Un problème répandu au niveau national mais aussi international. Le self-médication ou l’automédication est cette notion d’autonomie de décisions concernant sa santé, en ayant recours à des médicaments sans ordonnance pour se soigner ou prévenir des symptômes ou maladies jugées banales et ne justifiant pas la consultation médicale.

L’OMS définit l’automédication comme : « Le fait qu’un individu aie recourt à un médicament, de sa propre initiative ou de celle d’un proche, dans le but de soigner une affection ou un symptôme qu’il a lui-même identifié, sans avoir recours à un professionnel de santé. »

Selon l’organisation, à l’échelle mondiale, plus de la moitié des médicaments ne sont pas prescrits, distribués ou vendus de manière appropriée et la moitié des patients ne les prennent pas correctement. Un usage incorrect des médicaments avec des effets nocifs pour les patients entraîne une dilapidation des ressources. 

Le self-care 

Appelé aussi soin auto-administré, c’est le fait de prendre soin de soi lorsqu’on est malade ou lorsqu’on veut s’empêcher de tomber malade. Le concept est assez large, il englobe : l’hygiène, la nutrition, le mode de vie, les facteurs environnementaux et l’automédication bien sûr.  

Des excès préjudiciables à la santé :

Nous sommes livrés à un combat socio-économique de santé publique dont l’ampleur est assez grave, surtout pour les pays développés vu que l’accès aux médicaments est à portée de main.

Le cataclysme de l’automédication n’épargne pas pour autant les pays sous-développés, en Algérie, l’achat de médicaments sans ordonnance est devenu instinctif, que ce soit pour soulager un mal de tête, une grippe ou encore une insomnie.

Selon une étude menée par M. Ziari, Docteur en pharmacologie, trois algériens sur quatre auraient recours à une médication sans avis médicalisé, ce qui représente 80% des algériens. Cette enquête, qui s’est basée sur des données recueillies sur le terrain, montre que «plus de 1 500 spécialités sont délivrées en pharmacie sans ordonnance». Cette pratique de libre achat concerne 65 % des médicaments vendus en ville.

Pour quel genre d’affections ?

Les symptômes pour lesquels les patients pratiquent le plus souvent l’automédication sont essentiellement par ordre décroissant :

 – Les maux de tête. 

– Le rhume et la grippe. 

– Les maux de gorge.

 – Les troubles digestifs.

 – La toux. 

– L’insomnie.

– Diarrhée.

– brûlures. 

 – Les maladies chroniques : notamment les douleurs articulaires, rhinite allergique… 

Pour les sujets jeunes, c’est surtout en cas de rhume, grippe et maux de gorge. Les plus âgés pour les rhumatismes et les douleurs, quant aux femmes, c’est surtout pour les troubles digestifs, insomnie et nervosité.

Pourquoi les algériens ont-ils recours à l’automédication ?

Les Algériens ont recours à cette pratique surtout en période hivernale, les femmes légèrement plus que les hommes. La petite pharmacie du coin est donc devenue un marché du médicament où l’on peut faire ses courses quotidiennes sans avoir besoin du bout de papier conseillé par notre médecin. Ceci, témoigne donc de la banalisation de la maladie et en un autre sens de sa connaissance vu que l’algérien prétend bien se connaitre en s’avérant être le seul à comprendre son corps, sa maladie et ses symptômes. Ensuite, vient ce raisonnement typiquement algérien : « Pourquoi perdre tous ses sou quand on est son propre médecin ? » ou encore : « je n’ai pas le temps d’aller consulter ! », ceci est dû à la vulgarisation de l’information médicale qu’on retrouve aujourd’hui dans toutes les formes de médias (télévision, magazines, publicités sur le web…). En effet, cette surinformation donne au patient l’impression qu’il possède assez de connaissances lui conférant le pouvoir de s’auto-diagnostiquer et donc d’administrer les médicaments qui lui semblent adéquats.

Les prix des consultations médicales, et des médicaments qui ne sont pas à la portée de tout le monde est aussi un facteur assez délicat.  

On relève également que le patient sollicite son médecin pour lui ajouter un médicament sur l’ordonnance, il fait valoir son expérience de soins et ses connaissances de sa maladie au professionnel de santé, ainsi, il se fait prescrire lui-même le médicament avec la caution du médecin pour le remboursement

« l’ordonnance de régularisation ». 

La relation malade-médecin semble être au cœur des motivations à l’automédication exprimée souvent par le manque d’écoute, manque d’explications et des attitudes autoritaires, voire quelques fois méprisante du médecin, réduisant ce dernier à un simple technicien froid, un mécanicien qui répare de manière autoritaire et automatique cette machine qu’est le corps. 

Quels sont les risques ?

  • Retarder un diagnostic.
  • Masquer une maladie sous-jacente qui peut être grave.
  • Interactions avec un autre médicament ou traitement en cours.
  • Erreur de posologie.
  • Allergies.
  • Troubles digestifs.
  • Les accidents cardio-vasculaires.
  • Troubles neurologiques.

Les médicaments les plus utilisés en automédication : 

  • Les antalgiques sont au sommet de l’arsenal.
  • Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens et les antigrippaux
  • Les vitamines et les antiasthéniques
  • les antiallergiques, les collyres et les pommades ophtalmiques et les antiémétiques
  • les contraceptifs
  • les corticoïdes

Relation avec son pharmacien :

Le pharmacien constitue un point clé du cycle de l’automédication car il est en contact direct avec le patient et de ce fait il peut mieux surveiller ses traitements, il est donc un bon informateur de la santé. Cependant, on lui reproche de se substituer souvent au médecin, d’être d’abord un commerçant, c’est cette confusion entre pharmacien diplômé et pharmacien dit « simple vendeur » qui constitue aussi une cause à l’origine des risques de l’automédication. 

Sans oublier aussi que, la pratique d’injection sur des patients est aussi une sorte d’automédication formellement interdite dans les officines pharmaceutiques. Certains pharmaciens ont, en effet, causé la mort de patients qui ont subi une injection. Ce qui ferait des produits pharmaceutiques, la 4ème cause des décès, après le cancer et les maladies cardiovasculaires en Algérie et surtout à Oran. 

Il faut noter aussi que cette pratique offre des recettes importantes voir phénoménales au secteur pharmaceutique !

Ce problème prend donc naissance à partir d’une logique profane et d’un savoir acquis d’expériences et d’interactions sociales et environnementales aboutissant à un certain nombre de pratiques autonomes développées par les patients. L’automédication n’est pas sans lien avec les contraintes financières, relationnelles et sociales du patient. Elle est mise en œuvre par les patients dans le but de déjouer les règles officielles d’un système de soins décrédibilisé dans la société. 

Sabrina Graine

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