Les exilés meurent aussi d’amour:

Vivre en Algérie est un paradoxe. Qui de nous n’a pas vécu le combat intérieur suivant : Être mitigé entre l’amour de notre patrie et sa haine.

‘‘ Krehna leblad’’,  combien de fois cette phrase est venue se loger dans nos oreilles, combien de fois nous l’avons-nous même formulée ?

On désire vouloir aller vivre ailleurs mais la peur de ne pas supporter l’exil nous hante.

Le désir de vie:

On se rend compte en nous comparant à d’autres pays, que nous vivons qu’à peu près ou qu’à peine, que nous survivons pour certains d’entre nous, qu’à quelques exceptions près nous n’avons vu qu’ennui et enfermement, que nous n’avons vécu qu’enchaînements de crises en tout genre, avec parfois entre les deux des moments de joie éphémères atténuants notre quotidien morose de jeune Algérien, vivant dans un pays où les institutions culturelles manquent cruellement et où la diversité n’est pas accueillie à bras ouverts mais à poings crispés.

Les fiertés passées:

Parfois et souvent en se commémorant les héros tombés au combat pour la liberté de cette terre, un brasillement d’espoir …  – ou peut être un sens des responsabilités – s’enflamme en nous, embrasant et réduisant la lâcheté de la fuite en cendres, donnant vie par le feu à un désir ardent de construction, ravivant la passion des cœurs glacés, transformant l’idée de voir les aspirations des sacrifiés tomber dans les abysses de l’oubli en une calomnie inconcevable.

Ce brasillement parfois perdurera, se verra d’autres fois refroidi face à l’immensité du travail à fournir ; face à quelques Algériens considérant l’ouverture d’esprit comme une fracture de crâne, et pour ces derniers celui-ci est précieux même s’il est pour la plupart du temps vide ou n’abritant que bêtises cuisinées par un système éducationnel défaillant et abrutissant,  ou encore importés de divers chouyoukhs voulant à tout prix instaurer des valeurs et des traditions qui nous sont allochtones, pensant savoir à notre place comment notre société devrait être régie.

Nous et les autres:

Ces individus sont-ils majoritaires ? Font-ils juste plus de bruit que le reste de la population qui est, elle non aliénée ? Serons-nous capables de redorer notre blason, de faire la paix avec notre passé et notre identité ? Pourrons-nous vivre en paix entre nous ?

Défaitisme ou réalisme ?

Face à l’absence de réponse à ces questions, l’ancrage du paradoxe Algérien se poursuit, poussant la jeunesse éveillée à se morfondre encore sur le sort qui l’attend.

Et petit à petit, l’inertie regagnera à nouveau le brasillement et sera remplacée par de l’égoïsme ou par un désir de vie ne laissant place qu’à un seul et unique projet celui de s’en aller pour enfin commencer à vivre ailleurs.

En cette journée mondiale de la jeunesse, l’espoir est là, demain peut-être sera-t-il absent, la seule certitude est que le cycle persistera.

En Algérie les génies ne brillent pas, ils brûlent. Lorsqu’ils échappent à l’autodafé ils finissent sur le bûché. – Yasmina  Khadra – 

Gardons la tête sur les épaules  en attendant que la réalité de cette citation se voit désormais conjuguée au passé.

Amar Mehdi

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