Une langue ? Deux langues…? Trois langues !!
Trois femmes, trois langues. Toutes trois discutent ensemble. Assises en cercle elles discutent ; plus important encore, elles se comprennent.

Le dialecte algérien les relie. Il en fait un langage aussi riche et opulent que les tenues que portent ces femmes distinguées. Faites de lourdes étoffes sur lesquelles viennent s’accrocher et se superposer des bijoux par dizaines, elles deviennent des œuvres parmi la grande œuvre de la discussion en langue unificatrice.

La langue… Cette langue dite algérienne si diverse unit, mais pas seulement… Elle nous enrichit. Elle nous magnifie. Enfin, elle est la clé de la tolérance et de l’acceptation des différences d’autrui.

Elle l’est, parce qu’elle est langue. Non seulement elle permet de véhiculer des messages, mais elle permet aussi de partager la même émotion entre deux personnes venant de terres et de cultures différentes. Quoi de plus noble, quoi de plus doux, quoi de plus humain que l’émotion pour unir deux êtres. Elle met le voile sur nos différences, qui sous ces draps blancs s’évanouissent dans les abysses de l’oubli.

Le dialecte… Notre dialecte. Plus qu’un simple langage, il est une puissance unificatrice. Il a jadis unifié les peuples d’Algérie. C’est ainsi qu’il les maintiendra, unis sous le nom d’un seul peuple : celui du peuple algérien.

Cette même unité de diversité culturelle se répète sur toutes les échelles. Elle fait rejaillir mille courants en un seul. Elle fait s’épanouir les arts. Elle les pousse à révéler cette multiplicité, cette complexité, et cet exotisme digne d’une nation en or.

Notre véritable culture (et non celle véhiculée par la propagande) accepte et invite la différence, au lieu de la repousser et de s’enfermer dans le conservatisme rétrograde. La diversité est un atout qui trouve son chemin grâce à la langue, mais qui n’est pleinement appréciée qu’à travers la comparaison entre le produit des différentes cultures qui coexistent. Cette dernière se dévoile dans l’œuvre. Le livre, la conversation, la pièce, le film… Toutes ces œuvres ont pour guide (et outil) la langue. Cependant, l’émotion qui en rejaillit est propre à l’œuvre elle-même.

Dans la littérature algérienne, maints auteurs ont créé des chefs-d ’œuvres en illustrant cette diversité. Elle peut apparait à titre d’exemple, dans l’introduction de mots dialectaux, dans des récits littéraires d’expression française. Cette invitation du dialecte dans leurs écrits, loin d’être perçue comme une intrusion ; est plutôt ressentie comme un appel pour franchir une porte qui mène à la découverte d’un univers algérien où s’embrasent mille passions. 

Le mot français, suivi par le mot dit algérien dans une seule phrase, imprimée dans une seule page, faisant partie d’un seul et même livre. Cette juxtaposition presque dans l’ordre naturel des choses, exprime plus qu’elle ne parait faire. Elle retranscrit par les mots l’image des trois femmes à l’échange prolifique.

Effectivement, il ne s’agit pas là de deux mots simplement juxtaposés, comme on poserait deux verres vides l’un à côté de l’autre sur l’étagère. Ces deux mots pourtant appartenant à deux langues distinctes, forment une continuité dans le sens. Leur mitoyenneté n’est pas anodine. C’est une référence qui puise son origine et sa signification dans la société, et la culture qu’elle crée. Cette simple juxtaposition dévoile une histoire vieille de plusieurs siècles. Une stratification de plusieurs cultures. Une richesse inouïe, que l’auteur muni de cette plume, étale et dévoile avec fierté.   

Toutes ces cérémonies… Tous ces protocoles… Toutes ces langues… Toute cette culture qui s’étend à perte de vue. Elle est la clé de notre unité. Elle ne délaisse personne. Elle est ces bijoux dont sont parsemées ces tenues de femmes dans leurs parloirs.

Cette diversité qui enrichit la culture, se répète si souvent, et de manière si systématique, qu’elle en devient propre à l’art et à la culture algérienne, qui rend fier ses artistes, et ses écrivains. Elle redore éternellement le blason de cette nation, qui ne cesse de retrouver son chemin chaque fois qu’elle se perd sur la route de la gloire. 

BENAFERI Ramy
Equipe rédaction du club Nomad

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici