« La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être -s’il n y avait pas l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes » (PROUST,2015,p.3623)  

Nous entendons par le cœur, une intuition, une sensibilité ! L’essence de la musique ! La source des rythmes, le cœur est le groove le plus puissant au monde, tout être bouge sous sa bénédiction … Un swing, une valse, un blues, une symphonie de la vie. Pourquoi la musique est une thérapie ?

« La musique est la vie, tout commence par un battement de tambour, cette symphonie de la nature, nos pulsations, et tout se termine par un silence, je crois que la musique est la médecine la plus authentique ».

La musicothérapie est une discipline à part entière qui utilise la musique comme un outil pédagogique ou/et thérapeutique pour avoir un résultat défini sur le patient ou améliorer son bien-être, nous parlons de la médiation par l’art, elle constitue un moyen d’expression unique, qui permet à l’individu d’« extérioriser » ses souffrances et ses émotions, s’exprimer et prendre conscience de son environnement.

Ainsi, en musicothérapie, la musique et les rythmes deviennent des outils pour augmenter sa productivité, se réconcilier avec soi âme et corps tout en traitant les différents soucis de santé. En tant que moyen de progrès personnel, la musique sert de nourrir et d’accroitre son dynamisme ainsi que d’améliorer ses capacités cognitives (attention, mémoire), psychomotrices (agilité, coordination, mobilité) et socio-affectives. La musicothérapie ne nécessite aucune connaissance musicale pour avoir le titre ceci restera un plus. Par ailleurs, cette discipline adopte plusieurs secteurs, médicaux, psychopédagogiques voir même en gériatrie touchant les sujets âgés. 

Nadjim Smaili un musicien percussionniste / Batteur et spécialisé en musique de méditation et thérapeutique nous parle des bienfaits de la musique : « … Les bienfaits de la musique ne sont plus à louer. Elle peut nous divertir, nous faire danser, mais également nous calmer et nous mettre de bonne humeur. En réalité, la musique est tellement puissante qu’elle est à la base d’un type de thérapie, appelée musicothérapie. Des chercheurs britanniques ont découvert comment cette dernière agit et fonctionne sur le cerveau. Les résultats de l’étude sont publiés dans la revue Frontiers in Psychology … ».

« … Le but de la musicothérapie est d’améliorer le bien-être du patient et sa confiance en lui. Pour cela, il existe plusieurs types de séance : le musicothérapeute peut faire écouter de la musique relaxante ou le patient peut lui-même jouer d’un instrument de musique afin de s’exprimer. Il existe un autre type de séance, au cours de laquelle le thérapeute joue d’un instrument, et le patient décrit les images qui lui viennent à tête. Pendant une séance, un musicothérapeute a pour objectif d’atteindre un « moment de changement » au cours duquel il renforce les liens avec son patient … »  

La musique de « chez nous » comme thérapie ? 

La musique thérapeutique du culte maghrébin est à l’origine du soufisme , En arabe ( tassawuf) qui est un dogme spirituel et mystique de l’islam ,, il reflète l’amour divin et un degrés d’éveil spirituel par le biais d’une discipline de part entière dite Tassawuf ou Tariqa , et qui désigne les confréries rassemblant les fidèles autour d’une figure sainte nous pouvons citer par la suite quelques exemples de confréries dont : Les Aissawas, les Hamâdcha et les Gnawas.

AOUADI Abdelaali, un passionné du patrimoine culturel maghrébin et le soufisme notamment la musique spirituelle nous parle du soufisme en Algérie :  

« … L’Algérie a connu une influence très pertinente du soufisme à travers l’histoire, les maghrébins et les algériens en particulier se sont rattachés aux cheikhs ou aux fondateurs des tariqas depuis le 10éme/11éme siècle, les saints se proclament les adorateurs de dieu ni par crainte de l’enfer ni par désir du paradis, l’essence du soufisme c’est la purification de l’âme et de l’esprit pour atteindre une plénitude et une sérénité spirituelle. Les cheikhs soufis ont établis des tariqas dans le but d’élever leurs disciples (El Muridin) à un état qui leur permet d’entrer en contact avec le divin à travers el dhikr, les récitations et les chants appelés el Hadra qui s’organisent dans les différentes confréries, nous pouvons citer les tariqas les plus connues: El Aissaouiya, El Chadliya, El Tijania, El kadiriya.. Ect. Sur les mausolées des cheikhs plusieurs pèlerins vont se recueillir pour avoir la bénédiction notamment durant les fêtes religieuses, en suivant un rituel musical très particulier avec des instruments de percussion : Bendir, Karkabou.. les spectacles de transe incarnés par les visiteurs éblouissent toute personne qui ne connaît pas le monde secret des amoureux de Dieu… ».

Par ailleurs, les cures sont des pratiques ascétiques visant à purifier l’ego, la méditation dite Mouraqaba , El Dhikr se souvenir remémoration, El wird se ressourcer au quotidien, sans oublier les rituels d’exorcisme, les danses d’extases, l’office divin, et toute cette symphonie harmonieuse de textes sacrés, de chants guérisseurs, et de rythmes et cadences thérapeutique.

Le principe rythmique et harmonique : 

La répétition dans la musique offre un effet hypnotique voir thérapeutique , nous partons par le même principe dans la tradithérapie ou l’ethnopsychiatrie dans la musique Aissawa et Diwane, pendant les soirées  (les lîla-s), les musiciens thérapeutes gardent une cadence bien particulière dans un premier temps pour offrir l’effet répétitif et hypnotique puis accélèrent selon les besoins du patient, visant l’état de « Transe » ou « El Takhamor » des évanouissements, des cris, des apaisements, peu importe les croyances, le tambour chamanique garde le même principe. 

La danse d’extase : 

Les différentes phases de la cérémonie : Psalmodies, musique de seules percussions, sifflement strident des trois Ghaïtas se succèdent sans interruptions, sur un rythme de plus en plus rapide, tétanisant. 

La dernière danse entraîne presque tous les musiciens et chanteurs en une extase effrénée., La pratique des Aïssawa est avant tout gnostique et relève d’une foi presque physique, une cure dite shamanique qui se base sur des fondements logiques dans la polyrythmie et l’hypnose. 

L’intervention de Nadjim Smaili concernant la musique tribalo-spirituelle :  

«  …. Il faut savoir que la musicothérapie a toujours existé et faisait partie de la vie quotidienne de l’être humain depuis toujours, à commencer par les percussions tribalo-spirituelles que nos aïeux dans tous les 4 coins du monde (comme les percussions Zaouia, El Aissawa, le trip Gnaoui et Tergui) ont pratiqué pour se transporter sous les impacts de ces sonorités répétitives alignées sur des vibrations quantiques et sacrées celles de guérison émotionnelle, spirituelle, et physique et se libérer des blocages vibratoires et énergétique négatifs de tout genre (dépression, possession entitaire,magie,mauvais œil..etc)  et pour trouver l’équilibre homéostatique.. ».

Des recherches se font pour intégrer la tradithérapie et la musique dite spirituelle maghrébine dans la pratique de la musicothérapie moderne, percussion méditative amenant le patient dans son propre monde d’ordre mystico-religieux et identitaire pour mieux se situer.

 « L’objet médiateur est défini par le cadre thérapeutique comme n’étant pas l’objet de la thérapie, ni sa finalité, mais le moyen d’une élaboration et d’une prise de conscience ». (lecourt,2005)  

Tarek BRADAI

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