Parue pour la première fois en 1957, et rééditée 60 ans après par les éditions Barzakh ; La Soif, longtemps introuvable est un joyau inestimable dans l’œuvre d’Assia Djebar. Sa valeur en revient à cette nostalgie exaltante qui vit d’entre ses œuvres, mais aussi pour le symbole qu’il représente tout au long de sa carrière. Il est comme la première haute marche de son ascension vers la gloire littéraire qu’elle atteignit des années plus tard. 

Cependant il est important – étant donné l’introduction de cet article par son contexte historique – de mentionner que son apparition première au sein de la communauté algérienne d’antan ne fut pas le genre d’œuvre qu’on allait se hâter de lire. Décrit comme « décalé » de la réalité algérienne d’autrefois, on ne peut cependant pas dire qu’il ait été autant en rupture avec le contexte de la guerre d’Algérie. Je possède l’intime conviction que c’est même pour cela, malgré les nombreuses et répétitives critiques, qu’Assia Djebar continua de défendre ce livre avec subtilité et délicatesse, en admettant qu’il était en effet décalé, non pas de la cause de la libération de l’Algérie, mais de l’attente de la communauté intellectuelle algérienne. 

Avant d’éclaircir ce lien qui puisse unir cette œuvre à la cause révolutionnaire, qui à première vue ne semble avoir de raison d’être que pour le plaisir de la lecture ; il est impératif de dévoiler les nombreuses couches sophistiquées qui constituent ce style d’écriture qui se démarque. Car, loin d’avoir la présomption d’attribuer à cette écrivaine le prestige d’avoir créé un style d’écriture nouveau, on peut -et avec toute modestie- lui attribuer le mérite d’avoir su créer un mélange de tissus sans précédent. 

Il est rare de trouver une écriture à la fois si sensuelle, si délicate – et je dirais même si frêle – à laquelle vient se mêler une sorte de passivité qui sans la beauté et l’esthétique des mots employés causerait la frustration de tous les lecteurs. Le calme plane sur tout l’univers de notre chère Assia Djebar. Il calme les passions qui se déchaînent tout au long des pages en de longues descriptions suggérées tant l’art de la concision est maîtrisé. Cette élongation offre une image plus forte et plus profonde en figeant ses impériosités. Cependant, cette platitude nous pousse parfois à vouloir bouleverser l’univers dont elle est maîtresse. Ce qui nous retient de le faire, c’est la révélation d’une fine odeur hédoniste qui se cache derrière le masque adroit de la quiétude.  

Nadia, Jedla, Ali Moulay, Hassein, ou encore Myriem, et son mari ; si tous ces personnages ne représentent pas la réalité algérienne d’autrefois, que l’on me dise de quel univers viennent-ils. Allons-nous continuer de la limiter uniquement à la guerre d’Algérie ? Non pas que je remette en question l’importance du militantisme intellectuel par le biais de l’écriture qui ne cesse de décrire les horreurs et les atrocités que l’ensemble du peuple algérien a vécu durant tout cette période de colonisation ; mais que cela ne devrait pas être l’unique histoire à transmettre aux générations futures. 

Toute une société algérienne a vécu durant ces 132 ans de colonisation. Son histoire ne fut pas uniquement la guerre du matin au soir par les armes (le travail, et la préservation d’un style de vie algérien étant considérés comme une forme différente de résistance). Il est alors important de restituer une image plus ou moins authentique de leur vécu comme une forme supérieure de militantisme. Car en effet, ce dernier ayant eu un impact autrefois (même s’il n’eut pas le résultat escompté), il pourrait également avoir un impact sur l’actuelle société algérienne, qui rappelons-le est toujours à la recherche de son identité. 

Dans cette inexorable quête où les guides se font rares, pouvons-nous nous permettre d’écarter l’histoire ? Si l’on dit que l’histoire est la raison, ce n’est guère pour la flatter. Elle est l’unique appui sur lequel nous pouvons bâtir une identité. Mais gare à en amputer une partie. Plus la base qu’est cette dernière est grande plus notre identité en sera plus stable.

Se construire une histoire, une identité, une culture, mais aussi une production littéraire autour d’une seule courbe de l’histoire, ne peut que l’épuiser et fausser notre identité. Les composantes de celle-ci étant la diversité et la multiplicité culturelles risquent alors, d’être corrompues, et devenir l’opposé de la chose qui a pourtant fait sa force des siècles durant depuis l’antiquité.   

BENAFERI Ramy
Equipe Rédaction Nomad

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