Durant dix ans, les civiles ont payé au prix fort les affrontements entre les forces de sécurité et les groupes islamistes armés. Selon les sources, le bilan varie de 60 000 à 150 000 morts. L’ère funeste qui continue de hanter les mémoires algériennes a débuté le 26 décembre 1991, le jour où le Front Islamique du Salut (FIS) a remporté le premier tour des législatives.

Dans les années 1980, la jeunesse étouffée dans une Algérie en proie à une terrible crise sociale. Les émeutes d’octobre 1988 réprimées dans le sang poussent le président Chadli à ouvrir le pays au multipartisme, après trente ans de monopole du FLN. C’est à la faveur de cette réforme que naît le Front islamique du salut, et tandis qu’Abassi Madani, le leader historique du FIS, développe un discours radical dans les médias, Ali Benhadj, de trente ans son cadet, mobilise les foules dans les mosquées des quartiers de Kouba et de Sunna. La jeunesse de tout le pays rapplique pour écouter le prêcheur super star.

Fondé le 18 février 1989 dans la mosquée al-sunna à Bab el Oued à Alger, le FIS a été légalisé par le ministère de l’intérieur le 16 septembre 1989.

Le FIS centre son idéologie sur le respect strict des valeurs de l’Islam. Selon lui, la législation doit se soumettre aux impératifs de la Chari’a dans tous les domaines. Le concept de démocratie est assimilé à l’athéisme, et la légalisation des partis « qui prônent la contradiction avec l’Islam » est condamnée.

Dès sa création, le FIS est apparu comme le premier parti politique du pays. Il a rapidement séduit les jeunes Algériens sans emploi ou marginalisés, une couche importante de la population. 

Le 26 Décembre 1991 a eu lieu le premier tour des élections législatives. Le FIS obtient 188 sièges sur 231, soit près de 82%, le FFS 25 siège et le FLN 15 sièges, les candidats indépendants remportent 3 sièges. Cette victoire, loin de refléter l’adhésion du peuple algérien pour le programme du FIS, a été encouragée par la loi électorale. En effet, le scrutin uninominal à deux tours fait qu’une légère majorité de voix aboutit à une très grande majorité de sièges. Au scrutin proportionnel, l’Assemblée aurait été gérable. Sur treize millions d’électeurs environ, trois ont voté pour le FIS. Et à la proportionnelle, un rapport de trois sur treize n’aurait pas pu donner la majorité écrasante dont a bénéficié le parti intégriste. Ce mode de scrutin lui a permis d’obtenir lors du premier tour, 184 ou 186 sièges sur 420, avec seulement 24% des voix exprimées des électeurs inscrits. Prenant acte de la situation qui prévalait, et qui risquait de tourner à son désavantage, l’armée décide le 11 janvier 1992 de pousser le chef de l’état, le président Chadli Bendjedid à la démission et d’interrompre le processus électoral. En février 1992, elle proclame l’état d’urgence. En mars, le FIS est officiellement dissous. Suite à ce coup de force de l’armée, les municipalités qu’il gérait ont alors été dissoutes, les mosquées qu’il contrôlait dépolitisées et de très nombreux dirigeants et militants emprisonnés. Le parti s’est alors réorganisé en exil (en Europe et aux Etats-Unis) et clandestinement en Algérie.

Après l’interdiction du FIS et l’arrestation de milliers de ses membres, différents groupes de guérilla islamiste en plusieurs groupes armés, dont les principaux sont le Mouvement islamique armé (MIA), basé dans les montagnes, et le groupe islamique armé (GIA), basé dans les villes. Les islamistes ont au commencement visé l’armée et la police, mais certains groupes s’attaquent rapidement aux civils. En 1994, tandis que des négociations avaient lieu entre le gouvernement et les dirigeants du FIS mis en résidence surveillée, le GIA déclara la guerre au FIS et à ses partisans, alors que le MIA et divers plus petits groupes se regroupent pour former l’armée islamique du salut (AIS), loyale au FIS.

En 1995, les pourparlers échouent et une nouvelle élection eut lieu, remportée par le candidat de l’armée, le général Liamine Zéroual. Le conflit entre le GIA et l’AIS s’intensifie. Au cours des années suivantes, le GIA commet une série de massacres visant des villages entiers, avec un pic en 1997 autour des élections parlementaires, qui furent remportées par un parti nouvellement créé favorable à l’armée, le Rassemblement national démocratique (RND). L’AIS, soumise à des attaques des deux bords, opta en 1997 pour un cessez-le-feu unilatéral avec le gouvernement, alors que le GIA se déchirait à la suite de sa nouvelle politique de massacre. 

La situation a cependant changé après l’élection du Président Abdelaziz Bouteflika en avril 1999. Deux mois après son élection, l’AIS proclamait un cessez-le-feu unilatéral suivi le mois suivant du pardon accordé lors de la fête de l’indépendance par le président Bouteflika à 2.300 militants islamistes emprisonnés. Dans le même temps, le président algérien présentait au parlement algérien sa loi de « réconciliation nationale » accordant l’amnistie aux membres et sympathisants de l’AIS. Cette loi, adoptée avec une écrasante majorité dans les deux chambres (288 votes positifs sur 380 à l’Assemblée nationale et 131 votes positifs sur 150 au Conseil de la Nation) a été confirmée par référendum le 16 septembre 1999, et plusieurs milliers de prisonniers supplémentaires ont été rapidement libérés.

Sonia HM

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