« Le discours colonial ne cesse d’énoncer l’endroit du colonisé sa propre déchéance » Jacques Hassoun ; 1991.

Si nos aînés ont fait et ont vécu l’Histoire. Comment la génération qui a suivi a pu reconstruire sa mémoire ? L’Algérien, de son passé, ne se remet pas. Les effets du colonialisme sont si bien ancrés dans le psychique des individus, qu’il est difficile maintenant de détacher la destruction réelle et le rapport identitaire qu’ils ont provoqué au fil des générations. La colonialité est incrustée de manière qu’elle est devenue un fait historique univoque et indiscutable, au point même, d’effacer la part subjective de l’interprétation de l’histoire qu’un sujet puisse avoir. Pour certains psychanalystes, ce perpétuel questionnement revient au fait qu’il existe des blancs dans l’histoire du pays. Des blancs mémoriels par lesquels, l’individu tente de combler par des propos imaginaires et fictionnels.

L’Histoire ne parle pas seule, ce sont les sujets qui la font parler. Ainsi, pour les hommes de lettres algériens, les deux notions Histoire et Littérature, sont intrinsèquement liées. De par sa forme artistique, la littérature vient mettre son appui. Elle interroge et fait parler les témoins. Elle vient en concurrence et/ou en complémentarité à la création et à la recréation de l’histoire et de la mémoire. Elle tente de compenser un vide de vie qui n’a été vécu. Faisant une sorte de puzzle, passant d’une focalisation à une autre.

Après 1962, et bien longtemps encore, les conséquences des traumatismes ont été mises sous silence. Frantz Fanon, explique que les actes que nous commettons ne cesseront de nous poursuivre. De même, l’Histoire nous tend un de ses pièges et nous hante durant toute une existence. Partant de l’individuel afin de le rendre collectif, ainsi est le travail du littéraire. Il ne s’agit plus d’un travail de déconstruction, mais plutôt de construction de traces réelles et réparatrices. Les écrits littéraires feront ainsi office de documents historiques.

Bien-entendu, l’Algérien n’efface pas miraculeusement sa mémoire. Toutefois, il est important de rappeler que tout blocage mémoriel, provoque l’amnésie. De ce fait, questionner la littérature, revient à questionner les sujets, car les écrits littéraires sont les lieux majeurs où les mémoires individuelles trouvent refuge. Revendiquant son statut de créateur, l’écrivain se retrouve ainsi dans la position d’un outsider.

Si la fonction première de l’écrivain reste celle de créateur. Dans un contexte historique, cette fonction n’en perd pas totalement son sens. La littérature vient en appui renforcer l’histoire vécue et de ce fait, créer un mémoriel générationnel.

Notes bibliographiques :

  • Christiane Chaulet Achour, Echos littéraires d’une guerre : œuvres algériennes et guerre de libération nationale, Dar Khettab, Alger, 2019.
  • Karima Lazali, Le trauma colonial : enquête sur les effets psychiques et politiques de l’offense coloniale en Algérie, Koukou, Alger, 2018.

Marwa Larbi Benhora.

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