« Et nous, les immigrés, sommes bien placés pour le savoir. Toujours un pied dans deux endroits différents. On ne peut jamais être complètement heureux parce que, à partir du moment où vous partez, vous êtes deux personnes et que, où que vous soyez, il y a toujours une moitié de vous qui appelle l’autre. C’est le prix que nous devons payer, Louisa. Le prix à payer pour ce que nous sommes. »

Après tout, Jojo Moyes 

Découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux lieux. Faire des rencontres inattendues. Pratiquer de la poterie. Intégrer un club de danse. Faire du vélo dans un parc. Travailler sereinement dans un café. Mais pas que, mais pas que, mais pas que.

Les pique-niques en bord de mer entre filles. Les balades nocturnes jusqu’à tard la nuit.  Les road-trips improvisés le temps d’un week-end. Les sorties étudiantes, les soirées karaoké, les marchés de Noël, les fêtes foraines et encore, et encore, et encore.

Des activités qui sont synonymes de dépaysement, d’indépendance, de LIBERTÉ DE VIE.

La vie étudiante dans toute sa splendeur, ou du moins à ce qu’il paraît, car derrière les stories Instagram et les photos retouchées, tout n’est pas si glamour et pailleté. Prêt(e)s à découvrir les Coulisses ? 

Le pourquoi du comment de l’immigration:

Durant l’année scolaire et dans une société où subsistent (très) peu de centres de loisirs et (quasi) aucune source de divertissement, où le harcèlement règne sur les rues et où le devoir familial s’impose dès le plus jeune âge, l’adolescente Algérienne n’a d’autres choix que de faire docilement ses devoirs en attendant que vienne l’heure de pause où elle pourra enchaîner épisode sur épisode de série(s) américaine(s). Là, salut, jeunesse dorée de Beverly hills¹ ! Coucou Gossip Girl² ! Bonjour les universités huppées, les tenues ultra-branchées et la vie de conte de fées ! Un sacré moment de détente qui donne libre cours à l’imagination. Si mon propre pays est incapable de m’offrir ce que je désire, pourquoi ne pas partir ? Grâce à la fougue de la jeunesse, tout semble possible. 

Petit à petit, le rêve américain commence à germer, à prendre de l’ampleur et à accaparer l’esprit. Malheureusement, il reste un peu compliqué à réaliser, c’est pourquoi la plupart des jeunes demoiselles se retournent vers son cousin germain : le rêve européen.

Ainsi, ayant trouvé un nouvel objectif à leurs vies et joignant l’utile à l’agréable, les jeunettes Algériennes gagnent en ardeur et font leur possible pour avoir leur BAC et ainsi obtenir leur billet vers l’étranger. 

A Whole New World…

Ce rêve bleu
Je n’y crois pas, c’est merveilleux³…
ou pas.

Une fois de l’autre côté de la mer, force est de constater que c’est loin d’être Disney ; L’excitation des premiers moments se retrouve vite dissipée par un sentiment omniprésent chez l’être humain, la gente féminine en particulier : la peur. Au revoir, maman nourrice et papa attentionné ; À la prochaine, meilleure amie et petite sœur. Fini, les bons petits plats préparés, le linge repassé et le frigo bien rempli, quelle que soit la journée. Bienvenue à la cour des grands, et puisse le sort être favorable à toutes⁴ ! 

La paperasse, les différentes factures à payer (logement, eau, électricité, transports, abonnement téléphonique et compagnie), les courses à faire, le(s) job(s) étudiant(s), les rendus de la fac, les attentes des proches et plein d’autres facteurs déforment petit à petit le songe idyllique. Faites place au stress, à l’angoisse, au sentiment d’impuissance et aux fameuses questions : dans quel pétrin me suis-je fourrée ?! Cela en vaut-il seulement la peine ? JE VEUX RETOURNER CHEZ MOI ! C’est trop dur pour moi, et puis je ne suis qu’une fille…

Le quotidien se révèle alors sous sa véritable nature : tantôt dur, tantôt clément, avec une charge importante de travail et surtout bien différent de l’utopie imaginée. Quoique…

A Strong New Me !

La solitude s’avère au final plutôt bénéfique et démontre que l’on peut prendre du plaisir à être en sa propre compagnie. 

Les bains de minuit, les dimanches à glander devant Netflix (sans pression pour faire le ménage), les plats cuisinés ratés mais (Dieu merci !) personne pour témoigner … Les étudiantes obtiennent plus que ceux pour quoi elles étaient venues au départ : elles se retrouvent elles-mêmes. 

À travers les différentes expériences vécues, elles découvrent de nouveaux aspects de leurs personnalités, commencent à assumer leurs idées et à les exprimer sans crainte d’être jugées mais aussi à être plus tolérantes envers les autres et envers elles-mêmes. 

Elles apprennent à s’aimer, tout simplement. Non pas en tant que fille, sœur ou cousine, mais en tant qu’individu à part entière.

Bien plus fortes et courageuses qu’à leur arrivée, elles réalisent au fur et à mesure l’étendue de leurs capacités et prennent conscience que, contrairement aux mœurs de la société Algérienne, elles n’ont pas besoin d’autrui pour se faire une place dans ce monde, au grand dam de certains membres de leurs familles, qui ne comprennent pas forcément ces changements.

Et la vie familiale, dans tout ça ? 

Dis, quand reviendras-tu ? 

Question ô combien de fois posée et ô combien redoutée par les étudiantes, pour la simple et bonne raison qu’elle n’a pas de réponse convenable. 

Si retourner à ses racines et retrouver ses proches pour quelques jours est la chose la plus bénéfique qui soit, dépassé une certaine période, cela peut vite ressembler à un confinement (vous avez la référence ?!). Le monde autour continue son évolution, tandis que la vie des immigrées fraîchement débarquées se voit remise en pause. La détente et l’insouciance des premiers temps se transforment alors en ennui, voire en culpabilité et en honte. 

Comment annoncer aux gens de sa propre chair – sans passer pour une ingrate et une fille sans cœur – que l’on a désormais une autre vie et d’autres préoccupations auxquelles on aimerait retourner ? Excepté la reconnaissance académique (et encore !), les anciennes générations algériennes ont un peu du mal face à l’engouement qu’est l’immigration. Même que bon nombre de familles, par souci de perpétuation des traditions ou tout simplement par peur du changement et des « que dira-t-on », cherchent à tout prix à « caser » leurs protégées sitôt celles-ci diplômées. Une méthode sûre et efficace pour garder ces dernières bien au chaud dans le cercle familial. 

Bombardées de « c’est le cycle de la vie », « c’est pour être sûre que tu seras bien prise en charge » ou encore « tu verras, tout ça te paraîtra fort dérisoire une fois que tu auras tes enfants à tes côtés », les jeunes femmes se sentent vites oppressées. Pourquoi tant de précipitation ? Où est le mal à vouloir sortir des sentiers battus ? Le monde a tellement de choses à offrir, pourquoi se restreindre ? 

Les liens du sang sont certes plus forts que tout, et les amitiés d’enfance sont inestimables, toutefois, rien de ne vaut l’accomplissement de soi. Le manque des êtres aimés sera toujours là, tapi au fond, malheureusement pour atteindre ses buts, il est nécessaire de passer outre.

D.M.D 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici