Les lettres, des écrits échangés entre deux personnes que l’on associe généralement au passé, à un vécu lointain, à une époque révolue ; celle de nos parents, de nos grands-parents. Mais on en apprécie la beauté qu’à travers les mots délicatement choisis, les phrases joliment écrites mais surtout la sincérité subtilement fondue. Les écrits épistolaires sont fascinants, ils se dressent contre les temps modernes qui forcent au mutisme, aux demi-mots, aux mots écorchés, à l’écriture rapide, frénétique mais sans âme.

Leïla et Emmanuelle ont redonné vie à cette écriture si belle et raffinée mais d’une manière très différente. L’envie d’écrire des lettres en est une, mais les faire lire en est tout autre. Faire lire une lettre, sa lettre, celle que l’on reçoit… La lire ! La lire soi-même, faire passer le message, transmettre l’émotion qui s’en dégage et qui, surtout, émane de nos cœurs apaisés, meurtris…

Alger, cette ville qui nous hante. Il n’est pas nécessaire d’être algérien pour la comprendre et l’apprécier dans son infime beauté et laideur. Alger est cette femme qu’on aime sans savoir pourquoi ; et puis, vient le jour où l’on fait face à la mer ou bien que l’on prenne place dans un de ses cafés et tout s’explique, tout vient de manière naturelle, on l’aime pour tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle représente. Une ville riche en Histoire et en petites histoires. Et c’est ce qu’on découvrira dans ce podcast si beau et mystérieux : Elle m’écrit d’Alger.

Interview réalisée par Nélia Salem :

Avant d’être un podcast, Elle m’écrit d’Alger est d’abord une fusion de deux êtres : Leïla et Emmanuelle, qui s’écrivent, s’échangent… Parlez-moi de vous deux, de votre rencontre, ce qui vous a unies ?

Leïla : notre rencontre a eu lieu complètement par hasard fin août 2019. J’étais dans une période particulièrement compliquée de ma vie. Et c’est dans un contexte professionnel que j’ai rencontré Emmanuelle, mais justement un contexte qui n’avait rien à voir avec l’artistique de mon côté à moi. J’étais à la recherche de relations « commerciales », plus précisément de clients intéressés par mon offre. Donc, on peut dire que c’est arrivé par accident. Je ne peux pas trop en dire, parce qu’on en parlera certainement dans la suite… Sinon, Emmanuelle et moi, on apprend toujours à se connaître, work in progress. Elle est venue en Algérie comme touriste, elle a visité Alger et d’autres villes. Elle a beaucoup aimé.

Je ressens que son intérêt pour Alger, l’Algérie, est vraiment sincère, authentique. Pour moi, Alger appartient à celles et ceux qui l’aiment.

Alger est une ville du monde et une ville ouverte sur le monde. Nous avons été très isolés durant la terrible décennie noire. Aujourd’hui, Alger redevient petit à petit une ville cosmopolite et ouverte. C’est merveilleux !

Elle m’écrit d’Alger dégage beaucoup d’émotions, de beauté, de magie. Comment vous est venue l’idée de le créer ?

Leïla : sincèrement Nélia, merci pour ton retour sur l’épisode 1 ! Ça me touche énormément. Je suis heureuse que vous ayez passé un moment intéressant à travers cette écoute.

Le podcast, au départ, c’était l’idée d’Emmanuelle. C’est elle en tant que comédienne qui souhaitait créer un podcast plutôt littéraire. On a réfléchi à deux sur une idée qui pourrait être intéressante et ancrée dans le réel. Je n’arrive plus à écrire de la fiction. Je n’en ai plus envie. Cela ne m’intéresse plus. J’ai suivi quelques ateliers d’écriture à distance il y a un moment avec un écrivain français et à la fin de ces ateliers, j’avais abandonné la fiction et l’autofiction et je m’étais mise à écrire des textes 100 % autobiographiques. Je me dis finalement que ma vie est assez intéressante. Alors, pourquoi ne pas me prendre moi et mes péripéties et mes défauts comme sujet principal ? 

Les lettres, l’écriture épistolaire, cela fait partie de l’écriture autobiographique. On écrit « Je », et le « Je », c’est vraiment l’auteur, ce n’est pas un personnage. Cela me convient.

Les lettres font partie de ma vie depuis que je sais écrire, c’est-à-dire depuis ma première année d’école primaire. J’étais à Paris et j’écrivais des lettres avec des dessins que j’envoyais à ma famille d’Alger.

Après la mort de mon père, j’ai repris contact avec certains de ses amis à l’étranger et on s’écrivait.

J’ai obtenu mon premier job étudiant grâce à une lettre.

J’ai eu des liens avec des artistes d’autres villes d’Algérie ou de l’étranger. Il y a eu des périodes où on s’écrivait régulièrement par e-mail.  

Votre podcast est très intime, le lancement fut pour cette semaine, et il rencontre déjà un succès, croyez-vous que cette intimité, ce côté familier a fait qu’il puisse beaucoup plus parler aux personnes qui vous écoutent ?

Leïla : pour le succès, vraiment aucune idée. Je n’ai pas les chiffres d’écoute pour ce lancement. On a lancé le podcast la première fois seules en mars et par la suite notre projet a été retenu par une agence de production. Il y a eu du travail à faire pour finaliser la saison 1, ensuite il y a eu les vacances d’été. Nous avons repris le travail en septembre. Donc certaines personnes ont eu l’occasion d’écouter les épisodes 1 et 2 avant, alors que d’autres, comme toi, ne découvrent le podcast que maintenant.

Cela te plaît à toi et j’ose espérer que cela plaira à d’autres personnes et leur apportera quelque chose… Même si ma vie a pu être très difficile, la saison 1 est assez douce je trouve, il y a des sujets plus graves et plus dramatiques que je pense aborder dans le futur.

Je fais tout au feeling. Quand je libère du temps dans mes journées, dans ma semaine, pour écrire une lettre, je suis vraiment connectée à mon moi profond et aux sujets qui me préoccupent dans la période. Les premières lettres datent de janvier / février 2020, les dernières du mois de juin. Le projet avance et moi, en parallèle, je découvre de nouvelles choses, je vis de nouvelles expériences, je fais de nouvelles rencontres, je m’ouvre l’esprit grâce à des lectures… Je ne suis pas du tout la même personne entre le moment où j’ai rencontré Emmanuelle en août 2019 et le moment où je t’écris à toi aujourd’hui.

Il y a eu de grands bouleversements en 2019 pour moi et encore en 2020. Mais je n’ai pas assez de recul pour en parler.

J’écris en marge de ma vie. L’écriture n’est pas la partie essentielle de ma vie. Ma vie ne tourne pas autour de l’écriture. Ma vie tourne autour de mon travail, de mes entreprises, de mes projets commerciaux. C’est plus ça la ligne directrice de ma vie. Ça me permet de garder les pieds sur terre et aussi de payer mes factures… L’écriture reste une activité qui n’est pas liée à l’argent. Je préfère pour l’instant.

J’ai lancé mon premier blog en 2006, et il y a des périodes où j’ai beaucoup publié sur mon blog. Des périodes plus du tout. Ce qui est sûr c’est que j’aime l’idée d’échanger avec de parfaits inconnus sur mon blog, ou aujourd’hui suite au podcast.

Comme je prends beaucoup de plaisir à répondre à tes questions maintenant. 

Le créer fut-il un besoin d’écrire, de s’exprimer de vive voix ou bien c’était plus l’envie de faire passer un message ? (ou pourquoi pas les deux).

Leïla : c’est parti au départ de l’idée de lire les lettres que j’envoie à Emmanuelle. On s’est dit oui pourquoi ne pas essayer ça ?

Petit à petit, c’est devenu de plus en plus professionnel comme approche. On a commencé à travailler avec un ingénieur du son. Aujourd’hui, nous travaillons avec des producteurs qui sont des professionnels de l’industrie de la musique et du cinéma. Au départ, on ne voyait pas les choses comme ça, on pensait faire ça juste en indépendantes. Mais le projet a plu et on a eu cette proposition à laquelle on a choisi de dire oui.

Je n’ai pas un message en particulier à faire passer. J’ai juste envie de partager mon amour de la vie, d’Alger, Paris, Tunis ou Montréal, de l’art, mes goûts culturels et mon amour des autres aussi. Je suis moi-même. J’aime profondément les gens, j’aime profondément découvrir et échanger avec de nouvelles personnes, peu importe leur âge, leur orientation politique, leurs croyances… ou leur nationalité. Je suis toujours curieuse de découvrir d’autres points de vue et façons de penser. Échanger des lettres peut permettre cela. Partager ces lettres avec des milliers de personnes, ça, c’est une expérience totalement inédite pour moi. Alors, on verra bien.

L’épisode 2 sort jeudi 8 octobre à 23 h 01. Nous avons tous hâte de partager ça avec vous !

C’est ainsi que s’achève la première partie de notre entretien si riche et constructif, nous aurons l’occasion d’en apprendre davantage sur les deux belles âmes qui ont données vie à Elle m’écrit d’Alger dans la seconde partie de notre article qui sera à votre disposition dans quelques jours.

Entre-temps, allez vite découvrir le premier épisode en cliquant sur le lien suivant :

https://play.acast.com/s/elle-mecrit-dalger/episode1-lemotiondespremieresfois

Comme vous pouvez également le trouver sur toutes les plateformes d’écoute de Podcasts.

Compte instagram : ellemecritdalger_podcast

A suivre…

Nélia Salem

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