Chaque année, environ 800 hommes et 300 femmes décident de mettre fin à leurs jours. Selon l’OMS, le suicide a été à l’origine de 1,4% des décès dans le monde, ce qui en fait la quinzième cause de mortalité en 2012. Ce phénomène toucherait à 75% les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Selon une étude, 28 Algériens se suicident chaque mois dont la plupart sont des chômeurs.

Cependant, en dépit de l’évolution inquiétante de ce phénomène au sein de notre société, le suicide semble toujours être un sujet tabou, dont on évite de parler. Pourtant, en parler est très souvent le seul remède.

Le connaissez-vous vraiment ?

Ce n’est pas une maladie. Ce n’est pas un coup de tête.

Le suicide ne se fait pas de sang-froid. Ce n’est pas une décision qu’on prend spontanément autour d’une tasse de café, ou en se réveillant un beau matin. 

Non, le suicide est bien plus que ce que l’on pense. C’est une action préméditée qui parfois, prend plusieurs mois, voir plusieurs années de réflexion. C’est le fruit d’atroces souffrances que la personne a accumulées pour elle-même. 

C’est une mauvaise herbe qui grandit dans l’âme et l’esprit, éradiquant tout ce qui se trouve sur son passage : l’optimisme, et l’espoir. Lorsque ces deux fleurs fanent, les portes du bonheur semblent se refermer au visage de la personne suicidaire. Pour elle, il semble évident que mettre fin à ses jours est le seul moyen pour retrouver un semblant de paix.

Ce qui se passe dans la tête d’une personne suicidaire :

Bien que les causes du suicide soient inconnues, il existe quelques facteurs à risque qui peuvent encourager le passage à l’acte :

  • Une maladie psychiatrique grave, notamment les troubles de l’humeur (par ex. une dépression, la maladie bipolaire, la schizophrénie)
  • L’abus de substances (principalement l’alcoolisme)
  • Des antécédents familiaux de suicide
  • Des difficultés à long terme à entretenir des relations personnelles avec des amis et avec la famille
  • La perte de l’espoir ou de l’envie de vivre
  • Des pertes significatives dans la vie d’une personne, telles que la mort d’un être aimé, la fin d’une importante relation et la perte d’un emploi ou de l’estime de soi
  • Une douleur émotionnelle ou physique insupportable.

Le suicide est étudié par les sciences de la psychologie, sociologie et de suicidologie (l’étude scientifique des comportements suicidaires). Dans le cadre des études menées sur le comportement des personnes suicidaires, le témoignage très poignant d’un jeune homme de 31 ans a été recueilli :

« Je n’ai aucune honte de mon acte et j’en parle ouvertement, comme je parle très ouvertement du fait que je vis avec un trouble bipolaire. Si je suis capable de regarder les autres, les autres détournent souvent le regard. Le suicide est tabou. Le suicide, c’est plus courant qu’on ne le croit ; il se cache sous de multiples visages.

Nous sommes tous égaux devant la maladie. Si le suicide n’est pas en soi une maladie, il est le résultat d’une souffrance, l’échec d’un traitement. Nous ne sommes pas seuls. Le mal n’est pas que dans notre tête, c’est un mal collectif, une souffrance qui vient se déposer, sur nos épaules.

Par le suicide, j’ai essayé de me libérer des souffrances dans lesquelles mon cerveau m’a plongé. J’utilise ici le terme « cerveau » et non « âme » ou « être », car ce n’est pas mon âme qui est malade, mais bien mon cerveau. »

Un phénomène qui se propage en Algérie :

En Algérie, le nombre de tentatives de suicide connaît une augmentation effrayante, d’autant plus qu’il s’agit de mineurs qui se donnent la mort et cela pour plusieurs causes :

  • Des conflits au sein de la famille
  • La maltraitance
  • La démission des parents 
  • L’échec scolaire


Mais bien évidemment, les mineurs ne sont pas les seuls à être touchés. Parmi les 164 cas enregistrés par les unités de la Gendarmerie Nationale, 154 sont majeurs, dont 120 sont des hommes et 44 sont des femmes

L’étude de la gendarmerie fait ressortir que « les femmes ont été beaucoup plus nombreuses à tenter de se suicider, avec 196 tentatives contre 78 pour les hommes ».

Paradoxalement, les femmes tentent mais les hommes réussissent, selon ce rapport.

Les sociologues estiment que les femmes sont plus enclines aux tentatives de suicide qu’au suicide lui-même car « il s’agit d’appels au secours qu’elles lancent plutôt qu’une réelle envie de mourir ». 149 tentatives ont été recensées parmi les personnes âgées entre 18 et 30 ans tandis que 61 étaient âgées entre 30 et 45 ans. 17 tentatives parmi les âgées de plus de 45 ans ainsi que 47 mineurs âgés de moins de 18 ans.

Selon l’étude effectuée par la GN, le phénomène touche particulièrement les couches défavorisées. Si les troubles psychiques sont généralement la cause directe du suicide avec 38 cas, le rapport enregistre cependant 26 cas de suicide à cause des dépressions nerveuses et 22 autres à cause des problèmes familiaux, 3 cas à cause du désespoir et 3 autres liés aux problèmes sociaux. Alors que dans 72 cas, les causes restent toujours mystérieuses.

Prévenir le suicide : Comment s’y prendre ?

Pour pouvoir prévenir le suicide, il faudrait d’abord le comprendre, et apprendre à le voir et à le reconnaitre.

Le danger du suicide en lui-même, réside dans le fait qu’il passe très souvent inaperçu. Certaines personnes sont si douées pour cacher leur mal-être, que ça en est effrayant. Néanmoins, il est très fréquent de les voir inconsciemment afficher certains signes alarmants :

  • Des signes de dépression clinique
  • Une baisse d’interaction avec la famille et les amis
  • De la tristesse et du désespoir
  • Un désintérêt à l’égard des activités jusqu’alors appréciées ou à l’égard de ce qui l’entoure
  • Des changements physiques comme un manque d’énergie, différents troubles du sommeil, des variations de poids ou des troubles de l’appétit
  • Une perte de l’estime de soi, pensées négatives sur sa propre valeur
  • La référence à la mort ou au suicide oralement ou par écrit

Bien que de nombreuses personnes suicidaires puissent paraître abattues, d’autres dissimulent leurs problèmes sous une énergie débordante. L’agitation, l’hyperactivité et la nervosité peuvent également signaler l’existence d’un problème sous-jacent.

Il est également très primordial de connaître le processus suicidaire ainsi que ses étapes, afin de concevoir un dispositif adapté à la prévention.

Quelles que soient les causes de ce phénomène, il est primordial de tendre la main à ceux qui sont en détresse, et de savoir les aider. Dans le cadre de la prévention contre le suicide, voici quelques conseils pour agir dans le cas où vous souhaitez aider l’un de vos proches, ou si vous avez-vous-même des pensées suicidaires :

Conseils pour aider une personne suicidaire :

  • Écoutez la personne et montrez-lui que vous comprenez à quel point elle est en détresse. Rappelez-vous qu’il y a toujours une partie de la personne suicidaire qui veut vivre, et ce, jusqu’à la dernière minute. Votre aide peut faire grandir cette volonté de vivre.
  • Prenez la personne au sérieux. Évitez de vous moquer d’elle, de lui faire la morale ou de la provoquer.
  • Vérifiez si la personne pense au suicide. Si elle y pense, cherchez à savoir comment et quand elle prévoit s’y prendre. Plus son plan est précis, plus vous devrez agir rapidement.
  • Dites-lui que vous vous inquiétez pour elle.
  • Encouragez la personne à chercher de l’aide et accompagnez-la au besoin. Aidez-la à chercher des solutions, mais évitez de tout faire à sa place.
  • Respectez vos limites. Rappelez-vous que vous n’êtes pas responsable des actes de la personne suicidaire.
  • Ne restez pas seul. Allez chercher de l’information et du soutien auprès d’un intervenant qualifié. Vous n’avez pas à considérer ce que la personne vous a confié comme un secret. Ne pas en parler risque de limiter les interventions possibles et de vous faire porter seul la responsabilité du mieux-être de l’autre. Engagez-vous à être discret dans vos démarches pour obtenir de l’aide afin de respecter la personne qui souffre. Par exemple, évitez de parler de ce que vit la personne à voix haute en public.

Conseils si vous avez des idées suicidaires :

Si vous avez des idées suicidaires, c’est que votre souffrance prend trop de place et que vous n’arrivez peut-être plus à la gérer. C’est un signal d’alarme que vous devez prendre au sérieux. Des ressources d’aide existent.

N’attendez pas de ne plus être capable de faire vos activités habituelles pour consulter. Allez dès que possible chercher une aide professionnelle si :

  • Vous éprouvez de la détresse
  • Vous avez de la difficulté à assumer vos responsabilités professionnelles ou familiales
  • Vous voyez la vie en noir et le désespoir vous habite
  • Vous avez des idées suicidaires.

Un professionnel de la santé pourra évaluer si vous souffrez d’une dépression ou d’un autre problème de santé. Il vous proposera un plan de traitement adapté à vos besoins.

N’oubliez pas que vous n’êtes pas seul. Vous êtes aimés et vous faites la différence. Votre absence ne rendra pas le monde meilleur, elle ne fera que rendre la vie plus terne et amère qu’elle ne l’est déjà.

Chaymaa Meghebbar

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