Nombreuses sont les femmes qui, atteintes d’une pathologie quelconque, se sentent marginalisées et pointées du doigt, subissant ainsi des pressions morales ou du harcèlement. Dans cette enquête, Marwa L.B a tenté de comprendre cette stigmatisation des femmes malades. Avec des témoignages et une interview de Mélissa Mohamadi (DZ amazone).

un questionnaire a été lancé en ligne pour mener l’enquête. Au bout de cinq jours, plus de 150 réponses et témoignages ont été reçus. Le questionnaire est composé de 13 questions dont 4 gravitent autour du questionnement personnel: mauvaises expériences vécues à cause de votre maladie ou encore impact du regard de la société ». 

Des résultats aussi alarmants que déchirants:

La tranche d’âge des 169 femmes ayant répondu au questionnaire varie de 19 à 57 ans, toutes spécialités confondues : étudiantes pour la plupart, mais également des femmes travaillant dans le domaine de l’informatique, la délégation (médicale/commerciale), les finances et même le cinéma. 

50.6% des femmes avouent avoir déjà eu un antécédent de santé. Pour le même chiffre, on mentionne qu’elles souffrent actuellement de pathologie. Les pathologies regroupent toute une mosaïque : allergie chronique, hypothyroïdie, diabète, toux chronique, asthme, cancer (cancer du sein principalement), épilepsie, maladie d’Hashimoto, obésité, Endométriose… La liste est longue ! Pour certaines, le combat dure depuis quelques années (5 ans en moyenne), pour d’autres, c’est une affaire de toute une vie. Quand vint le moment de s’exprimer sur la façon de se sentir au sein de son entourage, les témoignages restent plus ou moins variés. Certaines reçoivent le soutien de leur famille et gèrent bien leur maladie. Toutefois, les réponses les plus redondantes sont : incomprise, rejetée, moche, jugée, dégoûtée, faible, stigmatisée, différente, dérangée ou encore gênée. Concernant les mauvaises expériences liées à la maladie. Le harcèlement verbal tient le haut du podium.

Voici quelques témoignages:

« t’es une femme tu ne dois pas avoir de cicatrices ! Ne penses-tu pas les enlever un jour ? Tu sais c’est un peu moche, et tu ne pourras jamais mettre du court à cause de ta cicatrice « .

 » J’ai une pilosité un peu forte, du coup au quotidien je subis du harcèlement par rapport à ça. Du genre je te donne 20 DA et achète-toi un rasoir « .

Certaines ont évoqué des souvenirs d’ancien emploi

« Alors, j’ai eu tellement de mauvaise expériences, mais la plus triste est qu’on m’a licenciée à cause de ma maladie, la cause était ‘pas apte à assurer un poste de responsable’ […] Malheureusement, l’épilepsie est un tabou chez nous « .

« Les gens ont souvent un regard de pitié envers moi mais le pire c’est quand on m’accuse de jouer à la victime ou de trop en faire lors d’un malaise afin d’échapper à certaines responsabilités… ».

«  … je suppose que ça n’a jamais croisé leur esprit que peut être cette fille est malade, du coup on me voyait toujours comme une fille qui ne prend pas soin d’elle, on m’a collée l’étiquette de la fille moche grande de taille, celle que personne ne veut avoir comme amie ou copine« 

Des moqueries (spécialement pendant la période d’enfance)

« Plusieurs personnes m’ont traité d’handicapée ou ont ri de ma maladie » ou encore « On m’a dit : je suis trop pâle, mes cheveux se trouvent partout sauf sur ma tête« .

D’autres reçoivent le soutien et l’aide de leurs proches:

« En général, les gens se montrent assez solidaires. Ils essaient de me soutenir lors de mes crises mais malheureusement lorsque ça arrive, rien ne peut m’aider si ce n’est mes médicaments ».

A la question : Le regard des autres est-il stigmatisant ?  80% des réponses étaient: OUI 

L’impact du complexe sur la santé mentale féminine:

La vulnérabilité de la femme est étroitement liée à son statut, son travail, et à sa place dans la société ainsi qu’à des facteurs biologiques et de reproductions. Sa santé mentale ne peut-être détachée des facteurs socio-politico-économiques. 

Les facteurs relatifs de la bonne santé mentale et physique sont souvent les mêmes chez l’homme et la femme. Toutefois, de par sa charge mentale, la femme se trouve face à des situations plus angoissantes que l’homme. La santé mentale ne se réduit pas à la simple absence de troubles psychiques mais est plutôt le pouvoir d’assurer le bien être personnel, la confiance en soi et la capacité à nouer et à gérer les relations du quotidien. La femme vivrait une fréquence plus élevée d’événements critiques dans sa vie. De plus, elle interprète et explique les émotions et le stress d’une manière différente comparée à l’homme. Le fait qu’une femme souffre de pathologie engendre un poids supplémentaire à porter ; chose qui va-petit à petit- se développer en un complexe.

Dans les Sciences de la psychanalyse, un complexe est défini comme étant  un ensemble des représentations et des souvenirs à forte valeur affective partiellement ou totalement inconscients qui se constitue à partir des relations infantiles interpersonnelles (Doctissimo). Ainsi, on commence à rejeter son corps et/ou à développer un complexe depuis notre héritage socio-éducatif véhiculé par les parents. D’une autre part, les médias peuvent également contribuer à créer un complexe, le révéler ou renforcer un manque d’estime de soi.

Complexe et charge mentale, les deux sont étroitement liés, puisque l’un fait peser l’autre. D’ailleurs chez la femme, la conviction de pouvoir maîtriser son existence est un facteur important d’équilibre psychique. Il est important de rappeler que dans certains cas, la femme perd son identité du rôle sexuel (infertilité, ménopause) mais subit également des expériences d’avortement, d’accouchement et de parentalité qui ont plus d’impact sur la santé mentale de la femme que de l’homme. 

Entrevue avec Mélissa Mohamadi

Entrevue avec Melissa Mohamadi(_dz_amazone). Pour rappel, la jeune fille de 21 ans a récemment été diagnostiquée pour un cancer du sein. Son passage sur la chaîne de Jow Radio a suscité une grande médiatisation.

Quel est le message que vous pouvez passer aux gens qui n’acceptent pas leur maladie (ou qui n’avouent pas) ?

Il est important qu’ils sachent que la maladie n’est pas à un certain point un défaut. C’est quelque chose qui nous tombe dessus et qui, comme tout autre problème ou souci, peut déranger notre quotidien. Il faut juste savoir faire face et savoir trouver les bons moyens pour tenir le coup. Après, cela dépend des personnes. Pour ma part, c’était l’autodérision. Pour certains, c’est le sport, pour d’autres c’est la musique… À chacun sa méthode, du moment qu’on garde le moral et qu’on ne lâche pas le combat.

Si vous pouviez changer le regard des gens envers les femmes porteuses de maladie, que feriez-vous ? 

Personnellement, si je pouvais changer quelque chose surtout, au niveau des regards des gens envers ces femmes-là, ce serait en m’assumant à 100%. En assumant ma maladie, en assumant le fait que je sois chauve ou même le fait que j’ai un sein en moins. Je ne porte plus de soutien-gorge depuis mon ablation. J’ai eu du mal au début, je me disais que cela se voyait trop, que cela ne se faisait pas. Je mettais au début une sorte de tissu que ma mère avait fabriqué et qui remplaçait mon sein. Mais je ne le fait plus car je m’assume désormais comme je suis et à force, si les gens voyaient des personnes comme moi dans la rue, ils finiraient par accepter la chose plus facilement.

Un message aux femmes et aux jeunes filles ? 

Mon message s’adresse aux femmes et aux jeunes filles qui n’arrivent toujours pas à surmonter ou à avancer à cause d’une maladie ou à cause d’un quelconque problème dans la vie: battez-vous et n’abandonnez jamais. Nous sommes des guerrières qui subissent des accouchements, des chamboulements hormonaux et ce n’est pas pour autant qu’on est à genoux ! On continue, on a une vie, on arrive à être multitâche et multi-domaine, dans une société qui nous maltraite et nous rabaisse sans cesse – et je ne parle pas que de la société algérienne ou arabe mais de la société d’ordre mondial. Il faut se battre et ce n’est pas une maladie qui va nous arrêter. Même si la société et les gens nous regardent de travers. Il faut se motiver avec cela, et leur montrer que ce n’est pas cela qui va nous briser. Et là, y’a une phrase à laquelle je tiens, vraiment c’est : « Toujours espérer le meilleur mais se préparer au pire »; c’est mon conseil à toutes et à tous.

Marwa Larbi Benhora. 

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