Chaque année, des milliers d’enfants nés hors mariage sont abandonnés à la charge de l’état. En attendant leur placement dans des familles d’accueil dans le cadre de la kafala, ils sont mis dans des orphelinats. Pourquoi l’adoption n’est pas autorisée en Algérie? La Kafala est-elle meilleure pour les enfants? Témoignages et réponses avec Maître Akouche Hocine, avocat.

Les enfants nés sous X en Algérie

Ils sont des milliers à être enregistrés annuellement en Algérie. Les statistiques sont rares et aléatoires, autour de 4000 annuellement. En fait, ne sont connus que les nourrissons abandonnés dans les structures de santé publique et confiés par celles-ci aux directions de l’action sociale (DAS), lesquelles se chargeront de les placer dans des familles d’accueil.

Un certain nombre d’enfant sont toutefois repris par leur mère biologique, pour les autres mères, elles essayeront de trouver des solutions pour les élever ou les placer elles même dans des familles adoptives, mais cette situation est assez rare. Les femmes contraintes à l’abandon de leur bébé sont la plupart du temps dans un état de total dénuement matériel et dans une immense détresse psychologique.

Adopter un enfant est une aventure humaine qui remet en cause bien des idées reçues. Ce n’est pas un projet à court terme car l’adoption est avant tout l’accompagnement d’un enfant vers le bonheur et vers son autonomie. C’est une belle « histoire d’Amour » qui demande aux parents adoptifs une grande tolérance et nécessitera beaucoup d’écoute. En effet, chaque enfant a le droit de grandir entouré de l’affection de ses parents.

L’adoption en Algérie, un rêve qui se heurte à la paperasse: témoignages

Les demandes d’adoption émanant de couples mariés qui n’arrivent pas à procréer sont de plus en plus nombreuses.

«il y a 3 ans de cela, je voulais adopter un bébé, alors je suis allée à la pouponnière pour avoir des informations. En arrivant la bas, la personne à qui j’ai demandé des renseignements m’avait dit que j’allais trop attendre, et que les démarches et les procédures d’adoption sont trop longue, surtout si je désire une fille, parce qu’elles sont trop demandées. J’ai répondu que d’après ce qu’on dit à la télé le nombre des orphelins et les nés sous x en Algérie ne fait qu’augmenter chaque années, il m’a expliqué alors que la plupart des enfants qui se trouvent là bas ne peuvent pas les faire adopter, car il y’a parmi eux, ceux dont leurs mères sont mineures ou bien en prison, donc le juge ne peut soumettre ces enfants à l’adoption jusqu’à ce que leurs mères deviennent adulte et avec son consentement. Il y’a aussi d’autres cas ou leurs mamans n’ont pas les moyens pour subvenir à leurs besoins, alors elles les placent là-bas momentanément le temps qu’elles trouvent un travail ou un logement ». Témoignage de kawthar, une jeune femme de 35 ans mariée sans enfants.

Rachid, un quinquagénaire nous raconte : «Deux ans après avoir déposé un dossier pour l’adoption (Kafala) d’une fillette ou de jumeaux, frère et sœur, mon épouse et moi avion reçu un appel téléphonique de la part de la DAS, nous annonçant que notre vœu est enfin exaucé. Nous nous sommes immédiatement rendus à la pouponnière indiquée, ou un joli bébé de 3 mois nous attendait les yeux pétillants de santé. Mon épouse, qui voulait absolument adopter une fille, avait pleuré de joie, sincèrement, je ne trouve pas les mots pour décrire le bonheur que ce bébé de 3,500kg, d’une énergie incroyable, a introduit au sein de notre foyer de quinquagénaire, prisonniers d’un train-train quotidien, de plus en plus pesant, j’encourage tous ceux et celles qui souhaitent adopter un enfant mais qui sont encore réticents, pour une raison ou une autre à franchir le pas ».

Que dit la loi Algérienne sur l’adoption ?

D’après Maître Akouche Hocine, avocat agrée à la cour: « l’adoption au sens propre du terme est interdite par la loi Algérienne, à l’instar de tous les pays musulmans, notre pays a donc opté pour la « kafala » qui veut dire recueil légal, qui substitue à l’adoption. Une fois cette décision prise le législateur algérien a fait en sorte de légiférer sur la kafala afin de lui donner un aspect juridique ».

Et concernant la différence entre la kafala et l’adoption d’un point de vue juridique: «l’adoption est interdite en Algérie, et cela se conjugue au fait que notre pays est de croyance religieuse musulmane, et cela va à l’encontre des principes du saint coran qui l’interdit formellement, la chariaâ étant la source juridique de la législation en Algérie, cela fait de l’application de l’adoption telle qu’elle est définie presque impossible », nous explique Maître Akouche Hocine.

« La kafala ne crée aucun lien de filiation entre le recueillant et l’enfant, hors que l’adoption au sens propre du terme engendre l’affiliation, le droit à être mentionné dans le livret de famille, droit à l’héritage…etc. Toutefois, la loi Algérienne permet la concordance des noms entre le Kafil et Makful notamment grâce au décret exécutif n 92-29 du 23 janvier 1992 permettant de concorder les noms patronymiques de l’enfant et du père recueillant », a-t-il ajouté.

Du point de vue du Maître Akouche «les avantages de l’adoption légale (kafala) est que les enfants nés hors mariage, illégitimes et orphelins peuvent avoir accès à vie sociale et un cadre familial et éducatif et s’assurer un avenir meilleur. D’autant plus qu’il ne faut pas oublier les inconvénients, car en cas de divorce des parents, l’enfant est confié à son père du fait que l’acte de recueil est délivré à son nom, ce qui prive la mère du droit à la garde ,et en cas de décès le droit légal de la garde est attribué aux héritiers, dans le cas contraire le juge compétent attribue la garde à l’institution compétente ce qui va le priver de vie sociale de nouveau, sans oublier aussi le problème de l’héritage ».

Sonia Hamoumraoui

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