Souvent, on définit l’architecture comme l’art de bâtir. Aussi, une identité se construit. Quel est le lien entre l’architecture et l’identité donc ? L’identité a besoin de l’architecture pour promouvoir ses valeurs tandis que l’architecture est un vecteur d’une identité bien précise. Or, nous savons très bien que la question identitaire dans notre grand pays est récurrente, assez complexe et parfois même taboue.

Cette question reste également sans réponse dans l’architecture algérienne ; que construire ? Comment ? Avec quoi ? Quel traitement donner à ses façades ? Tant de questions qui restent sans réponses (mieux vaut qu’elles le restent… ?) et que les architectes algériens s’efforcent de traiter, tantôt avec habileté, tantôt avec maladresse.

Ainsi, toutes ses expérimentations laborieuses ne sont que le reflet de la crise identitaire dans laquelle s’embourbe l’Algérie depuis belle lurette. N’est-il pas temps d’enfin essayer de donner un cadre à tout ça, de revoir ce qui a été fait, d’essayer d’en tirer des leçons et d’avancer de l’avant ?

Car, oui, avant, il y en a eu des tentatives dans ce domaine-là ; durant l’histoire tumultueuse de l’Algérie, il fut une période où la question identitaire en architecture fut l’objet de tous les débats : les trente premières années du siècle dernier.

De 1900 à 1930, à Alger et partout sur le territoire algérien occupé par la France coloniale se développa un style architectural audacieux, adopté comme style d’état sous l’impulsion du gouverneur général de l’Algérie de l’époque, Charles Célestin Jonnart. Ce style repris le langage architectural de nos constructions traditionnelles, et essentiellement de celles des médinas telles la Casbah d’Alger ou de Dellys. Une architecture mauresque, enrichie par tous les apports culturels des différentes strates de l’histoire algérienne, jusqu’à ce qu’elle ne se fasse accaparée par la France coloniale, enquise d’une bonne volonté ?

Car, de la volonté, il fallait en avoir pour oser affronter une question aussi épineuse que celle de l’identité, qui plus est dans la société algérienne de cette époque-là : entre des colons européens qui s’accrochent à leurs valeurs occidentales véhiculées au-travers des bâtiments haussmanniens du front de mer (e.g.) et la population autochtone qui commençait à développer une conscience politique et dont l’éveil indépendantiste se faisait davantage présent.

Ainsi fut entreprise la création d’une nouvelle image à Alger et, in extenso, à l’Algérie toute entière grâce à l’édification de nombreux édifices reprenant des décors mauresques en façade mais dont l’intérieur restait assez rationnel. Le style néo-mauresque est né. 

Alger se parera durant cette période d’une partie de ses plus beaux bâtiments : la Grande Poste (1910), le Mama (1914), l’actuel siège du RND (1905)…etc, et cette nouvelle identité architecturale sera utilisée comme vecteur d’une volonté d’autonomie et de démarcation par rapport à la France métropolitaine et elle sera le fer de lance pour la promotion touristique de la ville à l’international.

Toutefois, comme toute bonne chose, l’architecture néo-mauresque dût prendre fin au début des années, la cause, pas très étonnamment d’ailleurs : la question identitaire, toujours et encore elle oui. Car, ce style architecturale fut l’objet de nombreuses critiques et fut décrié de toutes parts ; aussi bien des colons européens, qui le jugeaient indigne de la transmission des valeurs occidentales, que des « indigènes » qui y voyaient une sournoise politique orientaliste des dirigeants de l’époque avec pour but de séduire pour arriver à leurs fins. 

Le style sera traité de factice, d’anecdotique, de fourbe, de passéiste, de pastiche et affublé d’un manque de sincérité désarmant. L’essence même de l’architecture mauresque n’est pas reprise du fait du non-respect des principes intrinsèques à cette architecture traditionnelle nord-africaine. 

Le style néo-mauresque est donc victime désignée de la persistance des divisions qu’il entendait effacer. Nous avons ici, un magnifique exemple d’une tentative de réconciliation et d’édification identitaire par le biais de l’architecture qui peut nous être transposée à notre époque.

Aïmen LAIHEM
Equipe Rédaction Nomad

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