Nos maux font évoluer nos mots….

Etant dans un monde « moderne », il serait injuste de faire évoluer les appareils électroniques et laisser de côté les mots qui constituent notre principal moyen de communication. Les mots sont diachroniques, ils évoluent eux aussi avec le temps et l’humain. Voilà pourquoi il serait judicieux de ne pas s’emmêler les pinceaux entre une définition et une autre. Aujourd’hui, nous avons choisi deux concepts souvent juxtaposés et amalgamés au sein de notre société algérienne : Le tabou et la hourma, ou le respect intime de l’autre selon des facteurs de famille et de sexe.

Le tabou:

Un sujet tabou (pour terrainer le concept et l’ancrer dans la réalité) est un sujet ou thème qui est évité par la majorité des individus d’une collectivité. Entendons-nous que le tabou est culturel et contextuel, hors-contexte, il devient arbitraire et dénué de sens.

Au sein de la culture algérienne, parler d’argent est un sujet tabou. Les gens optent pour parler d’autre chose, voire de faire l’autruche comme alternative. La question d’une somme d’argent est difficilement discutée autour d’une table. Globalement, Un tabou est une sorte d’objet que les gens esquivent sur leur passage, pour des raisons culturelles, sociétales, et contextuelles. Ce n’est pas une esquive pour raison de respecter l’autre car souvent, quand on décortique un tabou, on trouve qu’il n’a rien d’irrespectueux en lui-même : Argent, sexe, certaines manières, certains gestes, etc. Un tabou n’est pas non plus équivalent à la censure, car la censure omet des détails importants à la compréhension d’un contexte, voire le déforme, un tabou peut être remplacé par un euphémisme, chose que la société algérienne fait souvent pour contourner un sujet. Il se rapproche de la censure mais n’est pas aussi radicale et la réalité voulue est toujours exprimée.

Exemple : « Aujourd’hui, ma voisine m’a demandé si je n’avais pas fait tomber une « amana » dans les escaliers. Au début, je n’avais pas compris ce qu’elle voulait et c’est là qu’elle m’a soufflé : « argent » « .

La hourma:

La frontière qui sépare ces abus de langage, atténuations de réalité, esquives de discours n’est pas très épaisse, et on retrouve des similarités dans le tabou, la hourma, le 3ib, voir même le hram; du fait que certains tabous partagent leur origine avec une interdiction sociétale ou religieuse. Cela étant dit, la hourma appartient plus à la famille du respect entre un homme et une femme, ainsi qu’entre membre de la famille qu’au tabou ou à la censure.

Exemple : Une femme voilée ne se met pas en petite tenue devant un ami à elle ou un camarade de classe, on dit que c’est une question de respect, voire de « hourma ».

Egalement, un homme ne profère pas d’insultes devant une femme, particulièrement si la femme est âgée, on parle également de hourma, ou de respect inter-genres.

A l’origine de la hourma:

La hourma trouve son origine enterrée sous des siècles de traditions conservatrices que nous avons héritées de nos ancêtres de multiples ethnies. Ce brassage d’ethnies a dû rentrer en collision l’un avec l’autre par conflit d’intérêt et de là jaillirent ces traditions et lois officieuses qui instaurèrent un peu plus d’ordre d’une communauté à une autre. Aujourd’hui, après des guerres, des conquêtes et des soulèvements, et après une histoire tortueuse et mystérieuse, l’Algérie se retrouve de nouveau hétérogène. Et ce n’est pas au plaisir de certains. Quelques « modernistes » se moquent des traditions archaïques de leur voisins conservateurs pendant que l’ancienne génération old-school détériore le mode de vie des modernes progressistes et le qualifient d’infâme, de modes perverties,…. Une nouvelle fois dans l’histoire, les cultures algériennes rentrent en collision, les tabous germent, les conflits demeurent, (etc.,) cependant, l’Algérie se doit d’évoluer avec ce monde comme elle l’a toujours fait.

Marginaliser ces deux communautés ou même ces communautés minoritaires serait contre-productif ainsi que contre-évolutif. Il faut seulement avancer avec son temps, et pour cela chaque pays a son propre rythme. Entre temps, la clé de tout bonheur est le respect intercommunautaire et par conséquent va faire découler la liberté d’opinion, BIEN PLACEE, AINSI que certaines concessions pour enfin aboutir à une harmonisation des communautés. Cette ouverture ne commencera pas avant de faire un effort pour comprendre l’autre et être indulgent.

Photo: L5yel

Mehdi MFD.

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