Les conséquences de la crise du Covid-19 se font ressentir de manière déplorable pour des milliers de travailleurs et de petits entrepreneurs, constituant le tissu économique du pays, qui n’ont pas perçu leurs revenus depuis des mois. La crise de liquidités, c’est-à-dire le manque d’argent dans les circuits économiques, est la conséquence de plusieurs facteurs.Il est important de rappeler qu’elle avait commencé avant la pandémie, cette dernière n’a fait qu’aggraver les choses. Du côté gouvernemental comme du côté de l’opposition, on parle de « complot ». Cependant, les lectures complotistes n’expliquent pas le fond du problème…

Marché informel et système financier:

Les circuits financiers sont à l’économie ce que les veines sont au corps, par conséquent, l’argent est équivalent au sang pour les finances publiques. Lorsque le sang ne circule pas il y aura donc forcément une paralysie du corps. Le système financier algérien est encore archaïque par rapport à la réalité de l’économie, ainsi il y aurait selon la banque d’Algérie 30% de la masse monétaire qui circulerait dans les circuits informels (commerce, travailleurs non-déclarés, trafics mafieux, etc.) et qui ne sont donc pas déclarés ni traçables dans les circuits bancaires.

Cette raison est toutefois secondaire car on démarre bien du principe que l’argent n’est pas celui de l’Etat mais des particuliers. L’administration fiscale ne va donc pas confisquer toute la masse monétaire existante mais simplement en prélever les impôts.

Suspension de la planche à billets et déficit budgétaire:

La cause principale de la crise de liquidités est le déficit budgétaire, c’est-à-dire que les recettes l’Etat (l’argent qui rentre dans les caisses publiques) sont inférieures aux dépenses. Le déficit budgétaire s’est aggravé en 2015 avec la chute brutale des prix du pétrole, représentant près de la moitié des recettes. Comme solution de court terme, les gouvernements précédents ont procédé à réduire progressivement le budget de l’Etat, mais aussi à creuser dans les réserves et depuis 2017 à faire tourner la planche à billets. L’Etat a cessé depuis 2019 d’imprimer de l’argent pour stopper l’inflation, sans pour autant augmenter ses revenus ce qui explique la crise des liquidités.

La loi de finances initiale validée le 11 décembre 2019 prévoyait un budget de 6289 milliards de dinars, mais la loi de finances complémentaire l’a baissé à 5395 milliards. Le déficit budgétaire actuellement est donc de 1976 milliards de dinars.

De nouvelles mesures prises :

Pour alléger le problème, le gouvernement a pris un ensemble de décisions dans la loi de finances. Particulièrement, la hausse des taxes sur les véhicules et les produits pétroliers, l’instauration d’un impôt sur la fortune, ainsi que la baisse du montant minimum en devises devant être soumis à la déclaration douanière de 5.000 euros à 1.000 euros. Ces décisions vont dans le bon sens, mais il faut insister sur le fait qu’elles soient encore insuffisantes pour palier à la crise.

Yacine Chibane

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