La COVID-19 a débarqué en Algérie au mois de février 2020. Nous avons connu bien des rebondissements depuis : couvre-feux aux heures fantaisistes, confinements partiels suivis bon gré mal gré, déconfinement puis reconfinement. Le résultat n’est hélas pas reluisant, la barre des 600 cas par jour a été franchie, le samedi 18 juillet 2020. Les inquiétudes calmées quelque peu se sont réveillées, le club « Corona n’existe pas » tient bon pour l’instant, question d’honneur ! Faisons le point ensemble dans cet article.

Croire ou ne pas croire, telle ne devrait pas être la question !

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la rue, le scepticisme circule encore plus efficacement que le virus. Du « makanch menha » au « ce n’est pas si grave », le peuple se voile la face et refuse de se rendre à l’évidence. Certains accusent même les médecins d’en profiter « pour se remplir les poches ». Selon plusieurs témoignages de médecins travaillant en unité COVID-19, le personnel soignant subit des agressions au quotidien de la part des citoyens en colère, notamment quand ils annoncent la contamination ou le décès d’un proche.

Des tests rapides disponibles en pharmacie et laboratoires d’analyse privés :

Des tests rapides en pharmacie et dans les laboratoires privés seront bientôt disponibles. Mais attention ! Le test avec les anticorps est rapide (résultat au bout de 20 min), mais les faux négatifs sont fréquents. De plus, la réaction immunitaire au virus peut tarder à se manifester (jusqu’à cinq jours). Si on effectue le test seulement deux jours après contamination, on risque d’obtenir des résultats faussement négatifs et contaminer son entourage en se croyant tiré d’affaire. Si vous présentez des symptômes d’atteinte au coronavirus, mais que votre test rapide est négatif, vous devez confirmer avec un test à l’hôpital et éviter au maximum le contact avec d’autres personnes.

Le port du masque, de « mieux que rien » à « responsabilité citoyenne »

Le port du masque, qu’il soit chirurgical, N95 ou même en tissu est devenu un geste salutaire qui peut sauver des vies. Bien qu’au début de la pandémie, le port du masque ne soit que conseillé, les études récentes ont souligné son importance quant à la limitation de la propagation de la COVID-19. En effet, de plus en plus de pistes orientent vers une possible transmission aérienne du virus. Dans ce cas, les gouttelettes et microgouttelettes émises par les malades qui restent en suspension dans l’air sont plus ou moins retenues par les masques. On peut mesurer cet impact dans le schéma ci-dessous :

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Les rassemblements en lieux fermés, la racine du mal

Les données collectées sur le virus et son mode de transmission ont confirmé que les rassemblements en lieux fermés, surtout quand l’aération est mauvaise, sont à l’origine des flambées de contaminations. Les Wilayas de Setif et Biskra, en sont le triste exemple. Bien avant le déconfinement partiel, les fêtes de mariage et les rassemblements familiaux ont continué à proliférer dans toutes les Wilayas du pays sans aucune mesure de sécurité. Les autorités ont dû prendre des mesures sévères allant jusqu’à interdire la délivrance des actes de mariage pour limiter les célébrations. Mais il semble que le mal était déjà fait et la politique du bricolage-rafistolage s’est occupée du reste.

Déconfinement brutal, de l’huile sur le feu :

À l’annonce du déconfinement en juin, les gens ont compris que le virus est vaincu et la garde a baissé. Selon Khalfi.M, résident en pneumologie et travaillant à l’unité COVID de l’hôpital de Béni Messous depuis le début de la pandémie, ce fut une erreur fatale que nous sommes entrain de payer.  

« Dans les autres pays comme en Chine, la décision de déconfinement a été faite après l’isolement de tous les cas positifs en milieu hospitalier et dépistage de leur entourage. Et uniquement après trois jours consécutifs sans aucun cas positif détecté. En Algerie en revanche, les cas n’ont jamais diminué, le déconfinement a été motivé par des raisons purement économiques, résultant en une hausse des cas sans précédent et saturation des structures de santé ».

« Ici à l’hôpital de Béni Messous, on ne peut plus accepter les patients, tout est complet, il y a même des malades sur des matelas par terre qui attendent leur tour d’oxygène».

Concernant le nombre de morts qui a très peu varié même avec la multiplication des cas (5 morts à la date du vendredi 17 juillet 2020), il explique : 

« C’est très en dessous de la réalité et minimiser ainsi le nombre, ne profite ni à l’état ni au peuple. Pendant mon astreinte, je me suis retrouvé avec 8 patients dont un décédé par terre avant même de trouver une place en unité de réanimation. Trois étaient dans un état critique sur des matelas par terre sous oxygénothérapie de fortune en attendant une place. On reçoit une centaine de consultants par jour d’Alger et des autres wilayas. »

Quand l’oxygène devient un luxe…

Le virus semble toujours avoir une longueur d’avance sur les autorités qui tardent à prendre les bonnes mesures et anticiper. L’oxygène nécessaire pour la prise en charge des patients se trouve devenir une denrée rare et les hôpitaux en viennent à solliciter les âmes charitables pour continuer à soigner les malades en attendant que le déficit se règle. M.Khalfi détaille : 

« Les cas modérés d’atteinte à la COVID-19 attendent en moyenne pendant trois jours une place en unité de soins. À la fin de mon astreinte à 18h, j’ai laissé 5 patients qui nécessitent de l’oxygène, mais il y’en avait pas, je ne pouvais pas les orienter vers un autre hôpital, car leur état était sévère, j’ai dû les laisser sur des chaises en attendant que l’administration nous ramène des bouteilles d’oxygène.On est déjà dépassés et la bureaucratie et la politique n’aident pas ! »

Les perspectives de traitements, où en est la recherche ?

Chloroquine, la désillusion

Tantôt brandi comme le remède miracle, tantôt condamné et moqué, ce médicament et son dérivé hydroxylé ont marqué la scène COVID. L’Algérie l’a inclus dans son protocole thérapeutique auquel elle n’a pas dérogé depuis, mais les avis restent mitigés à son propos. L’essai Discovery, lancé en Europe, depuis mars, teste divers traitements dont la Chloroquine et l’hydroxychloroquine, mais n’a toujours pas obtenu de résultats concluants. En plus de ces deux molécules, des antiviraux sont également testés, comme le tocilizumab et le remdesivir. Ce dernier semble réduire la durée de l’infection si administré dans les dix jours suivants l’apparition des symptômes, mais n’a pas d’effet sur la mortalité. En conclusion, après six mois de pandémie, aucune étude sérieuse n’a prouvé l’efficacité de la protégée de Didier Raoult.

Une autre piste… La Dexamethasone

Un corticoïde qui, contrairement aux précédents, semble avoir un effet sur la mortalité, la réduisant d’un tiers, mais uniquement chez les patients sous ventilation mécanique invasive ou sous oxygénothérapie. 

Le vaccin est ce pour bientôt ?

L’espoir nous est permis ! Les résultats sont en effet prometteurs pour les vaccins et la recherche va bon train. 160 vaccins candidats sont en cours d’essai dont 78 sont confirmés actifs sur le virus COVID-19. La plupart sont en cours de développement dans des laboratoires nord-américains privés (46%), contre 18% en Chine, 14% en Asie-Pacifique (en excluant la Chine) et 18% en Europe. Selon les experts, le vaccin verra le jour début 2021, ce qui représenterait une prouesse scientifique inédite et considérable comparée au temps traditionnellement pris pour la recherche de vaccins qui peut prendre dix ans.  Le candidat le plus prometteur est développé dans les laboratoires de l’institut national de la santé des États-Unis, en partenariat avec l’entreprise de biotechnologies Moderna. Il est entré en phase clinique 1 (testé sur les humains) et il sera testé à grande échelle (30000 personnes) fin juillet. 

Samia Sad

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