Dans un monde où l’électronique gouverne et où les réseaux sociaux président sur le web, difficile (pour ne pas dire quasi impossible) de ne pas succomber à la tentation et se laisser emporter par la spirale du numérique.

Entre un Tweet reposté par-ci, une publication commentée par-là et une ou deux (voire dix) Stories partagées à tout-va, l’internaute ne sait plus où donner de la tête et se retrouve à jongler, et ce parfois pendant des heures, entre Twitter, Facebook, Snapchat et – le chouchou de ces dix dernières annéesInstagram. Ce dernier, de par les différentes fonctionnalités qu’il présente, triomphe sur le podium des applications, avec en prime 81% d’utilisateurs, dont voyageurs, gourmets, fashionistas mais aussi rats de bibliothèques ! Les passionnés de lecture se font d’ailleurs de plus en plus nombreux sur Bookstagram et n’hésitent pas à partager leur amour – ainsi que leur créativité – avec le monde, au plus grand plaisir de nos yeux et de notre intellect.

Mais qu’est-ce que Bookstagram au juste ?

Bookstagram – dont l’appellation résulte de la concaténation de « Book » et « Instagram » – est un compte dédié à mettre en avant tout ce qui est livresque (critiques de livres, nouvelles parutions, dédicaces d’auteurs, adaptations cinématographiques, etc.). 

Cette tendance a commencé, il y a quelques années de cela, comme un simple Hashtag Instagram servant à indiquer des photos liées de près ou de loin aux livres ; photos sans grande prétention et qui étaient parfois accompagnées de questions de discussion, voire de citations tirées desdits livres. Rien de bien transcendant, en somme. 

Toutefois, ce phénomène a rapidement pris de l’ampleur et gagné en esthétique, englobant ainsi toute une niche de thèmes et de comptes. En effet, ce « type » de comptes n’est plus réservé aux simples lecteurs uniquement et se voit même adopté par des auteurs et des maisons d’éditions de tout genre, qui utilisent désormais Bookstagram pour commercialiser leurs marchandises. 

Prendre des photos, tout un travail !

Il va sans dire que, de nos jours, tout porte sur les apparences. Exit donc les photos floues prises à la va-vite et place à l’ingéniosité ! Le diable ne se cache-t-il pas dans les détails ?

Tout comme les mannequins, les livres ont eux aussi le droit à leurs propres séances de Shooting ; séances qui peuvent durer des heures et dont le lieu varie de la maison au jardin du coin. 

Une bonne luminosité, un angle parfait, des décorations diverses et variées (fleurs en plastiques, bougies, guirlandes lumineuses et compagnie) …Tout pour donner un Feed plaisant et harmonieux et taper dans l’œil du public ! Les Bookstagrameurs habiles aux fourneaux iront même jusqu’à cuisiner de bons petits plats pour ajouter du goût à leurs photographies, tandis que d’autres, plus inventifs encore, n’hésiteront pas à se mettre – littéralement – dans la peau de leur personnage préféré, usant ainsi de déguisements et de Photoshop.

L’image, avant d’être publiée et une fois la légende insérée, est généreusement saupoudrée de Hashtags pertinents pour donner encore plus de visibilité au compte. 

Se faire une place dans le milieu 

Toutefois, il ne suffit pas de faire de belles photos pour percer dans le domaine. En effet, il faut aussi publier régulièrement et interagir avec les abonnés et la communauté car, plus il y a d’engagement, mieux c’est !  Ceci est d’ailleurs la ligne de conduite de bon nombre de maisons d’éditions qui ne lésinent pas sur les challenges/concours et font gagner à leurs Followers plein de Goodies livresques (marque-pages, tote bags, pins, illustrations et tout le toutim), de quoi les ravir et les rendre encore plus fidèles à la marque ! Sacrée stratégie de marketing, n’est-ce pas !?

Outre ces méthodes de valorisation, certains bookworms, puisant au plus profond de leur inventivité, vont jusqu’à créer des playlists « livresques » qu’ils partagent à leurs abonnés via stories. Les films et séries ne sont donc pas les seuls à privilégier d’une Soundtrack, et c’est tant mieux !

Aller plus loin, aller plus haut ! 

Les Bookstagrameurs ne s’arrêtent pas là ! Enhardis par les retours bienveillants et le succès acquis sur Instagram, ces derniers, cherchant encore plus de reconnaissance, s’aventurent sur d’autres plateformes : entre YouTube (appelé communément Booktube), TikTok et WordPress, plus rien ne les retient ! Mélangeant vidéos drôles et quiz/tags déjantés, ils sont prêts à tout pour percer et faire connaître au monde leur talent et leur dévouement pour la lecture et le monde littéraire.

Des comptes made in bladi 

Qui a dit que nos jeunes manquaient de peps ? Si le nombre de comptes Bookstagram Algériens ne frôle pas le plafond, il ne reflète en rien la qualité du contenu de ces derniers ! 
Nos artistes n’ont pas froid aux yeux et n’hésitent pas à bousculer un peu les traditions “bookstagramesques” et ce en associant du Stephen King à une assiette de Makrout (voire du Khaled Hosseini à un plat de couscous) ou, plus original encore, en prenant la pose devant une mosquée, en Djellaba et un Dan Brown en mains. Un mélange de genres littéraires et de traditions démontrant que notre jeunesse aussi aime les livres plus que trois fois mille ! (1)

Et la reconnaissance, dans tout ça ?

Malheureusement – même si sans grande surprise – la renommée des accros du livre est infime, pour ne pas dire quasi inexistante, comparée à celle des beauty influencers qui, en plus des multiples produits beautés reçus, se voient offerts des voyages de luxe et des invitations aux événements mondains les plus prisés !  

Et encore ! Si les bookstagrameurs étrangers ont un certain lot de consolation qu’est les partenariats – où ils reçoivent gratuitement des livres (appelés communément services presse) dans le but de les chroniquer et les faire connaître au grand public – ce n’est hélas pas le cas des lecteurs du terroir qui n’ont comme gratification que le plaisir du partage ; en même temps, avec zéro club de lecture et éditeurs fantomatiques, comment peut-il en être autrement ? 

Tout porte à croire que cette différence de considération n’est autre que le fruit d’une société shooté aux pubs de cosmétique, qui préfère passer des heures devant des unhauls plutôt que de lire ne serait-ce qu’une page ou deux. 

En soi, il n’y a rien de mal à entretenir et à chouchouter son physique, c’est même recommandé ; Cependant, il serait également judicieux d’entretenir l’esprit aussi ! À quoi bon avoir un cerveau si ce n’est pour le stimuler ? Les livres regorgent d’idées, qui sont peut-être les plus puissantes et les plus redoutables de toutes les armes (2), alors pourquoi les dénigrer ? 

Fidèle à Jane Austen, je déclare qu’après tout, il n’y a pas de plaisir qui vaille la lecture (3), et vous encourage, ne serait-ce qu’en tant que spectateur, à embarquer dans l’aventure Bookstagram !

Sources :

  1. Inspiré du film Avengers : Endgame
  2. Citation tirée du livre Keleana, de Sarah J. Maas 
  3. Citation tirée du livre Orgueil et préjugés, de Jane Austen 

Crédit Photo : antari.bookworm

D. M. D

1 COMMENTAIRE

  1. Superbe et captivant article, je découvre cette catégorie dont je ne soupçonnais même pas l existence sur le net.
    A d autres decouvertes , bon vent 😉

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