Depuis des années, l’Algérie, un pays de foi et de loi, observe un phénomène pour le moins alarmant et qui, en dépit des traditions arabo-musulmanes dont s’inspirent profondément l’opinion publique ainsi que la conscience citoyenne de chaque algérien, prend des proportions vertigineuses… Galoufa !  

Ce phénomène, qui fait écho à une pratique séculaire datant de l’Algérie-française, se trouve en parfaite expansion, touchant tant aux animaux errants que domestiques. Cela prolifère désormais aux quatre coins du pays, au vu et au su de tous ceux qui ont choisi l’indifférence, et pour des raisons, parfois, sans fondements réels et qui n’ont aucun lien avec les principes et valeurs musulmanes, ni avec aucune autre valeur d’ailleurs. 

Galoufa : L’histoire d’un héritage:

Il s’agit d’une institution typiquement coloniale, une succession de l’Algérie-française sous Bugeaud. À cette époque, la rage faisait des ravages à chaque adresse dans les rues d’Alger ; une cité où des recommandations édictées par l’Administration furent prises, à maintes fois, un peu trop à la légère, chose qui a encouragé la municipalité – en derniers recours – à dépêcher des fourrières et des « capteurs » d’animaux – des chiens notamment, principale source de contagion et d’agressivité. Depuis cette époque, tout un jargon s’est confectionné autour de cette institution : élimination, abattage, campagne d’éradication, etc. Le lot de ces pauvres êtres en détresse, sans défense et sans protection, que l’on emprisonnait dans des cages à moyenne tension électrique… tout en les aspergeant d’eau ! Dans ces conditions, on peut compter deux à trois quarts d’heures, avant que la victime décède d’un arrêt cardiaque.

« Garufa » ou les expéditions punitives:

Pour tenter de comprendre la propension de l’APC pour ces pratiques archaïques en ce début du 21ème siècle, il est impératif de remonter le cours de l’Histoire, où elles trouvent aisément leur matière d’être. 

Dans une Algérie assiégée, au alentour des années 1840, Garufa, un algérien d’origine espagnole, sous le statut de « capteur de chiens » – dont le nom fut parfait par le langage populaire, jusqu’à l’obtention de Galoufa – entre en scène dans les rues d’Alger, dévastées alors par la rage, dont la propagation se faisait par morsure de chiens et de chats enragés. Armé de son long fouet-lasso et tirant une charrette à bras portant, ce personnage va au-delà du réel et inspire chansons et littérature, notamment les écrits d’Albert Camus qui s’en inspira pour la création d’un personnage à la même allure ; un Galoufa arabe, vivant à l’européenne, se tenant à l’arrière d’un attelage conduit par un autre arabe impassible. Le véhicule comptait bon nombre de cages aux solides barreaux aptes à recevoir chacune, un chien. Ainsi, longtemps caricaturé et devenu célèbre par cet usage, cet employé de la municipalité ne manqua naturellement pas de donner succession à toute une grappe de « confrères » habiles et assidus, qui s’évertuent consciencieusement aujourd’hui, dans la perpétuité d’une institution coloniale, sans doute légitime à l’époque, mais qui ne trouve aucun bien fondé en ce 21ème siècle des Sciences et du progrès.

Les animaux, un danger pour l’homme en ces temps de pandémie ? 

Il est vrai qu’autrefois le pays était dévasté par la peste et la rage, deux fléaux ravageurs dont la principale cause étaient les chiens et les chats errants, les souris et les rats d’égout. 

Maintenant que nous vivons encore sous le joug d’une autre épidémie, il est tout à fait naturel de se poser ce genre de questions. Plusieurs chercheurs et spécialistes de L’Académie Nationale de Médecine, qui rassemble médecins et vétérinaires, se rejoignent sur l’idée selon laquelle, à ce jour, il n’y a pas de démonstration scientifique sur le risque de contamination de l’Homme par le virus à partir des animaux. La Covid-19 peut se transmettre aux chiens à partir du propriétaire contaminé. Rien n’indique en revanche (pour le moment) que les chiens peuvent à leur tour contaminer, par des aérosols ou la salive, des personnes non infectées ou d’autres animaux rencontrés (par exemple dans la rue).¹ Ceci étant établi, pourquoi s’entêter dans ces pratiques criminelles contre la population animale, alors qu’il est tout à fait possible de les substituer par d’autres mesures sanitaires plus respectueuses de leurs droits, et aptes à aller de soi avec les mœurs algériennes, dont la municipalité, soit dit en passant, fait fi ? Question qui se pose aujourd’hui, notamment auprès des associations de la protection animalière, souvent raillées, voir opprimées, ou même répertoriées à des rendez-vous antérieurs.

Quelles-sont les Issues possibles ? 

  • Un numéro vert : pour prévenir des cas de rage – si rage, il ya – afin de mobiliser une équipe de vétérinaires, surtout que l’Algérie ne manque pas de « chômeurs diplômés » !  
  • La vaccination massive : un projet de vie, il est vrai, mais qui ne demeure pas moins en parfait accord avec les principes fondamentaux d’un pays qui se vante de ses croyances tant que de ses valeurs religieuses… Une vaccination d’abord des animaux de compagnie. Cela ne sera certes pas facile de passer ensuite à ceux de la rue, mais, une fois encore, l’Algérie n’est pas en pénurie des vétérinaires au chômage, de volontaires, de bénévoles…
  • La stérilisation : dernière roue de secours, pour les animaux domestiques notamment, afin de limiter le nombre de portés qui, bien trop souvent, terminent en animaux errants.
  • La création de refuges : aptes à recevoir ces animaux, tel que Elrifk-Compassion (BCHE), qui fut la plus grande gloire des volontaires de l’association de la protection animalière en Algérie.

Des perspectives qui rendent compte des progrès que connaît notre époque. Il est temps de dire stop à cette barbarie et que l’animal, tant estimé par notre religion et par nos prophètes,  connaisse enfin la paix.                        

                                                        Asma. ALI-HAIMOUD 

1 COMMENTAIRE

  1. Malheureusement pour ces êtres sans défense. La vérité est douleureuse. C’était notre sujet de discussion cet après-midi avec mon père. C’était un programme du colonialisme est ça continue toujours… Ça c’est passé juste cette semaine dans notre ville… Honteux pour un pays musulman.

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