Quand on donne au cinéma franco-algérien l’occasion de s’exprimer et de s’épanouir dans toute sa simplicité artistique, cela donne lieu à la naissance d’incontournables chefs d’œuvres cinématographiques. Pour la plupart réalistes, déchirants voir choquants.

Premier court-métrage de Kamir Ainouz

La scénariste et réalisatrice Kamir Ainouz, marque ses débuts à la réalisation à travers son premier court-métrage intitulée « Cigare au miel »; sélectionné en film d’ouverture de Venice Days. Sélection parallèle de la Mostra de Venise 2020, qui raconte la vie des algériens en France.  

Selma, une Berbère face aux traditions

L’histoire du film se passe en 1993, à Neuilly-sur-Seine. Alors que le terrorisme émerge en Algérie, Selma, une jeune algérienne rangée, âgée de 17 ans et interprétée par Zoé Adjani (nièce d’Isabelle Adjani) enclenche des événements qui vont entraîner pour elle et sa famille berbère bourgeoise et laïque, des conséquences beaucoup plus radicales qu’elle ne l’imaginait, lorsqu’elle décide d’acter son désir sexuel. La fille grandit au milieu des restrictions de ses parents qui insistent pour qu’elle parle français à la maison. Elle a donc du mal à se définir et à définir sa relation avec divers hommes, dans un récit qui passe du personnel au générationnel. Elle se sent algérienne mais aussi française, bien sûr : «Je ne suis pas unique mais double», dit-elle.

Un récit intime

Alors qu’elle rencontre Julien, un jeune homme d’avant-garde, elle réalise pour la première fois les lourdes règles du patriarcat qui affectent directement son intimité. Elle décide de résister et de se battre pour entreprendre le périlleux voyage qu’est celui de la liberté.

Tout au long de ce récit intime, il sera question de féminité, à travers les pulsions de la jeune femme, recalant le regard des autres, que ce soit en soirée face à un élève insistant, ou lors d’un bizutage ras du front. Quant à la place de la situation de l’Algérie (et la Kabylie), elle devient soudain réellement importante dans la dernière partie du film (nous sommes alors en 1994, en pleine période d’attentats islamistes.).

Kamir Ainouz explique le sens de son choix en racontant et jouant un film si sincère et direct :

« J’avais cette image forte et qui revenait tout le temps, d’une jeune fille allongée sur un lit, triste et déchirée entre ses deux cultures algérienne et française, car elle ne savait plus qui elle était, tellement d’injonctions contradictoires autour d’elle. Une vraie crise identitaire qui, à force, lui a fait perdre le contrôle de son corps. A partir de ce moment-là, ce corps appartenait à tout le monde sauf à elle. C’est donc parti de là, avec quelques inspirations autobiographiques et de choses que j’avais vécues, étant moi-même algérienne et française. Il y’avait bien sûr derrière une envie plus politique de se pencher sur cette question du corps de la femme »

Un petit avant-goût du film, « Spoiler alerte! »

L’ouverture du film nous montre Selma (Adjani), seule. En voix off, on entend un passage du romande « l’Egyptienne« , de Gilbert Sinoue, qui parle de la réaction d’une femme, entre révolte et soumission, à l’homme de ses rêves alors qu’ils sont sur le point de faire l’amour. La directrice de la photographie Jeanne Lapoirie (BPM) remplit presque exclusivement l’écran d’un gros plan du visage d’Adjani, parfois frappé par l’eau salée, comme si la mer représentait ses vagues de désir.

En se concentrant sur ses traits, Ainouz suggère que le sexe est une question de désirs intérieurs (tout en évitant de sexualiser gratuitement le corps de sa jeune protagoniste). Ce premier gros plan intense de son visage aura encore plus d’impact au fur et à mesure du déroulement du film.

La date de sortie du film est prévue pour le 13 janvier 2021 ! 

Sabrina Graine

Photo: https://www.unifrance.org/film/49438/cigare-au-miel

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