La majorité des pays du monde ont procédé à la levée du confinement alors que la pandémie du COVID-19 perdure toujours bien qu’elle ait décliné, notamment en Asie et dans les pays européens, la contamination est toujours massive. La contamination a en revanche augmenté de manière exponentielle en Algérie ces dernières semaines. Quatre mois après, les mesures prises par le gouvernement sont-elles efficaces ?

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a insinué lors de son entretien pour la chaîne France.24 que le confinement serait levé avant la rentrée sociale en affirmant que le référendum constitutionnel était prévu au plus tard pour octobre. Ceci est logique et prévisible car les mesures de restriction sont insoutenables à terme pour l’Algérie sur le plan socio-économique. Les conséquences se font déjà ressentir pour les petits travailleurs du privé et les indépendants qui n’ont pas bénéficié de grandes aides de l’Etat. Théoriquement, l’Algérie est retardataire en ce qui concerne le déconfinement en comparaison avec des pays comme l’Italie, l’Espagne et la France ou encore en Chine (pays d’origine du virus) où le confinement avait déjà été levé en mai et en juin.

L’Algérie a t-elle réellement été confinée ?

Il faut dire qu’il n’y a pas eu de réel confinement en Algérie mais simplement un confinement partiel le soir, une fermeture des frontières, une interdiction des rassemblements et un arrêt de l’activité économique, sociale et culturel.

D’abord, il faut souligner que le minimum n’a pas été respecté, c’est-à-dire les mesures de distanciation, le port des masques voire l’heure du couvre-feu n’ont pas été respectés de manière rigoureuse par la population, sans parler des thèses conspirationnistes véhiculées selon lesquelles le gouvernement ne ferait qu’exagérer l’épidémie ou encore que celle-ci n’existerait même pas… La société est certes responsable du fait de l’insouciance dont les agissements quotidiens témoignent, mais on ne peut disculper les autorités de leur responsabilité car l’état dispose des moyens d’information, de législation et surtout du monopole de la violence légitime pour imposer le respect de la loi.

Et le gouvernement dans tout ça ?

Les mesures prises par le gouvernement, au-delà du fait qu’elles n’aient pas été respectées, s’avèrent inefficaces dans leur application même. La période de confinement sanitaire était certes nécessaire au début de la propagation du virus car le niveau de la recherche dans le domaine était encore faible et qu’il fallait étudier le phénomène tout en limitant les dégâts en attendant de disposer aussi bien des connaissances et des moyens pour traiter le problème.

Prolongement du confinement : La solution magique ?

Faire durer trop longtemps le confinement ne résout rien au problème à terme et ne fait que le prolonger car à partir du moment où on impose aux gens de rester chez eux, on ne peut pas savoir qui est atteint et qui ne l’est pas. Si on ne traite pas malades potentiels, le virus ne va pas quitter le territoire tout seul raison pour laquelle le confinement sanitaire n’est qu’une mesure de court terme.

La société algérienne et le confinement, deux lignes parallèles qui ne se rencontrent jamais

Il y a également des facteurs sociologiques dont on ne tient pas souvent compte, la société algérienne est structurellement incompatible avec le confinement au-delà de la question de savoir si les mesures sont respectées ou non.

D’abord, étant donné que le COVID-19 touche essentiellement les personnes âgées, en Italie par exemple, qui est un des pays plus touchés au monde, il a été évalué que la moyenne d’âge des personnes contaminées et décédées réunies était de 79 ans… L’âge médian de la population italienne est de 45 ans, celle-ci est vieillissante par rapport à Algérie où l’âge médian n’est que de 28 ans.

De plus, le mode de vie en Algérie est très familial contrairement aux sociétés occidentales individualistes, ainsi on peut trouver dans une même maison les parents, les grands-parents et les enfants vivre ensemble ce qui favorise encore plus la propagation du virus. Si l’on veut faire une comparaison avec les sociétés asiatiques et particulièrement japonaise, on peut voir que dans leurs mœurs, les gens ne se touchent pas et gardent une distanciation naturelle contrairement à la société algérienne et méditerranéenne en général où les gens s’embrassent et se serrent la main plusieurs fois par jours. Ajoutons à cela la relative autarcie dans laquelle l’Algérie vit du fait qu’il n’y ait pas des dizaines de millions de touristes qui viennent chaque année.

Par conséquent, il y a là, de sérieuses différences qui nécessitent un traitement différent selon la nature de la société. Il serait peut-être plus judicieux de lever totalement le confinement mais en même temps d’imposer des mesures strictes de prévention (interdiction des rassemblements, obligation du port du masque dans l’espace public, etc) et de mettre les moyens pour un dépistage massif de la population pour mettre en quarantaine les malades afin de les soigner.

Yacine Chibane

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