Lorsque l’an passé, j’ai appris la tenue du Festival Raconte-Arts à Ath-Ouabane, je me trouvais loin à Marrakech, et je me suis dit n’avoir rien à envier à toutes les personnes qui s’y rendaient chaque jour afin d’apprécier les étroites ruelles qui reliaient les petites maisons en pierres et argile.

Pourtant, une question me tarauda l’esprit toute l’année : « qu’y –a-t-il de si particulier et de si beau dans ce Festival pour charmer et dessiner tant de sourires sur les visages des passants ? ». Puis enfin, je découvre le secret de cette joie qui anime non seulement l’esprit du village Tiferdoud où s’est tenue cette année, Raconte-Arts mais aussi celui de tous les villages Kabyles perchés sur les hauteurs des montagnes. En effet, le vendredi, deuxième jour de l’évènement, avec mes amis,nous nous sommes levés très tôt pour prendre le chemin de Michelet. Et tout le long du chemin nous fumes bercés par le chant des oiseaux, les bruissements du vent et les caresses de l’enlacement des arbres. Après deux heures de trajet, le plus haut village kabyle nous ouvrit ses portes. Les esprits curieux en alerte, nous marchâmes à petits pas, les yeux grands ouverts, l’ouïe aiguisée, observant les artistes décorer les murs des maisons construites en pierres ou parfois en béton, questionnant la signification de chacune des œuvres.

Je ressentis sur le coup des changements qui s’opéraient en moi avec une paix intérieure qui assiégea mon corps et qui éclipsa la voix intérieure bavarde!Tous mes sens devinrent ces artères que le bonheur sillonnait martelées par le souvenir de cette phrase de Dostoïevski : « Et si la beauté pouvait sauver le Monde ? ».
Soudain, je me suis permis de la paraphraser: Et si l’art pouvait sauver le Village ? Et si l’art pouvait nous sauver ?En effet, nous venions de découvrir que l’art a cette capacité de raconter des histoires dans la langue du silence sans rien dire à chaque personne qui le souhaite.Comme l’eau, l’art, insuffle la vie et prend la forme du corps qu’il habite quelle que soit sa taille.
C’est en cet intense moment où je crus avoir enfin, obtenu réponse à la question qui m’a tant taraudé l’esprit que le retentissement des chants des vieilles femmes résonna en moi. A la hâte, je me précipitais vers ces vieilles dames avec les visiteurs de tout âge tous comme aspirés par la magie de leur voix. Le sourire arborant leurs visages, ces femmes décochaient des anciens airs comme des flèches de Cupidon rendant amoureux chaque personne qui s’y attardait. Elles étaient comme prédisposées à la Joie, la main sur la gâchette, ces âmes heureuses ne rataient aucune personne pour la rendre gaie. A travers leurs voix profondes, ces belles femmes m’apprirent ce que les livres de philosophie n’ont pas réussi à faire avec leurs mots à savoir Prendre l’instant présent comme un présent,un véritable cadeau !

Une fois la nuit tombée,tout contents nous repartîmes chez nous en nous racontant toutes les belles choses que nous avons ressenties, entendues ou rencontrées. Après une année d’attente, c’est très apaisé que je connus enfin à quoi ressemblait un Raconte-Art.

Et soudain,cette voix intérieure recommence dans ma tête, ses incessants bavardages mais, cette fois j’ai décidé de l’écouter car ce qu’elle suggérait n’était pas si totalement dénué de sens ! Elle me disait que malgré tout le bonheur que j’ai récolté en cette journée j’ai oublié de glaner celui qui me liait aux autres ! J’étais tellement fasciné et subjugué par toutes les activités qui s’y déroulaient que j’ai oublié d’accorder plus de temps aux personnes que j’ai croisées furtivement après de longues années pour certaines et pour la première fois pour d’autres…

La décision de repartir fut prise sur le champ. Ainsi, je me suis reposé le samedi et le dimanche je me mis à « gambader en voiture » comme Indiana Jones à la recherche des vestiges de l’amitié !

Durant toute une semaine, j’ai arpenté les sentiers du village, le sourire aux lèvres et les yeux brillants, abordant avec bienveillance et affection de nouvelles personnes (visiteurs, habitants, auteurs ou artistes) ou encore croisant des amis en les étreignant ( la callinothérapie me va à merveille) à tout va, puis discutant à bâtons rompus des nombreuses mélodies qui composent l’hymne à la Vie.

Ainsi, aller vers l’autre était le refrain que je me fredonnais sans cesse, lors de ce sublime pèlerinage.Au-delà de mes rencontres, j’observais minutieusement le comportement des uns envers les autres. Grande fut ma joie lorsque je me rendis compte qu’ « Un sourire est la plus courte distance entre deux personnes.»comme le disait si justement Victor Borge !

Depuis, l’échange est devenu très facile et fluide, les gens ont réussi à faire la paix avec eux même pour réussir à cohabiter avec les autres. L’amour y régnait et Tiferdoud s’est transformé enfin, en un havre du vivre ensemble !
Que serions-nous sans les autres ? Et, paraphrasant Goethe Vivrions-nous plus heureux seuls aux Paradis? Le bonheur est-il autre ? En bref, si je devais renommer Raconte-Arts je l’appellerai« Rencontres-Arts ».

Source de L’image : Wech derna ?

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