Le brouillon de la nouvelle constitution proposé par la présidence de la république pose énormément de questions, aussi bien sur le fond que sur la forme. Le timing, la conjoncture politique, économique, sociale et sanitaire du pays plaident pour un ajournement de cet agenda. Mais pour le pouvoir, ce rendez-vous constitue une opportunité de combler son déficit en matière de légitimité politique et qui s’inscrit dans une logique de pérennisation du système en place.

Ce stratagème a déjà été utilisé en 1999 par Bouteflika avec son référendum sur la concorde civile suite à la mascarade de la présidentielle où ses concurrents ont jeté l’éponge suite aux fraudes massives.

On reprend les vieux schémas et on recommence. Souffrant d’une illégitimité aux yeux de beaucoup de franges de la société algérienne et d’un affaiblissement sur le plan international, le régime algérien veut reprendre la main et imposer une situation de fait accompli irréversible. Pour ce, il tente, vaille que vaille en profitant de la situation actuelle, de reprendre la main et imposer sa feuille de route en se posant comme métronome de la vie politique.

Le citoyen lambda ne voit pas les choses sous le même prisme. Les classes moyennes et populaires, qui sont les plus touchées par cette crise sanitaire et économique, sont à des années lumières de ces calculs politiciens. Ça va bien faire deux mois que la machine économique est à l’arrêt et des pans entiers de notre société peinent à rejoindre les deux bouts. Hormis les fonctionnaires de l’état qui sont à l’abri et encore pour combien de temps avec la chute des prix du pétrole, les travailleurs du secteur privé traversent une période existentielle qui pourra mettre des milliers de travailleurs sur le carreau. Une détresse humaine touche les catégories les plus défavorisées en absence de mécanismes de solidarité. Les travailleurs journaliers sont en ligne de front et subissent de plein fouet une situation inédite.

Il est peut-être temps de réfléchir à instaurer des mécanismes d’assurance chômage, comme ça se fait ailleurs, qui pourraient amortir, un tant soit peu, le choc des crises semblables. Tel un volcan éteint, il y a une frustration et une colère qui couve qui peut tout emporter. Feignant d’ignorer la gravité de la situation, les tenants du pouvoir s’enferment dans un déni de réalité et dans une politique paternaliste digne des dictatures communistes.

Arrestations et intimidations des figures du hirak :

Nous assistons ces derniers temps à une recrudescence des provocations, arrestations et intimidations des activistes du hirak. Ces mesures, loin de calmer le front social qui peut entrer en ébullition à la fin de cette pandémie, démontrent la hantise de ce mouvement de protestation qui pourrait anéantir les velléités de pacification que le régime tente de mettre en place. Mais la gérontocratie en place depuis l’indépendance se refuse à tout compromis et à tout changement venant de la société. La logique aurait voulu que le président ouvre un dialogue franc, transparent et inclusif à tous les courants de la société. Ce dialogue ne peut s’entamer qu’avec des mesures d’apaisement tel que la libération sans conditions de tous les détenus d’opinion. Contrairement à ça, le pouvoir s’auto-exclue en menant, tambours battant, une politique paternaliste héritée des années 70, oubliant au passage que la démographie et la société algériennes ont radicalement changé. La jeunesse algérienne qui représente la majorité de la population est cultivée et les moyens de communication et de l’information offrent un portail d’accès au monde. Il est plus qu’illusoire de penser que l’Algérie puisse être un îlot éloigné des changements planétaires. Les Algériens sont parfaitement au courant des défis qui les attendent et sont déterminés à participer à la nouvelle configuration mondiale.

Nonobstant les mesures de toilettage conçues comme poudre aux yeux, cet avant-projet de constitution n’apporte aucune modification substantielle ou un changement dans la structure de l’état. La primauté du politique sur le militaire, principale revendication populaire, est purement et simplement éludée.

MIB

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici