Le harcèlement de rue s’est propagé au fil des années dans le monde entier, telle une pandémie coriace. Mais en Algérie, contrairement à d’autres pays, la loi ne semble pas assez soutenir ces victimes dont le nombre se multiplie chaque jour aux quatre coins du pays.

Un fléau qui bouleverse des vies :

Il ne cesse de se propager, ce triste phénomène ; telle une peste contagieuse qui semble ne toucher que les femmes, la majorité du temps. Elles sortent de chez elles avec la boule au ventre, apeurées de ce qu’elles pourraient entendre ou subir une fois dans la rue. Certaines s’y sont habituées, si bien qu’elles parviennent de temps à autre à ne pas y prêter attention. Pour d’autres, en revanche, l’ampleur des dégâts est bien plus grande, et ignorer ce mal ne semble pas être une option.

Des mots salaces crachés à la volée, des regards insistants la plupart du temps gênants, voire des attouchements. Le harcèlement de rue peut prendre plusieurs aspects, mais les conséquences restent les mêmes : Ce que les harceleurs semblent avoir du mal à comprendre, c’est qu’un simple mot ou un simple geste peut affecter la vie d’une personne.

Témoignages de jeunes algériennes:

Pour illustrer cela, un appel a été lancé à quelques jeunes-femmes Algériennes, qui ont courageusement accepté de faire part de leurs expériences. Les réponses étaient très similaires, nous en avons choisi les plus pertinentes :

  • L’une des jeunes femmes, âgée de 18 ans a été tirée par les cheveux par un inconnu, après avoir refusé de lui répondre. Personne n’est intervenu, et c’est ce qui l’a le plus blessée.
  • Une autre, âgée de 20 ans a été suivie depuis l’université jusqu’en bas de chez elle. « Il s’en est pris à moi d’un seul coup, il avait même un couteau à la main…  Il me menaçait de me blesser si je ne lui répondais pas » A-t-elle déclaré.
  • À l’âge de 15 ans, un jeune homme un peu plus âgé a tenté de lui voler son téléphone. Lorsqu’elle a crié pour se défendre, l’agresseur l’a giflée en public, alors qu’une dizaine de personnes se trouvaient autour. Personne n’est venu prendre sa défense. D’ailleurs, elle a même déclaré qu’on l’avait dévisagée comme si elle était folle.

Comme on peut le constater, le manque d’intervention de la part des témoins est souvent un grand souci. Souvent, dans la rue, les gens observent la scène mais préfèrent baisser le regard. Personne ne passe à l’acte, probablement par peur que la situation ne se retourne contre eux. Mais dans la plupart des cas, intervenir peut sauver la vie d’une victime : Le harcèlement de rue ne se limite pas qu’à quelques paroles ou quelques attouchements. La situation peut vite dégénérer, devenir plus grave. Il est important de faire avec ces victimes ce que l’on ferait s’il s’agissait de notre mère, notre femme, notre sœur ou notre fille. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une inconnue, qu’elle n’a pas le droit d’être sauvée.


Que fais notre pays pour lutter contre ce phénomène ?

Ce n’est qu’en 2015 que la loi visant à sanctionner le harcèlement de rue prend forme en Algérie. Elle stipule que « Tout individu agressant verbalement ou physiquement une femme dans un lieu public encourt une peine d’emprisonnement allant de deux à six mois et une amende susceptible d’atteindre les 100.000 DA. Les peines citées peuvent être doublées dans le cas où la victime est une personne ayant 16 ans ou moins. »
Néanmoins, ce qui cause problème vis-à-vis de cette loi, c’est que les victimes sont invitées à porter plainte en présentant des preuves de l’agression en question sous formes de photos, de vidéos, ou de témoins. Mais en cas d’agression, qui aurait le réflexe de sortir son téléphone pour filmer son malfaiteur ?

La loi ne fait pas tout:

La loi n’est pas le seul problème, la société Algérienne prend également une grande part de la responsabilité.
En effet, dans une société où la rue est considérée comme un espace masculin, où les femmes sont considérées fautives pour porter des vêtements près du corps, et où les témoins ne prennent pas le parti de la personne agressée ; les victimes ont souvent peur de s’exprimer.
En 2015, Amira Bouraoui, médecin et icône du mouvement « Barakat », a déclaré lors d’un live sur Facebook « Pendant la garde d’hier [à l’hôpital], nous avons reçu en consultation une jeune fille de 20 ans qui s’est faite violer par quatre voyous. Mais quand on a dit qu’il fallait déposer plainte, elle s’est sauvée. Je suis triste de vivre dans le pays où c’est à la victime d’avoir honte et non pas au bourreau. »
Face à ces violences, les agresseurs ne jurent que par un seul argument : « Couvrez-vous si vous ne voulez pas qu’on vous regarde/qu’on vous insulte/qu’on vous touche » Pourtant, les femmes voilées ne sont pas à l’abri de telles barbaries.


Les femmes sont en colère :

Oui, elles le sont. Elles ne veulent plus avoir peur de sortir dans la rue. Elles ne veulent plus avoir à choisir une tenue qui leur éviterait des remarques – et pourtant, même si elles sont couvertes de la tête aux pieds, elles n’échappent souvent pas aux sifflements des hyènes qui ont fait de la rue leur territoire. Chaque jour est un jour dangereux pour elles. Tout pourrait leur arriver, en une fraction de seconde leur vie pourrait changer pour le pire. Chaque pas qu’elles font, elles le font avec appréhension. Chaque chemin qu’elles prennent, elles réfléchissent deux fois avant de le prendre. 
En moyenne, 6 femmes se font agresser chaque heure, dans la rue. Des chiffres effroyables, qui illustrent la gravité de ce danger qui plane sur notre société. Une pandémie qui ne cessera de se propager que si chacun d’entre nous contribue au changement : Les hommes comme les femmes. 
Ce sont les simples gestes du quotidien qui comptent : Apporter de l’aide à ceux qui en ont besoin dans la rue, défendre celles qui n’osent pas le faire elles-mêmes, porter plainte et témoigner en faveur des victimes. 
Mais surtout et avant tout : En parler. Il ne faut pas se taire face à cette tragédie qui nous étouffe. Se faire agresser n’est pas une honte. Être une victime n’est pas une honte, bien au contraire, c’est une force en laquelle il faudrait savoir puiser pour apporter le changement. Se taire ne ferait que donner la légitimité aux actes répugnants des agresseurs, et renforcerait ce dangereux phénomène.

Crédit photo: l5yel

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