En cette fin de printemps 2020, débute une nouvelle phase face à la crise sanitaire du Covid-19 : le déconfinement. Avec lui, nous sommes censés retrouver peu à peu le monde d’avant, mais serons amenés davantage à penser à ce monde d’après puisque nous y sommes déjà.

Cette pandémie, qui nous aura confisqué quelques mois de nos vies effrénées, aura été l’occasion de prendre du recul sur tout ce qui faisait ce monde d’avant. Nous nous sommes retrouvés confinés, malgré nous, dans le seul lieu qu’il nous reste lorsque l’on n’a nulle part où aller : notre chez nous. La grande maison familiale, le petit appartement de centre-ville, la modeste chambre universitaire ou tout simplement le toit sous lequel abriter notre tête, tous ces espaces auront été les décors de nos vies au ralenti, tournant, enfin à la véritable vitesse à laquelle elles devraient tourner.

Ainsi, ne trouvez-vous pas qu’il est tout de même important de questionner ces lieux dans lesquels on habite, pour en tirer ce qui n’y fonctionne pas, ce qu’on y apprécie, ce qui nous y rattache et de repenser de façon plus optimale ce qui les constitue. Car un bâtiment se fait avant de se construire ; il se fait de par les réflexions, en amont, sur les futurs usagers qu’il accueillera et qui pratiqueront ses fonctions que l’on traduit par des espaces. Ces-mêmes espaces se devront d’avoir un minimum de qualité pour créer ce confort si cher à l’homme et qui est propice à son épanouissement.

« Qu’est-ce qui ne vas pas dans nos logements ? »

C’est une question que tout le monde, et pas seulement les architectes et les acteurs de l’habitat, devrait se poser, puisqu’elle nous touche tous. Qu’est-ce qu’on aime et que l’on aime moins dans notre chez nous ? Serait-ce cette chambre tranquille et silencieuse, sanctuaire de nos souvenirs d’enfance ? Ou cette cuisine généreuse à la lumière chaude qui rassemble la famille ? Ou bien ce balcon, frugalement garni par des pots de fleurs en fin de vie, qui nous permet de garder un lien, visuel du moins, avec le monde extérieur tandis que nous restons continuellement cloîtrés à l’intérieur ? Ou finalement, cette cour, ce « s’hin » ou cette terrasse sur le toit, foisonnante de verdure, à l’abri de tous les regards et qui nous offre la possibilité de profiter des joies de l’extérieur sans se soumettre au regard étranger ? En fin de compte, ces espaces, ces surfaces, ces volumes, cette lumière, cette acoustique ou bien cette isolation relèvent et font un logement de qualité.

Aussi, et dans un pays où l’on ne cesse de construire pour construire, et surtout de construire pour dormir, la question de construire pour vivre, et de façon éthique et responsable, est urgente. Le ré-attachement à la nature fera que la future architecture se devra de venir du sol et de la terre dans laquelle elle s’ancre. L’intégration au site est donc primordiale et laisse entrevoir un hypothétique retour à l’architecture vernaculaire, à la sauce contemporaine ?

L’architecture de nos maisons et de nos villes en découlera donc. On pensera plus à sa réversibilité ; pourrions-nous à l’avenir, par exemple, transformer un établissement scolaire en centre de soins de quartier, si besoin il y a ? Car tout dépend d’un besoin. Pour les logements dans lesquels on passera le plus clair de notre temps, peut-être voudrions-nous un balcon plus grand les jours de beau temps ? Ou bien une chambre d’amis plus réduite puisqu’on s’en sert dorénavant de bureau pour avoir un semblant de contexte studieux ou professionnel pour nos journées de télétravail ? On abordera alors le sujet de l’architecture modulaire que l’on pourrait changer à notre guise, selon nos besoins, toujours eux.

Mais, avant tout, ce que l’on construira se devra d’être durable. Il faudra apprendre surtout à nous adapter et, par conséquent, à ré-adapter nos bâtiments dans le respect des ressources que nous offre la nature. On ne devra faire qu’avec ce qu’on a pour ne faire ainsi qu’un seul avec elle. Profiter de l’énergie solaire, abondante de surcroît dans nos terres, et utiliser les vents comme sources durables d’énergie, est, aujourd’hui, vitale si l’on veut continuer à vivre. Privilégier les matériaux locaux pour des questions évidentes d’écologie et de coûts, favoriser les circuits courts, les principes du ré-emploi, du recyclage, de la transformation et de l’économie circulaire qui englobe toutes ces notions, seront un moyen de survivre, ou plutôt d’espérer à vivre, dans ce monde d’après.

Tout cela, et plus encore, devrait être débattu et réfléchi pour construire sciemment et respectueusement non seulement l’architecture mais surtout ce monde d’après qui est déjà notre monde d’aujourd’hui.

Aïmen LAIHEM

Rédaction Nomad

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