupe Gnawa Diffusion. Tout cela sans perdre le souffle de liberté qu’on lui connait.

En effet, le répertoire Gnawa actuel reste, dans l’ensemble, en accord avec ses fondements : il n’oublie pas que c’est avant tout un chant d’esclaves glorifiant la liberté ; l’esclavage étant aboli, c’est une autre liberté qui est désormais recherchée. Face aux régimes dictatoriaux Maghrébins, à la répression des journalistes et des militants, aux violations de la liberté d’expression, plusieurs groupes Gnawa dénoncent ces pratiques, mais défendent aussi les individus qui ne se conforment pas au modèle imposé par la société qui n’accepte pas leur différences et les obligent à vivre en marge de la masse.

Si aujourd’hui une société entière se reconnait dans un chant d’esclaves, la question de notre liberté devrait être posée et étudiée avec sérieux.


Crédit photo :karma.roc

AMAR MEHDI


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