Dacu i kem-yewwin  est un court métrage réalisé par les jeunes du club vert ADOS, de l’association Étoile Culturelle d’Akbou.  Il a été entièrement pensé et réalisé par les adolescents et adolescentes adhérents dans le cadre d’un échange interculturel virtuel entre  Algériens, Allemands, Français et Guatélamaltèques sur  le thème de « l’émancipation de la femme à travers l’expression artistique ».

Huit minutes dans la  vie d’une jeune  fille en Kabylie :

Ce court métrage  simple et poignant nous permet de plonger dans le vécu de jeunes Algériennes dans une société « ouverte » uniquement en apparence….

On suit  le parcours de Amel, une jeune fille d’Akbou qui, à travers les années, passe d’obstacle en obstacle, apprenant à accepter le poids des coutumes et de la «horma », voyant son frère réaliser un à un chacun de ses rêves pendant qu’elle prend soin de la maison familiale.

Et revient cette question , toujours, inéluctable, condamnatrice :  « Acu i kem yewwin ? » voulant dire : « qu’est-ce qui t’as pris de.. ? ! ». Qu’est-ce qui t’as pris de répondre ainsi à ton frère ? Qu’est-ce qui t’as pris de lever la tête ? Qu’est-ce qui t’as pris de t’habiller ainsi ? Qu’est-ce qui t’as pris de croire que tu peux changer ta destinée ? Qu’est-ce qui t’as pris de rêver ?….

On vous laisse le découvrir ici :

https://fb.watch/2ipexk21VK/

Le conditionnement, une affaire de famille :

Conditionnée, sermonnée encore et encore , la jeune fille  apprend à respecter les limites de sa liberté. Elle a une bonne relation avec son frère et veut réussir, elle se voit comme une fille moderne et émancipée, mais oserait-elle dire non à ses parents ? oserait-elle remettre en cause son rôle au sein de sa famille ? Oserait-elle s’écarter des chemins unanimement considérés comme « valides pour une femme » par sa société ?  Elle apprend à ses dépens que oui, elle pourra étudier et travailler, mais ce sera toujours à elle de  cuisiner et faire le ménage, nettoyer après ses frères, son père, son mari, passer en second. En kabylie particulièrement, beaucoup croient que la femme est privilégiée comparée à d’autres régions du pays, est-ce le cas ? Oui, une  certaine distance existe avec le dogme religieux. Les hommes se vantent de ne pas être des machos, car ils n’imposent pas le voile aux femmes de leur vie. Mais derrière ce semblant d’émancipation, la femme kabyle est toujours opprimée et cloîtrée dans son rôle traditionnel, subissant les mêmes schémas de pensée et les mêmes restrictions sur ses choix de vie et de carrière.

Interview

Pour parler du sujet plus en profondeur, nous avons interrogé Haroun Thinhinane et Bellili Mira Imane. Lycéennes tout juste âgées de 16 ans, elles ont participé à la genèse du court métrage « acu i kem -yewwin » où elles ont tenu les rôles principaux :

Que signifie pour vous de participer à ce court- métrage ?

Mira : Cela signifie beaucoup pour moi par ce qu’il représente ce qu’on vit pratiquement toutes dans nos vraies vies. C’est tristes à dire mais c’est la vérité, on vit dans  une société qui rabaisse la femme au lieu de l’élever et lui donner sa vraie et juste valeur. Ça m’a fait énormément  plaisir de participer à ce court-métrage par ce qu’on a véhiculé un message fort et triste à la fois.

Thinhinane : A mon avis, ce court-métrage est une bonne initiative, un espoir.  Il faut sensibiliser sur ce sujet qu’on évite d’aborder surtout au sein des familles.

Est-ce-que ce court-métrage a changé votre propre vision sur l’égalité homme-femme ?

Mira : Non , il n’a pas changé ma propre vision sur l’égalité homme-femme parce que je n’ai pas attendu ce court-métrage pour connaître cette inégalité. Le sujet est vaste c’est vrai, mais nous  avons choisi de parler de ce qui se passe au niveau de notre  société et à notre manière pour tenter de changer les choses.

Thinhinane : Non personnellement il n’a rien changé, c’était toujours ce que je pensais de la situation. A vrai dire,  j’ai eu de la chance de voir les choses ainsi, et pour moi une société saine est une société unie contre toute sorte d’injustices, quelque soient leurs différences, une égalité sociale est la base.

On voit dans le film que la jeune Amel a une bonne relation avec son frère et sa mère, on est pas dans une « oppression» à la traditionnelle, où le frère est vu comme un « monstre » elle est  plus subtile, elle est donc plutôt proche de notre réalité, pourquoi ce choix ?

Mira : C’est un choix stratégique parce qu’ on a pas voulu mettre son père et son frère contre elle frontalement. Il faut qu’elle puisse s’appuyer sur l’un des deux afin qu’il la pousse vers le haut et ne la rabaisse pas à longueur de journée.  En ce qui me concerne , la relation que je maintiens avec mon frère n’est pas proche de notre réalité .

Thinhinane : oui, un frère est avant tout un frère, et n’est pas sensé être un monstre, à mon avis la fraternité existe naturellement, un frère est une force, un appui. Il est vrai que de nombreuses filles subissent la répression différemment maintenant; la violence ne  vient pas  uniquement sous forme de coups mais aussi sous un autre visage, plus subtil qu’on se doit de révéler.

Le rôle des parents est crucial dans cette question , qu’est-ce-qu’ils doivent changer dans leur éducation selon vous ?

Mira : Ils doivent changer l’éducation des garçons et des filles en les élevant de la même manière car on a pas choisi notre sexe! Et ce n’ai pas parce que lui est un garçon, qu’il a le droit de faire telle et telle chose , et moi qui est une fille je n’ai pas le droit de le faire. . En effet , c’est à partir de l’éducation donnée aux enfants que vient une bonne partie de l’inégalité entre l’homme et la femme dans nos sociétés.

Thinhinane : Les parents doivent initier leurs enfants dès l’enfance aux valeurs humaines, leur faire comprendre qu’ils sont humains, égaux en droit et en devoirs, et surtout les responsabiliser dans tout, en  commençant par les tâche quotidiennes. Il faut aussi  leur épargner la pensée collective. Par exemple, expliquer au garçon dès son enfance que débarrasser la table et faire la vaisselle veut juste dire qu’il vient de manger et c’est naturel, ça n’a rien à voir avec un quelconque rôle lié au genre.

Que peut-on faire en tant que filles  pour éviter de tomber dans le même schéma de pensée  que Amel ?

Thinhinane : Pour ne pas tomber dans le même schéma que Amel, à mon avis il faut s’assumer en tant qu’individu. Il est vrai que la société nous impose beaucoup de choses mais il faut apprendre à affronter, à ne pas lâcher prise, à avoir des buts afin d’assumer notre existence, d’avoir des ambitions et des rêves auxquels on doit s’accrocher. Si les pensées et ambitions d’une femme sont différentes de celles de la majorité, cela  ne veut pas dire qu’elle a tord ou qu’elle a « dévié ». Pour conclure,  elle doit exister avant tout en tant qu’individu à part entière, elle n’a pas à être l’épouse ou  la sœur de qui que ce soit pour  être respectée.

Tecnam, chanson de Nouara de l’album « la femme kabyle et ses problèmes »

Samia SAD

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