Posséder un chardonneret élégant est une habitude incrustée dans la culture algérienne. Sans l’ombre d’un doute, ce petit oiseau est le meilleur ami de l’Algérien ; pratiquement présent dans tous les foyers et sur tous les balcons de la capitale, qu’on nomme d’ailleurs “Alger la blanche”. 

En marchant dans n’importe quelle ville d’Algérie, la douceur du chant du chardonneret nous envoûte rapidement l’oreille, nous fait décoller l’esprit, oubliant tout le vacarme assourdissant des villes. C’est le sel ajouté à la routine des passants !  

Cette petite perle multicolore au comportement sociable, au chant mélodieux, au vol onduleux et dansant et à l’attitude farouche lors de la nidification, figure parmi les espèces menacées d’extinction. Pourquoi et comment le chardonneret s’est présenté dans une telle situation délétère ? 

Le chardonneret élégant, un chef-d’œuvre divin

Le chardonneret, un bel oiseau bariolé. Son dos est brun, sa poitrine et son ventre sont de couleur brune mélangée à du blanc. Une bande jaune traverse ses ailles noires. Sa tête est, à la fois, noire et blanche avec un masque rouge vif. Au moindre de ses gestes, nous admirons un véritable festival éblouissant de couleurs. Au-delà de sa beauté inouïe, il y a son chant gracieux, doté d’un répertoire de mélodies qui varie d’une région à une autre : seuls les connaisseurs peuvent identifier les différents chants. Il est un excellent interprète, réputé pour ses facultés à imiter les chants de ses congénères ; en d’autres termes, c’est l’entourage qui influence son chant. En outre,  son chant intriguant fait l’objet d’appréhension et par les éleveurs, et par les scientifiques.   

Le chant du chardonneret représente pour l’homme algérien un remède contre le stress, un refuge contre la vie monotone, et mène au calme et à la méditation. Un véritable havre de paix ! À cet effet, on l’a presque sacralisé.     

Le Makenine, un symbole de la société algérienne 

L’enjôleur « El Makenine » tel qu’on l’appelle ici – existe depuis des millénaires, nourrit la verve des artistes, anime la passion  des enfants et adultes. Bien plus qu’un animal, c’est un symbole ancestral de notre société, gravé dans le marbre de l’histoire. Dans ce contexte, deux œuvres décrivent spécialement sa symbolique sociétale ; la première est une ancienne chanson, la seconde un récit.    

El makenine zine

Le chardonneret Figure dans une  chanson historique dont le titre est «  El makenine zine » (O joli chardonneret), composée par Mohamed el Badji, reprise ensuite par de grands chanteurs comme Amar Ezzahi, Boudjemaâ El Ankis ou encore Naima Dziriya. Cette chanson au rythme poétique est une allégorie de la liberté, à l’époque coloniale. 

Le livre : « La mélancolie du makenine »

Récemment, la journaliste et écrivaine franco-algérienne Seham Boutata a publié un livre titré « La mélancolie du makenine », un récit dans lequel elle narre la fascination qu’a l’homme algérien à l’égard du chardonneret, tout en faisant recours à l’histoire. 

Victime de braconnage 

Ce bel oiseau est non seulement la proie de la vie sauvage, mais aussi celle des hommes qui s’abattent sur lui tel un aigle. Raison pour laquelle les populations des chardonnerets ont chuté dramatiquement ces dernières années en Algérie ; que ce soit dans les forêts denses de Souk Ahras, dans les hautes montagnes de Kabylie ou dans les vastes terres intérieures, « El makenine » se fait de plus en plus rare. La chasse loyale aux chardonnerets a toujours existé, à l’exception de ces dernières décennies, on l’a constaté frappé par la foudre d’une chasse sans merci et sans précédent : il est piégé par des braconniers dépourvus de toute passion à son égard et n’ayant aucun rapport avec « l’art de la chasse », c’est la cupidité par excellence qui règne sur eux.  

En effet, son adulation et sa popularité exprimée, son chant et sa beauté, sa rareté et le désir de le posséder attirent la convoitise des braconniers et trafiquants pour en faire un business rentable et répondre au besoin des passionnés qui ne demandent qu’à en avoir davantage.    

Sa diminution massive sur le territoire algérien pousse les uns à le faire entrer du Maroc, un pays dont la flore jouxte celle de l’Algérie. Les coûts du transport ont fait augmenter les prix des juvéniles et peuvent atteindre les 6000.00 DA. Faisant ainsi de lui un oiseau onéreux.  

Prise de conscience ?

La voix de la raison commence à se faire entendre et hisser grâce à la création de quelques associations ornithologiques comme l’AOA (association ornithologique algéroise). Ce type d’association préconise l’élevage plutôt que la chasse, partage le savoir-faire de l’élevage, et incite les gens à acheter les oiseaux provenant de l’élevage, qu’on reconnaît grâce à la bague qu’ils portent. Leur devise c’est « élever plutôt  que prélever ». Les initiatives mises en œuvre par les services forestiers, la gendarmerie, et la fédération des chasseurs, elles aussi, ont  un impact positif sur sa préservation. Une conjugaison entre les deux pôles (autorité, citoyen) pourrait être efficace.

Cet oiseau élégant, qui a bercé l’enfance de tant d’algériens par son chant et la beauté divine de son plumage, est dans le besoin profond de renouer avec la nature, pour redonner à nouveau sa symphonie. La loi de la nature au caractère inopiné,  nous a souvent indiqué que rien n’est définitif, que même le chant du chardonneret pourrait réapparaître, assouvissant ainsi ses éternels passionnés.   

Samy Loucheni

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici