Le verdict dans l’affaire Khaled Drareni est tombé le lundi 10 août au tribunal Sidi Mhemed. Trois ans de prison ferme et 50 000 DA d’amende à l’encontre du journaliste du site électronique « casbah tribune ». Cette peine très lourde a jeté l’effroi et la consternation dans la corporation des journalistes, des acteurs de la société civile et des militants des droits de l’homme. Le syndicat national des journalistes (SNJ) a réagi à travers un communiqué où il a exprimé son indignation. L’espoir vire donc au cauchemar. Le Syndicat national des journalistes, à l’instar de l’ensemble de la corporation, de la classe politique et de l’opinion publique en général, entretenait en effet cet espoir de voir notre confrère libre, après cinq longs mois de détention. Un espoir que justifiait de précédents verdicts prononcés à l’encontre de Samir Benlarbi, et Slimane Hamitouche , poursuivis dans la même affaire que Drareni pour, officiellement, «atteinte à l’unité nationale» et «incitation à attroupement non armé  » peut-on lire dans le communiqué. En effet  » choc et consternation  » sont les deux mots qui reviennent le plus après ce verdict surtout que les avocats du détenu ont qualifié le dossier de « vide ». Et c’est d’autant vrai car les deux chefs d’inculpation, à savoir « atteinte à l’unité nationale  » et  » incitation à attroupement non armé « , sont des fourre-tout et qu’ils sont difficiles à prouver. On voit  mal comment une couverture médiatique d’une marche populaire peut valoir de telles accusations. Il s’agit en fait ni plus ni moins d’un procès politique qu’il faut analyser en tant que tel.

Quelle lecture politique ?

La condamnation de Khaled Drareni est très choquante de par la gravité des chefs d’inculpation que de  la durée de condamnation mais elle répond à une logique mise en place par le régime actuel. Le procès de ce journaliste de talent est le dernier d’une longue liste et répond selon toute vraisemblance à une feuille de route bien élaborée et qui a pour objectif de museler les voix discordantes au sein de la société. Harcèlement, intimidations et instrumentalisation de la justice sont les moyens pour y parvenir. Mais le revers de la médaille est que ce pouvoir se coupe chaque jour de la population. Les citoyens ne voient en cela qu’une énième manigance pour se perpétuer au pouvoir de la part d’une caste de gérontocrates qui ont passé l’essentiel de leurs vies dans les rouages de l’état. Et comme les mêmes ingrédients produisent toujours les mêmes effets, une colères sourde couve  au sein des populations les plus fragiles, alimentée par la crise économique,sociale et sanitaire.

On ne peut apporter les solutions des années 70 aux générations 2020, mais apparemment le pouvoir algérien, toujours aussi mauvais élève, n’arrive pas à changer de logiciel. 

Mohand Ibersienne

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