Tu ne dois pas parler fort…

Ton visage manque de couleurs, mets un peu de rouge à lèvres…

 Tu portes des converses ?! Mais ce n’est pas féminin !

Tu auras bientôt trente ans, n’espères-tu pas voir tes enfants ? …”

Tels sont les propos qu’une femme se doit de digérer, au quotidien. Chacun de nous renferme la femme dans un carré de critères, tracé par une multiplicité de paramètres dont l’éducation figure en tête de liste, fragmentants la fragile chaire de son cœur en des milliers d’ébréchants morceaux, scintillants de mille feux, reflétants ce que chacun de nous porte en son cœur ; la haine des vitupérateurs, la frustration des harceleurs mais aussi la bonté de ceux qui arrivent à percer jusqu’à l’être et à voir au-delà du charnel.

C’est ce que la talentueuse jeune artiste Nehla Rebouh essaie de transmettre à travers ses fluides coups de pinceau. Et à côté de la peinture, le statut de la femme a été dépeint par de nombreux autres artistes dans plusieurs autres domaines et la littérature en fait partie. Mais qu’en est-il de la véritable place de la femme dans le monde de la science-fiction, plus particulièrement ?

La science-fiction (SF) a toujours été une sorte de rébellion pour les écrivains, leur permettant de proposer des solutions aux soucis qu’encourt l’humanité de nos jours, par le biais de spéculations fictives ; tout en gardant une essence artistique et légère. Mais il existe tout de même un problème que ce genre semble incapable de combattre : La place de la femme.

Femme et prix littéraires :

Selon un article publié par l’auteure Nicola Griffith sur son blog, les seuls rares cas où des œuvres narrées par des femmes ont été primées, c’est quand le protagoniste est mâle ou quand le livre est écrit d’un point de vue masculin. Ainsi, sur quinze romans remportant le prestigieux prix de Pulitzer, 8 d’entre eux étaient écrits par un homme à propos d’un homme.

Et si on se focalise plus sur la science fiction, on constate que, selon le classement de Forbiddenplanet regroupant les 50 meilleurs livres de SF, seulement 3 sont écrits par des femmes. Et sur le classement de Goodreads, on ne compte que 16% d’auteures femmes qui y figurent.

Femme ou Homme ?

Cette rareté de l’élément féminin dans le genre de la SF est attribuée au fait que les lecteurs préfèrent les livres écrits par des hommes à ceux écrits par le sexe opposé. Ce qui explique d’ailleurs le choix de plusieurs autrices qui écrivent sous des noms d’emprunts, notamment Alice Sheldon qui a préféré publier ses livres sous le nom masculin de James Tiptree afin de bénéficier du succès qu’il en découle. Ou Mary Shelley qui fut carrément contrainte de publier anonymement la toute première œuvre de SF : Frankstein. Et qui a été simplement rejetée par le “British Critic”, après que l’autrice eut dévoilé son identité, sous prétexte que “la douceur inhérente à son sexe” n’est pas ressentie dans le roman.

Soft SF, un genre féminin ?

En terminologie littéraire, on distingue deux sous-genres de science fiction. La Soft SF qui se penche plus sur les aspects psychologiques, sociologiques et les autres sciences, dites “douces” ; et la Hard SF qui, par opposition à la première, semble se baser sur des spéculations réalistes et des solides bases scientifiques.

À première vue, cette classification semble exister pour bien élucider un genre aussi complexe que la science-fiction ; et pourtant nombreuses œuvres de soft science-fiction écrites par des femmes se retrouvent abruptement déclassées de ce genre en dépit de toutes les données de sciences que l’histoire gravite autour ; ou simplement non primées.

Le cliché des protagonistes :

Un déséquilibre entre les sexes est encore présent lorsqu’il s’agit du choix des protagonistes. Un protagoniste mâle est toujours là, débordant d’intelligence extrême et de force imbattable, prêt à tout pour sauver un caractère féminin en détresse qui finira par épouser son sauveur ou pleurer sa mort, dans le cas échéant. Telles sont les frontières attribuées au masculin et au féminin dans le monde de la SF. Et si par chance, le protagoniste est une femme, elle sera anormalement masculinisée et vivra dans un monde où sa nature féminine n’aura pas de place.

Mais en parallèle à l’assertivité de plus en plus forte de la femme dans la société, on voit l’émergence de beaucoup d’héroïnes de science-fiction, dont la féminité est respectée. Citons-en par exemple, Katniss Everdeen de Hunger games ou Mustang de Red Rising.

En somme, le sexisme dans le monde littéraire en particulier, et dans la vie courante en général ne sera mort que si l’on commence à voir l’être plutôt que le genre.

Hacene Louiza Meroua

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