Jaques Brel  le poète, auteur-compositeur-interprète qui, auréolé de succès, a introduit le paysage de la chanson française, le patrimoine francophone et l’universalité grâce à son engagement viscéral dans ses passions. Il a vigoureusement marqué les générations de son époque mais aussi celles d’aujourd’hui  ; de jeunes gens  ont désormais la nostalgie d’une époque qui n’ont pas vécu : L’époque de Brel.

Le « phénomène » Brel:

Pour rappel, Jacques Brel avait déjà chanté en Algérie  un an après l’indépendance, précisément en 1963, à Zeralda. Derrière son succès musical se cache tout un travail, une espèce d’alchimie entre littérature poétique et philosophie de vie qui fait par excellence la signature “brélienne”. 

Ecouter Jacques Brel chanter est d’une particularité rare, que même les mots nous abandonnent pour pouvoir décrire nos impressions ; des  paroles rimiques et envoûtantes  qui monopolisent nos pensées et nous poussent à se désintéresser du monde extérieur, car l’écouter c’est avant tout lire  un texte structuré, l’imaginer en train de chanter spectaculairement en sueur avec sa fameuse gestuelle expressive, et ressentir l’émotion de ses mots qui déferlent comme des vagues. Ce n’est pas que de la musique! 

Il se livre  très jeune à l’écriture, dès l’âge de 15 ans, maître de ses mots ; au lyrisme de ses chansons tout a un sens, absolument rien n’est fortuit. Pour lui la chanson est avant tout un travail d’écriture  à la manière des grands littéraires.  D’ailleurs Brel affirme solennellement qu’il donne la primauté à l’écriture : « Écrire je ne pourrais plus m’en passer, mais chanter je vous jure que j’arrêterai le jour où je l´aurai décidé. » 

Extraverti  dans ses chansons et les entrevues qu’il accordait aux journalistes, Brel nous apprend beaucoup du regard qu’il portait sur bon nombre de thématiques, notamment  le déchirement amoureux, l’amitié,  la bourgeoisie, la femme, etc.

La femme:

L’une des chansons qui traverse furtivement notre esprit lorsqu’on évoque Brel, est sans conteste « Dans le port d’Amsterdam », la chanson épique, dans laquelle la femme est mêlée, qui paraît banale de par les actions tantôt futiles, tantôt vulgaires des protagonistes de la chanson : marins cloitrés au port qui passent leur temps à boire, manger, danser, dormir. Mais le coup de génie réside dans la touche poétique ; la chanson à l’intonation ascendante au fil des couplets, accumule les figures de style (métaphores, comparaison, répétitions). Le dernier couplet scabreux, synthétise tout et  affirme que le narrateur est présent à cause d’un chagrin d’amour, venant le noyer à la façon d’un marin en buvant et en faisant la fête pour oublier. « Le narrateur » affectueux,  frappé par la déception amoureuse, est l’oxymore des « marins» qui vivent le jour au jour considérant la femme comme « objet de désir ». 

Cet entrelacement paradoxal de vulgarité et de beauté poétique ne passe pas sous la torpeur des fans et confère à la chanson  un succès fulgurant, faisant d’elle l’une des chansons les plus adulées du chanteur. 

Le poète du Plat Pays posa un problème inextricable ; Qui, selon lui, la femme domine l’homme en l’empêchant d’être nomade et le poussant à demeurer sédentaire, lui a couté de sévères critiques comme  “misogyne” ou encore “macho”. Néanmoins, la femme n’est jamais honnie dans ses œuvres. En effet, plusieurs  de ses chansons ont un prénom féminin comme titre, à l’exemple de « Mathilde » et « Madeleine ».  Il faudrait se munir d’une finesse d’esprit pour arriver à  comprendre véritablement la rhétorique et le langage implicite de Brel ! 

L’amour:

Au sommet des choses qui le rongeaient  se trouve l’incapacité d’atteindre l’amour de son rêve et la  femme qui lui est incompréhensible. Il le dit ouvertement :

« J’ai jamais très bien compris. J’ai parfaitement conscience d’être passé à côté de quelque chose toute ma vie. Je n’en suis pas fier du tout. Je crois que j’aime trop l’amour pour beaucoup aimer les femmes. Les femmes sont toujours en-dessous de l’amour. De l’amour dont on rêve. Et comme je suis un peu romantique, ou sentimental, la femme est un peu à côté de l’amour. A côté du rêve que j’ai. »

C’est pourquoi il chantait à perpétuité la rupture et le chagrin. L’amour idéal, des contes de fées, dont  tous les hommes rêvent n’est finalement qu’une sorte de chimère contredisant toute la réalité. 

Si  la chanson « Ne me quitte pas »  incarne, comme disait Brel,  « l’histoire d’un con et d’un raté », « La chanson des vieux amants » est, quant à elle,  une chanson typiquement d’amour, si émotive et bouleversante comme le souligne l’extrait suivant  :

Bien sûr, nous eûmes des orages Vingt ans d’amour,

c’est l’amour fol.

Mille fois tu pris ton bagage.

Mille fois je pris mon envol.

Et chaque meuble se souvient.

Dans cette chambre sans berceau.

Des éclats des vieilles tempêtes

Plus rien ne ressemblait à rien.

Tu avais perdu le goût de l’eau

et moi celui de la conquête. 

L’amitié: 

Capitale pour les relations humaines, l’amitié est l’un des thèmes  saillants de la chanson bréliénne ; il dédie d’ailleurs une chanson, titrée « Jef »,  à l’amitié, aux amis oppressés par la tristesse et le chagrin. Une chanson qui, surabondée d’émotions, nous rappelle à quel point la solidarité d’un ami nous est importante quand la vie nous assaillie là où l’on s’y attend le moins ; une chanson où l’espoir nourrit par l’ami(e)  triomphe sur la tristesse causée par le chagrin.  

En 1955, Jacques Brel a connu Georges Pasquier alias Jojo, qu’il devint son ami puis son secrétaire bras droit. Ce fut le commencement d’une amitié authentique sans fard ;  il l’accompagna partout dans toutes ses réalisations, durant de longues années. Atteint d’une maladie grave, Georges meurt le 2 septembre 1974. Quelques années plus tard, en 1977, Brel réalise une chanson consacrée non pas, cette fois, à l’amitié mais  particulièrement en hommage  à son cher fidèle ami Jojo.  En 1978 Jacques Brel  décède à cause d’un cancer du poumon.       

                                                                                                           Samy Loucheni                     

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